Salon du Livre : 'Une heure avec Amos Oz'

Clément Solym - 17.03.2008

Edition - Société - Amos - Oz - Israël


Amos Oz s’est livré hier au passage obligé de ce Salon du Livre 2008 : « Une heure avec… ». Présenté par Josyanne Savigneau, il s’est montré affable et ouvert à la discussion face à un public nombreux, dépassant largement les capacités de la salle proposée pour la tenue de cette rencontre. Soulignons au passage le travail remarquable de sa traductrice d'un jour.


« Pour moi, l’hébreu, c’est comme ce que représente un violon pour le violoniste » :

Interrogé tout d’abord sur sa langue d’expression, l’hébreu, Amos Oz répond comme si cela allait de soi. « Pour moi, l’hébreu, c’est comme ce que représente un violon pour le violoniste » : un instrument indispensable. Très positif sur l’évolution actuelle de cette langue, il lui prête un enrichissement constant consécutif à l’arrivée de nouveaux immigrants.

Amos Oz s’est aussi librement expliqué sur le choix de son nom d’écrivain, différent de sa véritable identité (Amos Klausner). « Quand j’avais quatorze ans et demi, j’étais en révolte totale contre mon père, je m’opposais à tout ce qui venait de lui ». Oz signifie force, audace, courage en hébreu. Tout ce dont il a dû faire preuve pour s’émanciper, se construire face à son père.

Entre l’Europe et les Juifs, le sentiment d’un amour unilatéral :

Parti dans un kibboutz (Houlda) à l'âge de quinze ans, il se fait ouvrier agricole, conducteur de tracteur, donnant sa voix aux courants socialistes…face à un père intellectuel de droite. Mais lorsqu’on lui demande si ce changement de nom s’est effectué dans le but de rompre totalement avec l’Europe, de se reconstruire en Israël, Amos Oz expose sa vision de la relation qui unie Juifs et Europe.

Les vrais européens, c’étaient les Juifs, tout du moins si l’on revient 78 ans en arrière. Maintenant, même les Turcs se réclament de l’Europe. Les Juifs se sentaient européens car ils aimaient la culture, les paysages de tous les pays du continent. Toutefois, cette Europe ne leur a pas rendu autant d’amour. Amos Oz reste sur le sentiment d’un amour unilatéral entre Juifs et Européens.

Les Juifs étaient traités avec mépris de parasites, cosmopolites ou intellectuels, mots professés comme des injures à leur encontre. C’est donc un départ obligé vers Israël. Ce n’était pas une erreur mais une obligation. Son grand-père a demandé successivement la nationalité française, américaine, même allemande et à chaque fois, ce fut un refus. Jérusalem est donc devenue une vraie ville, comme dans le rêve caressé par ses parents. Mais ces derniers ont eu le cœur brisé dans cet amour déçu pour l’Europe et les Européens.

Un enfant élevé parmi les livres et les plumes :

La famille d’Amos Oz était imprégnée par le livre. Son père était bibliothécaire, tout son entourage baignait dans l’écriture. Mais lui, enfant, souhaitait simplement devenir un livre. Etrange volonté. « Je ne voulais pas devenir écrivain. On parlait toujours de la Shoah autour de moi. » C’était comme un passage obligé de l’écriture. Et l’auteur cultivait cette vision enfantine qu’il valait mieux être un livre qu’un écrivain. En tant qu’écrivain, il était aisé de disparaître. En tant que livre, on pouvait en bruler des dizaines, il y aurait de fortes chances pour qu’un exemplaire puisse toujours être sauvé.

« L’écriture est un moyen d’établir un lien avec le monde… et cela impressionne les femmes » ajoute-t-il avec ironie. « Au début, je voulais être pompier. Je n’ai pas pu, je suis donc devenu écrivain. » Il voit l’écriture comme « une pulsion humaine », un besoin presque primaire. « Si j’écris, c’est parce que je dois écrire, c’est un besoin pour moi ».

L’écriture est un besoin primaire :

Parlant de sa dernière publication, Vie et mort en quatre rimes (Gallimard), Amos Oz revient sur le processus de l’écriture. « Je n’arrête jamais de travailler : dans mes rêves, quand j’emprunte l’autobus ou dans la salle d’attente du dentiste ». La genèse de son écriture s’ancre dans le quotidien.

« Quand j’écris, deux choses m’occupent : les personnages et la langue. » Le gouvernement, le politique, il n’intervient que lorsqu’il lit les journaux. L’écriture est vécue comme un travail méticuleux, il dit pouvoir ainsi passer des jours à la recherche du mot juste. Le lecteur ne doit s’arrêter dans sa lecture qu’à la fin de l’ouvrage. S’il butte sur un mot, c’est qu’il y a une fausse note, comme dans une symphonie.

Toute écriture est autobiographique, charge au lecteur de savoir lire :

Pour Amos Oz, tout est autobiographique, toute son écriture répond à ce genre littéraire. Toutefois, il fait une différence fondamentale entre autobiographie et confession. Il lui arrive souvent d’aborder des scènes dont il n’a jamais été le spectateur, mais alors ce sont ses gènes qui parlent pour lui, eux ne se trompent pas.

Interrogé sur le statut du bon lecteur, il en propose sa vision, en partant de l’exemple de Nabokov. « Je pense que le mauvais lecteur, c’est celui qui lit Nabokov et qui s’interroge sur les relations de l'auteur avec les petites filles. Le bon lecteur, lui, s’interroge sur ses relations avec les petites filles. La lecture doit avant tout nous amener à une interrogation personnelle. »

Brillamment traduit et entouré d’un public plus que nombreux, Amos Oz, en réponse à une question posée dans l’assemblée sur le boycott, dit que s’auto-exclure n’a pas de sens, n’amène rien. Avec une voix attachante, l'auteur s’est prêté avec simplicité aux jeux des questions, répondant avec toute sa franchise naturelle.


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