Salinger - Nabokov : interdire Laura ou Caulfield, même combat

Clément Solym - 08.06.2009

Edition - Les maisons - Salinger - Nabokov - Culfield


Les affres judiciaires dans lesquelles J.D. Salinger vient de plonger la suite écrite par un certain John David California semblent faire écho dans l'esprit du chroniqueur Ron Rosenblaum, pour qui cette fameuse suite n'est pas sans points communs avec l'apparition du roman de Vladimir Nabokov et tout le battage que son fils avait entretenu avant d'en accepter finalement la publication, The Original of Laura.

Dans un excellent article, fort bien argumenté, Ron rappelle en effet que Nabokov avait laissé des consignes concernant le livre. Au cas où il mourrait avant de l'avoir achevé, il souhaitait que l'on détruisît les épreuves existant et qu'il ne reste plus de traces de cette oeuvre. La suite sera publiée par Gallimard, on la connaît donc sans peine. Si l'on ne peut même plus faire confiance à ses enfants, maintenant...

Dans le cas de Salinger, c'est assez différent... et pourtant. Voilà plusieurs dizaines d'années que l'auteur n'a rien publié. Mais l'un des éléments qui n'est pas mis en avant dans le conflit juridique qui l'oppose à David, c'est justement que Salinger pourrait être perturbé par cette suite. Point que Ron met soigneusement en avant. Quelle interaction entre les deux hommes alors ? Quel étrange duo pourrait advenir de Salinger/Dmitri Nabokov ?

Car de fait, Salinger pourrait avoir décidé que finalement, L'Attrape-coeurs n'est pas fini. Et qu'il mériterait une suite. Un peu comme le fils Nabokov a estimé que son père s'était fourvoyé et que le monde entier devait savoir ce qu'il adviendrait de Laura... Après tout, avec ces deux romanciers, on évoque tout de même les plus gros poids lourds du XXe siècle...

Et les thèses les plus insensées pourraient intervenir : et si ce fameux David n'était autre qu'un pseudonyme résultant d'un plan machiavélique orchestré par Salinger lui-même ? Une telle chose s'est déjà vue et un certain Romain Gary avait reçu, tout comme Émile Ajar, un prix Goncourt... Car après tout, on peut s'inquiéter qu'un homme comme Salinger n'ait rien écrit depuis toutes ces années.

Un article à découvrir, à condition de maîtriser un peu la langue... de ces deux hommes.