Salman Rushdie, seigneur de la provocation : C'est dans mes gènes

Clément Solym - 30.12.2008

Edition - Société - Salman - Rushdie - seigneur


Depuis l'ayatollah Khamenei, Rushdie aime se faire des ennemis : « Je ne peux pas l'éviter. Quelque chose en moi m'entraîne vers ça. » Depuis la sortie de La sorcière de Florence, les critiques en France ont été pour la plupart élogieuses, mais en Angleterre, l'accueil fut plus mitigé, et les réactions de Rushdie dans la presse à la hauteur... de ces critiques.

Venu pour parler de son livre, finalement Rushdie finira par parler de lui et de l'écriture. Mais dans tous les cas, il sait que jamais ses ouvrages n'ont laissé indifférents, les réactions à son égard oscillant entre admirations et dénigrement. « Je sais », lâche-t-il, laconique, comme s'il était incapable de provoquer autre chose que des extrêmes.

Alors roi de la provocation ?

Citant Robert Browning, Rusdhie explique que tout l'intérêt de la vie réside sur cette arête dangereuse, de la provocation et de l'agitation. C'est en lui comme une seconde nature, la part de l'artiste également. « Rien de bien intéressant n'est fait lorsque l'on est sagement assis, en toute sécurité au milieu d'une salle », ajoute-t-il. Tout est là, dans le fait de repousser les limites « autant que possible ».

Alors, il s'est probablement endurci, au fil du temps... « NON », rugit-il, pas le moins du monde : les critiques formulées dans les tabloïds anglais, cette presse de grande qualité et rarement diffamatoire, continue de l'atteindre et de le toucher. « C'est très blessant pour moi », ajoute-t-il, considérant leurs attaques comme irréfléchies. « Je n'apprécie pas que l'on mente à mon sujet. » Et l'expérience du livre écrit par l'un de ses anciens gardes du corps en témoignera largement.

Fatwa ? Assez, oui !

Le mois prochain sera célébré le 20e anniversaire de la fatwa, mais pour lui, ça suffit : cela fait déjà vingt ans que l'on en parle, maintenant passons à autre chose. Après dix années de protection policière, il en a connu dix autres durant lesquelles il est redevenu un citoyen normal. « C'est une bonne affaire ça : gardez-moi en vie pendant dix ans, et je paierai mes impôts en retour », plaisante le romancier.

Alors après avoir provoqué l'ayatollah iranien, et suite à ses derniers propos sur les attentats de Bombay, compte-t-il se mettre d'autres personnages peu recommandables à dos ? Il lui reste encore un bon paquet d'années pour nous le dire...