Salon du livre 2010 : littérature de jeunesse, une littérature à part entière ?

Clément Solym - 29.03.2010

Edition - Société - littérature - jeunesse - Desplechin


Pour tous les fans de littérature de jeunesse…et ils ne sont pas tous jeunes, il fallait être au Salon du livre hier matin. Une conférence réunissait Timothée de Fombelle, Philippe Delerm, Marie Desplechin et la québécoise Anne Robillard.

De quoi rapidement remplir les chaises par des admirateurs très jeunes qui avalent avec grand plaisir de gros pavés…Pourtant, d’aucuns disent que les nouvelles générations ne lisent plus…certains lisent sans doute pour deux !

Pour animer le débat, la journaliste Johanna Luyssen était placée aux commandes. Première question posée aux invités, celle des souvenirs de leurs premières lectures. Un retour aux sources qui a poussé ses auteurs à nous citer de grands classiques.

Pour Philippe Delerm, c’est la fameuse Bibliothèque verte, Marie Desplechin cite Mon Bel oranger et Oui-oui quand Timothée de Fombelle se souvient qu’il lisait de tout. Et Anne Robillard, auteure de la saga Les chevaliers d'émeraude, s’amuse en repensant à ses parents qui la poussaient vers la comtesse de Ségur quand elle lui préférait les Bob Morane du Belge Henri Vernes.

Si on les interroge sur les livres qu’ils considèrent comme des chefs-d’œuvre de la littérature de jeunesse, ils ne sont pas vraiment d’accord. Pour Marie Desplechin, c’est Alice au pays des merveilles ou Peter Pan quand Philippe Delerm donne L’Ile au trésor et Le pays où l’on arrive jamais.

Ce qu’ils regrettent toutefois, c’est que l’on place à tort de nombreux titres comme livres pour la jeunesse sous prétexte que les personnages principaux sont des enfants. Il en va ainsi des livres de Dickens. Et, pour d’autres raisons, certains titres d’Alexandre Dumas.

Les cloisons sont finalement très friables. Anne Robillard rappelle qu’au Québec, elle est d’abord considérée comme auteure de romans fantastiques alors qu’en France on la place d’emblée dans la littérature jeunesse.

Faut-il alors écrire autrement, se retenir quand on destine un de ses ouvrages aux plus jeunes ? Pas si sûr. Introduire des mots compliqués pour Marie Desplechin, c’est une possibilité d’enrichir le vocabulaire des plus jeunes avec une compréhension grâce au contexte.

Introduire des références à d’autres livres partage aussi nos auteurs. Cette connivence avec le jeune lecteur est impossible pour Marie Desplechin : le livre que l’on écrit est peut-être le premier lu pour ce nouveau lecteur. Une vision également partagée par Philippe Delerm qui trouve très difficile cependant de bien caractériser une sensation dans une livre pour enfant quand, dans un livre pour adulte, il suffirait d’un ou deux mots.

Finalement, la perspective de définir ce qu’est la littérature de jeunesse semble remise à plus tard…mais à quand ? Nul ne le sait…