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Salman Rushdie en appelle au "courage" des éditeurs pour la liberté d'expression

Clément Solym - 17.09.2012

Edition - International - Salman Rushdie - Joseph Anton - Fatwa


« Il serait impossible de publier les Versets sataniques aujourd'hui » déclarait Salman Ruhsdie ce matin, à Will Gompertz pour la BBC. Les années 80 étaient sans doute plus tolérantes ou plus téméraires, puisque l'écrivain déplore un climat de « peur et de nervosité » signalant ainsi que seuls les éditeurs pourraient réaffirmer une légendaire liberté d'expression. Un contexte malsain et un siècle qui n'est pas celui de la critique, l'auteur montre que depuis l'interdiction de son livre en Inde et de nombreux autres pays, après les menaces de mort, l'intimidation finit par arriver à ses fins.

 

 

 

 

À l'heure actuelle « un livre qui critique l'islam est difficile à publier », estime-t-il. Et, le seul moyen de résoudre le problème est une prise de position des éditeurs avec une petite dose de courage et de virulence en plus. « La seule façon de vivre dans une société libre est de sentir que vous avez le droit de dire et de faire les choses », a-t-il ajouté.

 

C'est que beaucoup de musulmans considèrent les Versets sataniques comme un blasphème, et l'écrivain de 65 ans en a déjà en un sens, payé de sa vie, puisqu'il a vécu dans la clandestinité pendant de nombreuses années. La Fondation du 15 Khordad avait en effet mis la tête de S.Rushdie à prix, en février 1989, après une « fatwa » (décret religieux) de l'imam Khomeiny. Celui-ci appelait les musulmans à tuer l'écrivain pour son livre. C'est un peu la nouvelle histoire de Jesse James puisque la rançon avait été revue à la hausse, 500 000 dollars en plus de la récompense initiale (voir notre actualitté).

 

Sire Salman affirme qu'il n'est pas le seul dans cette situation, d'autres écrivains furent attaqués pour leurs œuvres de la même manière, dans des pays musulmans comme la Turquie, l'Égypte, l'Algérie, l'Iran. « Si vous regardez la manière dont la liberté d'expression est attaquée par l'extrémisme religieux, les choses dont ces personnes sont accusées est toujours le même - c'est le blasphème, l'hérésie, l'insulte, l'infraction –un vocabulaire médiéval. »  

 

Il a rappelé que la semaine dernière, Channel 4 a annulé la projection de son documentaire, L'Islam : The Untold Story suite à de nouvelles menaces. Malgré un effet dissuasif, l'auteur remarque également, certains changements de comportement de la part de membre de la Fatwa. En effet, lors du 20e anniversaire de celle-ci, beaucoup de ceux qui avaient organisé des manifestations contre Salman ont finalement déclaré à la presse, qu'il s'agissait d'une erreur. « Certains d'entre eux semblaient accepter l'argument liberté d'expression et compris s'ils avaient le droit de dire ce qu'ils ressentaient, c'était une erreur d'empêcher les gens qui se sentaient différemment d'avoir leur mot à dire » a-t-il dit.

 

Salman Rushdie publiera jeudi prochain chez Plon, son autobiographie Joseph Anton. Dans ce texte, il raconte sa vie depuis que sa tête fut mise à prix. Enfin, l'adaptation cinématographique de son roman Les Enfants de minuit sortira sur les écrans américains le 2 novembre, une adaptation refusée par l'Inde (voir notre actualitté).

 

Ces intimidations sont inquiétantes, car elles ne touchent pas seulement les publications liées à l'auteur, un film dénigrant l'islam, réalisé aux États-Unis Innocence of Muslims, a provoqué les mêmes manifestations violentes, pas plus tard que cette semaine, dans plusieurs pays musulmans. Un assaut sanglant a notamment eu lieu contre le consulat des États-Unis, à Benghazi, en Libye. 

 

Et on a presque envie de dire, c'est de saison !