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Sandrine Rousseau “publiquement humiliée” par Angot : le CSA saisi

Nicolas Gary - 03.10.2017

Edition - Société - Angot CSA ONPC - agression sexuelle Angot - Sandrine Rousseau ONPC


L’émission On n’est pas couché glisse doucement du buzz auquel ses animateurs ont habitué le public à la vilaine publicité. Après l’agressivité dont Christine Angot a fait preuve face à l’invitée Sandrine Rousseau, la situation tourne au vinaigre. On l’apprenait hier, la secrétaire d’État Marlène Schiappa a décidé de saisir le CSA pour qu’une éventuelle sanction intervienne. 

 



 

« À l’heure où 84 000 viols sont commis chaque année en France, et où seulement 1 % des agresseurs font l’objet d’une condamnation, il est éminemment regrettable qu'une victime ayant le courage de briser le silence autour des violences sexuelles soit ainsi publiquement humiliée et mise en accusation », indique Marlène Schiappa dans un courrier envoyé au CSA ce 2 octobre.

 

La secrétaire d’État tient en effet à attirer l’attention du gendarme de l’audiovisuel sur « les propos tenus à l’encontre de Sandrine Rousseau lors de l’émission “On n’est pas couché”, diffusée le 1er octobre dernier sur France 2 ». 

 

En tant qu’organisme chargé de veiller à « l’image des femmes dans les programmes de services de communication audiovisuels, notamment en luttant contre les dossiers stéréotypes, les préjugés sexistes, les images dégradantes. Les violences faites aux femmes et les violences commises au sein des couples », il relève donc de la responsabilité du CSA de s’exprimer.

 

Et de poursuivre : « France Télévisions est extrêmement engagée dans la lutte contre la culture du viol via ses programmes de fiction et de débats sur le sujet. Mais plus globalement, l’accueil de la parole des victimes dans les émissions de divertissement n’est pas digne du combat qu’elles mènent pour que cessent ces violences sexistes et sexuelles. Je vous serais donc reconnaissante de m’indiquer si, au regard de la gravité de ces faits, le Conseil entend engager une procédure d’instruction relative à cette séquence. »

 

Il semblait en effet difficile que la secrétaire d’État, particulièrement engagée dans la lutte contre le harcèlement de rue, puisse ne pas bondir, après la séquence diffusée dans l’émission.

 

À l’origine, la romancière a littéralement rejeté la manière dont Sandrine Rousseau parlait de son agression sexuelle. Au point d’attaquer sur les mots et la forme de ce témoignage, en lui refusant cette parole prise : « Vous ne pouvez pas parler au nom de toutes les femmes. Vous auriez dû dire “Je”. »
 

Angot face à Sandrine Rousseau : parler ou taire les violences sexuelles ?

 

Comment faire ? « On le fait avec l’humain, on le fait avec des oreilles, on le fait parce qu’on a des yeux, on le fait parce qu’on écoute », assène Angot. Et quand Sandrine Rousseau affirmait que personne dans le parti politique ne l’avait écouté, elle rétorquait, comme une évidence : « Il n’y a personne. On se débrouille. C’est comme ça ! »

 

L’auteure Valentine Goby, scandalisée, avait rapidement déclenché une pétition pour dénoncer le comportement de sa consœur : « Chacun peut avoir une préférence sur la conduite à adopter, mais nous sommes là devant une mise en concurrence des souffrances et une négation de la souffrance de Madame Rousseau par Madame Angot qui est difficile à supporter. [J]e m’insurge contre cette idée que la littérature puisse servir à détruire quelqu’un : je l’ai en horreur lorsqu’elle sert cette fin. » 

 

Le comportement d’Angot sur ONPC, “une télévision qui avilit” 
 

Rares furent les soutiens apportés à Christine Angot, mais l’on compte tout de même l’intervention de Léa Salamé : « J’ai lu beaucoup sur les réseaux sociaux, elle a été extrêmement attaquée, bien sûr il y a des maladresses et tout ce qu’on veut, mais Christine Angot a été violée par un inceste, par son père, qu’elle a raconté dans son livre, c’est une femme qui n’est que colère, indignation et souffrance, notamment sur ce sujet-là qui est extrêmement épidermique et sensible chez elle. »

 

Et d’ajouter : « On voit deux indignations, deux sensibilités, deux colères, de deux femmes qui ont été l’une agressée sexuelle et l’autre violée par son père. Je préfère ne pas me prononcer sur ces deux violences (...) ce sont deux sincérités, aucune des deux ne ment. Quand il y a deux sincérités, je ne juge pas », explique-t-elle.