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Salman Rushdie, le Joker et Donald Trump

Victor De Sepausy - 23.09.2017

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Voici quelque temps que Salman Rushdie n’avait pas commenté la vie politique américaine. Et plus spécifiquement, le président à la tête du pays. Belle occasion, parce que son dernier ouvrage établit un fascinant rapprochement entre le plus grand ennemi de Batman et Donald Trump. A commencer par une certaine idée de la capilliculture…




 

Comme chez Batman, où le Joker terrorise la ville de Gotham, celui de Rushdie est un monstre aux cheveux verts, et à la peau « blanche comme la capuche d’un membre du Klu Klux Klang ». Sauf que la perruque de la peur s’est changée en couronne de la présidence. « Le Joker […] les gouvernait tous », écrit Rushdie. Et il n’y a plus de Batman pour venir en aide au commissaire Gordon et sauver les habitants, car l’horreur de la caricature est devenue réalité… 

 

Certes, mais sur ce coup, Rushdie a un temps de retard, que le livre accumule systématique dans son modèle de diffusion traditionnel, en regard de la presse — et plus encore de la presse en ligne. Alors, que peut apporter l’œil narquois de l’auteur de Midnight’s Children ? Avec ce nouveau roman, The Golden House, chacun s’attendait de toute évidence à ce que Donald Trump se fasse souffler dans les bronches. Et velu…
 

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D’autant que Rushdie l’a rencontré, à deux reprises : la première fut un concert de charité, où le romancier a pu savourer les talents de chanteur de Donald. La seconde, ce fut durant l’US open de tennis, et Donald, facétieux, a demandé à Salman s’il appréciait le sport. « Mais il a toujours été très cordial. Je ne pense pas qu’il ait su qui j’étais. Il n’est pas lecteur, n’est-ce pas ? »

 

Non, à plusieurs reprises, Trump a démontré qu’il n’était ni grand lecteur ni passionné par l’information juste et moins encore, par les livres. Sa bibliothèque à la Maison-Blanche faisait plus peur qu’un train fantôme à des enfants… 

 

The Golden House est inspiré par Donald Trump, mais avec cette même dimension que l’on retrouve dans le Gatsby de Fitzgerald : l’échec, au final, du protagoniste. En l’occurrence, c’est un ancien chercheur d’or russe, Nero Golden, exilé de Bombay venu avec ses fils à New York pour se trouver une nouvelle existence. Une existence à la Neron que prophétise Rushdie — on attend de pied ferme que Trump puisse, au soir de sa mort, lancer en latin, « Qualis artifex pereo ! ». 
 

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Mais le personnage qui captive le plus, c’est l’épouse de Nero, Vasilia, nullement tirée de Melania Trump — en réalité, elle découle d’une véritable princesse russe, avide de dépenser de l’argent, sans se préoccuper de rien. Rushdie raconte que l’idée d’un personnage si désinvolte, tel qu’un ami lui en avait brossé le tableau, lui a plu. « Je ne sais pas s’il avait inventé, mais j’ai trouvé que c’était une idée hilarante. »

Le livre, lui, finira par sortir en France d'ici quelques mois... on aura un peu plus de retard, mais la saveur ne devrait pas en être moindre. 

 

Ayant quitté la célébrité londonienne, pour l’anonymat new-yorkais, Rushdie n’en a pas moins un regard critique sur le Royaume-Uni et un Brexit dangereux. « C’est comme si le pays faisait un pique-nique sur une voie de chemin de fer et ne se souciait plus du bruit qui vient au loin », note-t-il. Et d'autres petites amertumes que l'on peut retrouver dans son entretien accordé au Financial Times. (abonnement)