Sarko m'a tuer : la juge Prevost-Deprez se fait taper sur les doigts

Clément Solym - 13.09.2011

Edition - Justice - mediator - bettencourt - justice


Dans le livre auquel elle a apporté son témoignage, la juge Prévost-Desprez soulignait plusieurs faits intéressants dans l'affaire Bettencourt, qui occupe la justice depuis des mois désormais.

Invoquant la peur que ressentaient les témoins, elle explique : « L'un d'eux, hors procès-verbal, m'a dit qu'il avait vu des remises d'espèces à Sarko. » Des paroles inquiétantes, que l'on retrouve dans le livre de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, Sarko m'a tuer, paru chez Stock. L'infirmière même de Liliane Bettencourt avait précisé à la greffière de la juge : « J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy, mais je ne pouvais pas le dire sur procès-verbal. »

Une omerta qui court encore, au point que désormais, l'infirmière démente, par le biais de son avocate, Me Céline Lasek, que ces propos officieux, qui lui sont prêtés, soient vrais. Elle n'aurait même jamais assisté à la moindre remise d'argent, dément-elle. Pourtant, Fabrice Lhomme assure auprès de l'AP que « tous les propos qui lui sont prêtés ont été relus et validés par elle ».

Les copains en soutien

Situation douloureuse et délicate, surtout quand l'Élysée s'en mêle : « Ce sont des allégations scandaleuses, infondées et mensongères », entend-on depuis les couloirs du palais présidentiel.

Et tout le monde y va donc de son petit boniment de soutien. Ainsi, François Fillon, déplorant « qu'au mépris de toute règle déontologique de telles allégations visant le président de la République, à l'évidence dénuées de tout fondement, viennent nourrir la rumeur dans ce qu'elle a de plus détestable et de plus insidieux ».

Et le premier ministre d'en remettre une couche, puisqu'il « ne peut que souhaiter que les procédures en cours viennent rapidement et en toute indépendance mettre un terme aux manipulations que la période préélectorale paraît seule de nature à expliquer ».


Même son de cloche pour Valérie Pécresse, qui ironise sans grâce contre la juge, qualifiée de « femme qui a vu la femme qui a vu l'ours ».

La justice sereine

Et voilà que, comme pour appuyer le pouvoir, la hiérarchie de la juge Prévost-Deprez vient de lui infliger une grosse tape sur la main, en lui refusant de présider à l'audience qui doit se tenir, fin septembre, sur le dossier du Mediator. Une cinglante ironie de plus, alors que la magistrate avait déjà été écartée du dossier Bettencourt.

Pour autant, le président du tribunal de Nanterre, Jean-Michel Hayat, estime que cette décision n'est en rien une sanction, et que ce retrait provisoire de l'affaire Mediator ne relève pas plus d'un dessaisissement de la juge.

Foin de ce livre et des déclarations, donc, il s'agit avant tout, pour la justice, souligne-t-il, de « travailler dans la sérénité ».