Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Samuel Beckett, une "Eurydice constipée vers les ombres de merde"

Cécile Mazin - 19.05.2014

Edition - Les maisons - En attendant Godot - Samuel Beckett - Lettres


C'est l'histoire d'un écrivain capable d'écrire « une pièce où rien ne se passe, deux fois », écrivait le critique de théâtre Vivian Mercier. En attendant Godot restera certainement la plus connue des pièces de l'écrivain. Samuel Beckett, plus personne ne le présente - au risque, surtout, de faire fausse route sur l'homme, en le confondant trop avec ses écrits. À moins que ce ne soient ses écrits qui pèsent trop lourd sur la vie de l'écrivain ? Difficile à résoudre.

 

 


 

 

Les éditions Gallimard viennent de publier un premier recueil de lettres, écrites entre 1929 et 1940 - paru ce jour. Un important volume de 800 pages, avec de véritables perles de l'auteur. 

Figure emblématique de la littérature du XXe siècle, Samuel Beckett est avant tout connu et reconnu pour sa prose et son théâtre. Ce premier volume de lettres qu'il écrivit de 1929 à 1940 nous offre un portrait personnel et vivace de l'écrivain qui fut également un grand épistolier. Après avoir été lecteur d'anglais à Paris à l'École Normale Supérieure, il revient à Dublin pour enseigner à Trinity College, et démissionne au bout d'un an et demi, retourne ensuite à Paris, avant de gagner Londres, où il suit une psychanalyse à la Tavistock Clinic. Il relate son voyage à travers l'Allemagne entre 1936 et 1937 avant de s'installer de nouveau à Paris jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.

Au fil des années, la genèse, souvent difficile, de ses premières oeuvres apparaît : son essai sur Finnegans Wake de Joyce, son étude sur Proust, son recueil de nouvelles More Pricks Than Kicks, ses poèmes rassemblés dans Echo's Bones and Other Precipitates, son premier roman Murphy. On découvre l'importance de sa relation avec Joyce et l'immense influence de celui-ci sur son oeuvre. Une familiarité frappante se dessine avec la littérature européenne, notamment avec les oeuvres de Dante, Goethe, Racine et Proust. Beckett révèle dans ses lettres un goût prononcé pour la peinture des grands musées européens.

 

Pour exemple, dans ce courrier de septembre 1930, adressé à Samuel Putnam : « Comment va la vie ? Il faut essayer d'organiser une bonne beuverie avant que je reparte - comme une Eurydice constipée vers les ombres de merde. » Mardi 20 mai , à 19h30, la librairie La Hune accueillera Daniel Gunn, professeur de littérature comparée et pilote de la traduction de la correspondance de Beckett, menée aussi par George Craig, Martha Dow Fehsenfeld et Lois More Overbeck. Dan Gunn présentera le premier volume (1929-1940) qui sortira précisément ce jour-là.

 

Samuel Beckett Lettres I 1929-1940, en librairie

 

 

Pour accueillir cette parution, Feedbooks propose une frise chronologique, figure de promotion auquel le libraire nous a déjà habitués, avec de belles réussites. Vie et oeuvre de l'écrivain, qui réunissent également des photos, des vidéos puisées dans les archives de l'INA, le tout établi par Édith Fournier, avec la collaboration des éditions de Minuit. 

 

 

 

 

Chose intéressante : on pourra retrouver une adaptation télévisée, datée de 1961, de En attendant Godot, avec Burgess Meredith et Zero Mostel, incarnant Vladimir et Estragon, les deux vagabonds de la pièce en français. Les deux acteurs tentaient de sauver leur carrière, après avoir été victimes de l'époque de la chasse aux sorcières communiste, durant l'ère McCarthy. Un désoeuvrement quasiment parfait, et le théâtre de l'Absurde dans une étrange plénitude audiovisuelle.