Salon du livre de Paris : entre Aurélie Filippetti et Electre, choix cornélien

Nicolas Gary - 12.03.2014

Edition - Société - Salon du livre de Paris - Livres Hebdo - Aurélie Filippetti


« Scandaleux ! » Dans les couloirs de l'interprofession du livre, on ne trouve pas d'autres mots. « C'est le journal qui sert de référence à tous, et voilà qu'ils sont en train de se mettre en porte à faux avec toute la profession. C'est incroyable », ajoute-t-on. S'il n'existe pas de bon Salon du livre de Paris, sans une bonne polémique, cette année, l'édition 2014 marque une rupture considérable. Et au centre se retrouve le journal Livres Hebdo, magazine qui se présente, sur Twitter, comme « le magazine des professionnels du Livre ». 

 

 

Salon du Livre de Paris 2013 : vendeurs de faux tickets

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le Syndicat national de l'édition et le Centre national du livre ont en effet invité la presse, le 17 mars, dans les locaux du SNE, pour la présentation d'une étude portant sur les habitudes de lecture chez les Français. Vincent Montagne, président du SNE et Vincent Monadé, président du CNL seront présents pour l'occasion, afin d'évoquer des questions d'actualité. Et pour l'occasion, Bertrand Morisset, quelques jours avant la Grand Messe, doit également présenter les temps forts de la manifestation. 

 

« C'est n'importe quoi ! », s'étrangle-t-on. Pourquoi ? Simplement parce que Livres Hebdo a également décidé de présenter une étude, le 13 mars, sur les Français et la lecture. N'importe quoi ? Parce que le prestataire pour le SNE et Livres Hebdo est le même, renchérit-on, à savoir IPSOS. Dans l'absolu, deux études sont toujours plus profitables qu'une seule, non ? 

 

Contacté par ActuaLitté, le SNE souligne que l'étude maison se consacre « à la manière dont les gens lisent, en présentant un portrait actuel du lecteur, avec un focus spécifique sur les jeunes ». On y examinera également les freins possibles à la lecture, ainsi que la confiance que les Français peuvent accorder au livre. « Notre approche ne se consacre pas aux supports, mais à la lecture en tant que telle. Nos études seront donc complémentaires. »

 

Vincent Monadé, président du CNL assure avoir obtenu « de Livres Hebdo l'assurance qu'il n'y aura pas de communications sur les questions présentes dans le questionnaire du SNE-CNL ». L'inverse sera également vrai, un engagement moral, en quelque sorte. Les deux études profiteront finalement des éléments que chacune apporte. 

 

On pourrait n'y voir qu'une querelle de chapelles dans ces deux histoires, qui font rougir dans les couloirs. Le problème est que le CNL s'est associé, pour le financement de l'étude, au SNE, et que de se voir couper ainsi l'herbe sous les pieds n'est pas du goût de tout le monde. Il suffira de juger sur pièce, et d'attendre de voir quelle étude est la plus pertinente pour trancher ce noeud certainement gordien…

 

"C'est un peu fort de café !"

 

Mais ce ne serait là qu'une anecdote, si cette anicroche ne se doublait pas d'un autre problème d'emploi du temps. Un fameux dilemme va se poser pour les professionnels du livre, le 24 mars prochain. Alors que le Salon du livre de Paris battra son plein, le Centre national du livre accueillera ses rencontres professionnelles, toute la journée. « La ministre doit intervenir pour une importante déclaration autour de la politique du livre et de la lecture ce jour-là. Ce sera une journée primordiale pour les libraires, pour les bibliothécaires », nous explique l'organisation du Salon. « Et dans le même temps, le journal professionnel tente de mobiliser l'attention pour tout autre chose. C'est un peu fort de café. »

 

 

 

 

Le 24 mars, le magazine Livres Hebdo a en effet décidé d'accueillir dans ses locaux les personnes intéressées, pour que l'équipe commerciale fasse une présentation des fonctionnalités de la base Electre. Seront également mis en avant les tarifs, « un site bibliographique grand public dédié à l'Argentine, invitée du Salon du livre ». Et d'autres éléments plus techniques. « Dans tout événement, il faut un off, pour que les gens qui ne se sentent pas visibles puissent se faire remarquer. C'est une chose classique, mais fort regrettable. On ne prend pas de la sorte une profession en otage », note une personne proche du dossier. 

 

Comment se retrouver alors simultanément Porte de Versailles et dans le VIe arrondissement ? « La matinée du 24 est celle dédiée aux professionnels, traditionnellement, au Salon du livre », souligne le commissaire général du Salon du livre. « Il n'est pas convenable d'écarteler ainsi les professionnels, qui ne pourront pas assister à la déclaration de la ministre s'ils le souhaitent, et découvrir les conférences qui leur sont consacrées, et dans le même temps être présents dans les locaux de ce journal. Surtout que le journal est en l'occurrence partenaire du Centre National du Livre, qui accueille les conférences. » La journée est, par ailleurs, organisée avec le Service Livre et Lecture du ministère de la Culture… difficile d'être plus en défaut…

 

 

 

Contacté par ActuaLitté, le service commercial d'Electre nous précise que cette réunion « est avant tout à destination de nos clients, des professionnels du livre avec qui nous travaillons. C'est uniquement du business, et rien de politique. Nous n'avons pas du tout la même cible que la journée professionnelle organisée au Salon du livre ». D'ailleurs, Fabrice Piault, rédacteur en chef adjoint de Livres Hebdo sera présent pour l'animation de la table ronde de 11h30. « La rédaction du journal n'est absolument pas associée à cette journée - et les professionnels seront reçus sur rendez-vous. »

 

Ce qu'il faut souligner, c'est que la société Electre n'occupera pas de stand cette année au Salon du livre. Or, il est assez commode de profiter de la présence de l'interprofession, sur le Salon, en la conviant à une visite dans les locaux : cela évite en effet d'avoir un stand à payer. 

 

La réponse de Livres Hebdo ne s'est pas fait trop attendre :