Salon du Livre : en contexte difficile, ouvrir le marché de l'ebook

Clément Solym - 16.03.2012

Edition - Société - édition numérique - Antoine Gallimard - ebooks


Sollicité en marge du Salon du livre, Antoine Gallimard explique à ActuaLitté sa satisfaction que la France ait mis en application une TVA réduite pour le livre numérique. Aujourd'hui, le livre numérique dispose en effet d'une TVA alignée sur celle du livre papier, à savoir 7 %, comme suite à la hausse décidée par le plan de rigueur Fillon 2, relevant la TVA réduite, auparavant à 5,5 %.

 

« À titre personnel, ce que je regrette, c'est que l'on n'ait pas eu une TVA à 5,5 %, mais cet alignement, je trouve ça formidable. Et moi, j'étais tellement content, que pour les éditions Gallimard, je l'ai appliqué un peu avant, dès Noël, parce que je trouve que c'est important d'avoir un prix ajusté. »

 

Un peu avant, sollicité, le président du SNE répondait sur la question du prix de vente des livres numériques, aujourd'hui, qui serait un moteur incitant et favorisant le piratage. Pierre Lemaître, ancien auteur des éditions Calmann Levy avait en effet étayé cette théorie, mettant en accusation son ancienne maison, coupable, de par sa politique tarifaire, d'encourager au piratage d'ebooks. (voir notre actualitté)

 

 

 

« Le SNE souhaite que s'installe un marché du livre numérique légal et attractif. Si l'oeuvre est homothétique [NdR : une version papier, transposée sans modification au format numérique], le prix doit être inférieur à celui du papier », répondra-t-il. Non sans maintenir le besoin pour les éditeurs de garder la main sur l'établissement du prix de vente. « Il est important de rémunérer la création, c'est même un impératif. Un auteur peut mettre des années à rencontrer son public, et pour cela, il faut que le prix de vente du livre reflète le travail réalisé par l'éditeur. »   

 

Bon, pas certain d'avoir eu une réponse à la question posée, mais l'atmosphère, elle, est bien donnée.

 

En France, aujourd'hui, le marché du livre numérique représente moins de 2 % des ventes pour le livre grand public, et seuls 5 % des Français assurent avoir lu un livre numérique - encore que l'ouvrage n'aura pas été lu en intégralité. Par ailleurs, c'est avant tout la lecture de titres gratuits qui est constatée. 

 

Alain Kouck PDG d'Editis, ajoutera qu'au « lancement du Kindle en Espagne, on a constaté deux fois plus de ventes qu'en France, mais aucun chiffre d'affaires sur la vente d'ebooks ». Une manière de dire pour le PDG de la société rachetée par le groupe espagnol Planeta, que si les machines se vendent, difficile de voir pour l'heure une réelle fascination des consommateurs. En outre, terre de piratage à l'excès, l'Espagne, bien plus que la France, ferait face à des questions de protection du droit d'auteur, plus difficilement encore.

 

 

 

Et avec Amazon, présent pour la première fois à un Salon du livre, faut-il avoir peur que le loup soit entré dans la bergerie ? « Je ne sais pas si, Amazon, comme on peut le dire, est un loup. Mais il est entré depuis longtemps dans la bergerie. Aujourd'hui, Amazon est un acteur de la vente de livres, et qui respecte nos conditions légales. Aujourd'hui, nous sommes sur le point de trouver un accord avec Google, qui avait numérisé sans autorisation nos oeuvres. Et aujourd'hui, Google souhaite travailler avec les éditeurs. C'est pareil pour Amazon, qui, lorsqu'il aura compris qu'il s'agit de convaincre les lecteurs, mais pas simplement par le prix, également par la qualité d'une offre, les rapports seront certainement plus moteurs. » 

 

Au niveau tarifaire, Antoine Gallimard a « des idées bien plus souples encore. Mon idée est que les prix peuvent changer, en fonction d'une opération, d'une promotion. Si vous voulez mettre en avant un certain type de littérature, pendant un mois, vous pouvez décider d'ajuster le prix de vente, en fonction de la promotion. Je pense qu'il faut que l'on soit souple, réactif, mais que le prix ne doit pas être l'élément d'exclusion des autres. »

 

C'est à ce titre que sa maison envisage même la possibilité d'une vente couplée, proposant livre papier et livre numérique. « Je suis pour, très favorable, et je pense que c'est bien. Cela pourrait même être la possibilité de vendre du numérique en entier, et un ouvrage papier parcellaire. Voyez, actuellement j'envisage de publier la correspondance Morand-Chardonne. »

 

Ce projet, qui remonte à plus de douze ans maintenant, et retraçant l'aventure entre Paul Morand et Jacques Chardonne, dont les propos volontiers antisémites et homophobes, pouvaient être un obstacle, pour celui qui est l'exécuteur testamentaire de Paul Morand, académicien et diplomate. « C'est un projet de deux ou trois mille pages. Eh bien, oui, c'est énorme. Mais je ferai une édition complète de l'intégralité en version numérique, et une édition de lettres choisies, en papier. C'est là toute la souplesse du livre numérique, et de la vente couplée, dans ses déclinaisons. »

 

Reste qu'il faut encore se concentrer sur le coeur de l'activité, à savoir le livre papier, et rester concentré sur ce secteur. Selon les données livrées par le SNE, la librairie indépendante, qui reste toujours le premier moteur de vente du livre en France a chuté à 39 % de parts de marché, quand internet est aujourd'hui parvenu à 10 %. « Le sentiment que les éditeurs auraient peur du numérique, une idée que l'on retrouve parfois dans la presse est totalement erronée. »