Salon du Livre : Actions culturelles des bibliothèques

Clément Solym - 17.03.2008

Edition - Bibliothèques - action - culturelle - bibliothèque


Martine Poulain, directrice de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, a présenté lundi après-midi un débat autour des actions culturelles lancées par les bibliothèques. Et ce, à l’occasion de la parution d’un ouvrage aux éditions du Cercle de la librairie : L’action culturelle en bibliothèque. Dix ans auparavant, sortait le premier opus sur le sujet. Il était temps de faire un nouveau point sur la question.

Plus qu’un débat, des interventions enrichissantes :

Autour de Martine Poulain, la directrice de la collection « Bibliothèque » aux éditions du Cercle de la librairie et directrice de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, étaient réunis Bernard Huchet (chef du service du patrimoine de la bibliothèque municipale de Caen), Emmanuèle Payen (chef du service de l’animation de la BPI), Dominique Arot (directeur des bibliothèques de Lille, président de l’ABF) et Patrick Cahuzac (Inventaire/Invention).

Au XIXe siècle et pendant une grande partie du XXe siècle, la bibliothèque était un espace silencieux où les livres attendaient les lecteurs. Mais depuis 1981 et la politique de relance de la lecture publique de Jack Lang, elle est aussi le lieu d’animations à destination du public.

Bernard Huchet s’est tout d’abord exprimé pour présenter les questions d’actualité sur ce domaine. Le but premier de toute action culturelle doit être l’ouverture vers des domaines inconnus du public. Il est souhaitable de lui apporter de l’inattendu, de ne pas se limiter à ses attentes. Ce public doit être aussi brassé. Les actions ciblées sont positives, mais le brassage est très enrichissant pour chacun.

L’action culturelle en bibliothèque : vers une formalisation de la question

Martine Poulain a ensuite présenté L’action culturelle en bibliothèque qui compile différentes expériences, sous la forme d’un manuel pratique. Les différentes formes de manifestations y sont intégrées (expositions, musique, image mobile, les nouvelles technologies…). S’y joint aussi une réflexion sur les différents publics. Le but est d’arriver à formaliser toutes ces expériences disparates afin d’établir une charte concernant les actions culturelles.

L’action culturelle trouve sa légitimité dans le lien : entre une manifestation ponctuelle et une collection permanente, ce qui permet de valoriser les fonds de la bibliothèque. Mais c’est aussi une façon de développer ces fonds, en procédant à une numérisation de l’exposition temporaire.

Ces actions font le lien avec les différentes politiques menées par chaque établissement. L’action devient d’autant plus forte qu’elle tisse aussi des liens avec toutes les logiques internes de la bibliothèque. Le public doit s’y retrouver, avec une régularité dans la ponctualité des événements.

Qu’en est-il de la place laissée à la littérature contemporaine ?

La parole a ensuite été donnée à Patrick Cahuzac, qui est à l’origine de l’association Inventaire/Invention. Plus qu'une structure éditoriale, Inventaire/Invention est un « pôle multimédia de création littéraire » qui investit tous les supports envisageables pour diffuser la littérature contemporaine. Les textes publiés par cette association sont disponibles en libre accès sur son site Internet et servent de base à des ateliers de lecture. De l'idée, de l'énergie, et beaucoup de travail.

Proposant la mise en place d’ateliers de lecture sur la littérature moderne au sein des bibliothèques, Patrick Cahuzac est revenu sur la place de la littérature contemporaine dans ces établissements. Son association permet de faire connaitre davantage les auteurs contemporains, de faire tomber les a priori d’un public souvent frileux à l’égard de la nouveauté.

La bibliothèque étant le lieu par excellence de mise en relation d’un texte avec un lecteur, son intervention dans ce milieu coule de source. Mais selon lui, la bibliothèque est une espace encore trop renfermé sur lui-même. La chaîne du livre comporte de nombreux acteurs de terrain qu’il faudrait faire converger de manière plus fréquente (ainsi de l’éditeur, du libraire, de l’auteur…).

Il est devenu urgent de se rencontrer pour mettre en place de nouvelles collaborations entre ces différents acteurs du marché du livre. Il regrette cependant les moyens ridicules mis à la disposition des bibliothèque pour faire jouer à plein de rôle économique que ces entités devraient assumer.

La bibliothèque se doit de soutenir les petits éditeurs, le milieu de la création par excellence. Une mise en valeur des parutions dans ces lieux ouverts au public peut aider les petites maisons d’édition. Les bibliothèques ne semblent pas avoir pris conscience de leur possibilité de soutien à la création littéraire contemporaine.

Être acteur culturel certes, mais dans un espace qui reste à définir :

Le plus difficile pour les bibliothèques est souvent d’arriver à se situer face à de grands événements qui sont organisés à l’échelle d’une ville. A défaut, elles peuvent souvent devenir le lieu où l’on va exposer tout et n’importe quoi. Un effort de lisibilité et de cohérence doit être fait pour mieux utiliser cet espace.

Face à un public venu nombreux, les intervenants ont ensuite laissé la parole à la salle. Moins que des questions, ce sont différents points de vue sur le sens des actions culturelles qui ont été exposés. Le problème de positionnement culturel à l’échelle d’une ville reste important et pour beaucoup, une manifestation au sein d’une bibliothèque n’est pas forcée de venir uniquement servir la visibilité d’un fonds. C’est aussi jouer son rôle d’acteur culturel d’un espace social défini.