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Sarkozy butait sur un "s" : pas crucial que le président sache qui est Barthes

Nicolas Gary - 07.08.2013

Edition - Société - Roland Barthes - Nicolas Sarkozy - discours


Aujourd'hui, Marie de Gandt était l'invitée de Caroline Fourest, pour l'émission Ils changent le monde, sur France Inter. L'occasion de revenir sur l'une des séances cocasses des discours de Nicolas Sarkozy, alors que Marie de Gandt était la plume du président. Elle avait d'ailleurs fait paraître en février 2013 un livre évoquant son aventure, Sous la plume, petite exploration du pouvoir politique.

 

 

 

 

Dans le discours prononcé le 28 septembre 2011, Nicolas Sarkozy avait remis à Julia Kristeva, philosophe, psychanalyste, féministe et auteure, une Légion d'honneur. Pour l'occasion, le discours de Marie de Gandt est truffé de références multiples et variées, et surtout, fait intervenir le polyvalent Roland Barthes.

 

Sauf qu'au moment de prononcer le nom de Barthes, voyant un «s» final, le président avait appuyé le son «ess», faisant de Roland Barthes un homonyme temporaire du gardien de football. 

 

« Évidemment, j'étais mortifiée », se souvient la plume du président, alors que Philippe Sollers, compagnon de Julia Kristeva, en éclatera littéralement de rire par la suite. « J'étais d'autant plus mortifiée que j'avais anticipé ce risque-là », assure-t-elle. Soucieuse de ne pas mettre son président dans l'embarras, elle avait prévu de ne pas mettre de ‘s' à la fin de Barthes, permettant de contourner le problème.  

 

Étant donné qu'un grand nombre de personnalités étaient citées dans le discours, elle n'avait pas mis les prénoms des unes et des autres, et prévoyant la faute de prononciation, préférait escamoter le ‘s' risqué. « Si j'avais mis le prénom, Roland Barthes, j'étais sûre qu'il connaîtrait. » Noble optimisme, vis-à-vis de l'homme qui se plaisait à lire les Roujon-Macquart (sic!).  Quant à retirer Barthes, c'était impossible. 

 

Donc décision prise de supprimer le ‘s' coupable par anticipation... et finalement non : le secrétaire général ne manquerait pas de retoquer le texte, et par ego, Marie de Gandt préfère montrer qu'elle sait écrire le nom de Barthes, et laisse donc l's. « J'ai eu de l'ego, ce qu'il ne faut jamais avoir quand on est une plume. »

 

Et ce qui devait arriver, arriva : Nicolas Sarkozy prononça Barthesss, comme Yann ou Fabien... « Roland "Barthesse" a claqué comme une fausse note à Pleyel », commentera alors Sollers

 

« Dans le milieu universitaire, cela a provoqué un émoi, à mon avis démesuré », poursuit la plume, parce qu'il n'est « pas crucial que mon président sache qui est Barthes ». Et de se demander si François Hollande est réellement d'une grande culture -  « et puis Barthes n'est pas forcément l'un des philosophes les plus fondamentaux ». 

 

Il est vrai que nous sommes loin du président lettré d'antan, mais qui ont d'autres qualités, conclut Marie de Gandt, plus en rapport « avec les nécessités de l'époque ».