Salon du Livre : Les bibliothèques face à la numérisation

Clément Solym - 18.03.2008

Edition - Bibliothèques - bibilothèque - numérisation - internet


La conférence a débuté par le point de vue de l’historien, Jean-Yves Mollier. En 1950, on note près de 8 millions de livres empruntés. La naissance de notre structure actuelle ne s’est faite qu’après la seconde guerre mondiale. Actuellement, ce sont en moyenne 165 millions de livres qui sont empruntés chaque année.

 Un maillage progressif du territoire national :

Dans les années 70 et 80, toutes les grandes villes s’équipent en bibliothèques d’importance. Mais ce qui marque un tournant, c’est l’arrivée des médiathèques dans les années 80. Si l’on regarde au niveau mondial, une grande disparité d’équipements existe, qui s’inscrit en parallèle de l’évolution économique des différents pays.

Maintenant se pose la question cruciale de l’avenir de notre schéma actuel de l’organisation et de l’implantation des bibliothèques. L’attrait pour ce lieu demeure encore fort. Concernant la France, la répartition sur le territoire reste inégale avec des explications très diverses. La frontière Nord-Sud s’estompe, même si le Nord reste bien plus fourni que le Sud en termes de fonds disponibles.

L’implantation dans les villes est aussi disparate et fonction des autres lieux culturels qui peuvent faire concurrence aux bibliothèques dans les grands projets locaux tels que les salles de spectacles.
On comptabilise tout de même 2,3 millions de m2 sur l’ensemble du territoire français, et la demande, en termes de développements supplémentaires vient très fréquemment de la base, sans qu’il y ait besoin d’une impulsion de l’Etat.

 L’arrivée d’internet, un bouleversement ?

 Depuis le début des années 90, la bibliothèque est devenue une plate-forme élargie pour la recherche d’information avec l’arrivée d’internet. Plusieurs commissions sont actuellement en œuvre pour réfléchir sur la forme à venir de ces lieux publics. La politique à mettre en place reste encore à définir.

Si l’on se tourne vers les Etats-Unis, la moitié de la fréquentation des bibliothèques est tributaire de la mise à disposition d’accès libres vers internet. Cela draine une population particulièrement jeune vers ces lieux du savoir.

Si l’on s’en tient à une réflexion simpliste, l’on pourrait dire qu’à partir du moment où l’on s’oriente vers une dématérialisation du support livre, il n’y aura plus besoin des bibliothèques, le savoir étant à la libre disposition de chacun sur internet. Toutefois, ce point de vue est à nettement nuancer. On doit plutôt réfléchir en termes de complémentarité des contenus, non d’une substitution d’un support au profit d’un autre.

 La bibliothèque d’Alexandrie : un exemple de mutation réussi


La nouvelle bibliothèque d’Alexandrie ouverte il y a peu en est l’exemple parfait. Elle établit une convergence entre les différents supports. Grâce à des dons importants, elle dispose d’un fonds de manuscrits arabes de grande valeur. Mais aussi d’un nombre de livres considérable à disposition des lecteurs. S’ajoute à cela un parc d’ordinateurs reliés aux banques de données virtuelles mondiales.


Il est vrai que de plus en plus le savoir s’échappe du livre et ce dernier est pourtant le fondement de la bibliothèque. Mais cette dématérialisation du livre n’est qu’un changement de support, loin d’être le premier dans l’histoire de l’écriture. Partant de la pierre, on est passé progressivement au volumen puis au codex pour en arriver à notre support actuel. La lecture sur écran est l’avenir du livre. Mais on ne peut pas encore savoir pour combien de temps et quel sera le support qui, un jour, dépassera celui qui bouleverse notre vision figée du livre.

 Va-t-on vers une disparition du support livre ?

 Il est impossible de numériser tous les documents existants pour une raison de coût compréhensible. De plus, on numérise actuellement vers des supports qui ont aussi une durée de vie limitée (celle d’un disque dur avoisine les dix ans). De nouveaux transferts devront perpétuellement suivre.

Le rapport affectif au livre est cependant encore très fort. Le toucher d’une édition originale reste irremplaçable. Amos Oz disait encore récemment : « Le livre traditionnel, on n’a jamais fait de meilleur compagnon au lit ».

 On mène aussi différentes études pour tenter de déterminer les attentes du public face à ces lieux de transmission. Les usagers souhaitent encore avant tout de l’emprunt, l’internet ne recueille que 10 à 15 % des voix.

 On lit plus que par le passé, mais différemment :

 La place de la lecture est aussi en évolution constante. Il n’existe quasiment plus de « gros lecteurs ». Et après la révolution internet, on ne sait pas encore ce qui nous attend. Toutefois, même si certains sont alarmistes, il ne faut pas perdre de vue qu’internet est avant tout une remise en avant de l’écrit.

 Si la population lit moins de livres qu’auparavant…elle lit pourtant davantage. C’est le mode de lecture et le contenu qui diffèrent. Autrement dit, la lecture se porte bien, mais sous des formes différentes. Le bibliothécaire devient de plus en plus un médiateur. Cette mission est pourtant contrecarrée par des horaires d’ouverture en inadéquation avec les besoins du public.

 En moyenne, une bibliothèque est ouverte 20 heures par semaine et sur des horaires où la majorité de la population n’est pas disponible. Si l’on se tourne vers les Etats-Unis, les bibliothèques universitaires sont ouvertes tard dans la nuit. Mais l’effectif qui les gère est à 80 % composé d’étudiants, ce qui constitue un personnel nettement plus disponible.

 Internet : un avenir encore à organiser pour les bibliothèques

 Le contenu présent sur internet pose aussi de multiples questions. Les outils d’orientation ne sont pas encore suffisamment standardisés pour qu’on puisse apporter une réponse commune aux utilisateurs comme c’est le cas pour la ressource papier. Maintenant, on attend davantage du bibliothécaire, on a besoin de pilotes expérimentés face à internet.


L’espace de la bibliothèque reste un vecteur des bouleversements apportés par internet. Avec près de 50 % des foyers français non connectés, ce lieu devient l’accès libre, disponible pour tous. Le bibliothécaire doit alors s’inscrire dans un rapport d’accompagnement. Son métier reste éminemment intellectuel. Il a nécessairement besoin de connaissances solides pour pouvoir porter un regard critique sur l’information disponible et pour orienter correctement un public aux besoins très diversifiés.

 

A l’issue de près d’une heure d’intervention, la parole fut laissée au public venu nombreux pour réfléchir ensemble à l’avenir de la bibliothèque. Des pistes riches ont été lancées. Reste à savoir maintenant comment cet espace public du savoir saura prendre son parti du virage technologique qui voit une progressive dématérialisation du livre.




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