Sarkozy : internet civilisé ou cyberdissidents, il avait choisi

Clément Solym - 22.05.2011

Edition - Société - liberté - expression - internet


Nul doute que Deauville serait l’occasion rêvée pour que Nicolas Sarkozy puisse reprendre les rênes de sa popularité déclinante, et parvenir à reconquérir les sympathies des dirigeants invités. D’ailleurs, aux côtés des Amazon, Google et Facebook, on devrait même trouver Antoine Gallimard. La classe.

Henri Guaino, cité par l’AFP, a finalement expliqué un peu plus en détail le principe de ce G8 : « L'économie planétaire, la régulation mondiale, les finances, le climat, ça concerne le G20. Le G8 est lui destiné à coordonner l'action des pays développés. » Fort bien. Et dans tout ce planing, la question n’est désormais plus de parvenir à civiliser l’internet, ni d’en brider la liberté, « mais de savoir comment on (pouvait) réguler internet », ainsi que Nicolas Sarkozy l’avait évoqué avec Barack Obama en janvier dernier.


 

En outre, souligne un ministre, gentiment resté anonyme, « l'enjeu de crédibilité internationale du G8 est important pour le président au moment où les Français ont besoin d'être rassurés sur leur place dans le monde ».

Internet de la liberté, sans liberté


Tout un jeu d’influence, qui résonne étrangement avec l’article publié dans Marianne2, dans lequel on découvre l’autre visage du président et son regard sur Internet. Bien éloignés du grand sourire qu’il affiche sur sa page Facebook. Ou comment Nicolas Sarkozy avait finalement torpillé une conférence internationale sur la liberté d'expression, sur internet, que Bernard Kouchner avait mise en place...
Car Nicolas Sarkozy – comme le révèle Marianne – est le président qui avait il y a peu de temps empêché la tenue d’une conférence mondiale consacrée à la liberté d’expression sur Internet, pourtant proposée par Bernard Kouchner. Jusqu’au déclenchement des révolutions arabes, il n’a en effet cessé de se méfier des cyberdissidents, ne rêvant que de régulation et de contrôle du Web – qu’on se réfère à la loi Hadopi.
Et nos confrères de raconter par le menu et dans le détail, les différents objectifs que le cyberprésident s’était fixé, considérant plutôt l’internet comme un espace lié à la cybercriminalité, comme en attestait une lettre dévoilée par la Quadrature du Net.
Le président met son veto aux projets Internet de son ministre : « Vous m’avez fait part de votre intention de réunir une conférence internationale consacrée à la liberté d’expression sur Internet. Cette problématique doit être abordée de manière globale. » Suivent deux pages de commentaires critiques et de détricotages.

Alors que Kouchner évoquait les « cyberdissidents », Nicolas Sarkozy répond en termes de « cybercriminalité ». Kouchner met en avant la « liberté de la presse », le président craint, lui, les « zones de non-droit », propose de « bâtir un Internet civilisé, respectueux des droits de tous ». Le ministre militait pour défendre les « droits de l’homme » et un Internet « ouvert », Sarkozy lui répond que cette conférence doit être « l’occasion de promouvoir les initiatives de régulation, en particulier la loi Hadopi ». Sarkozy choisit un Internet fermé !
Civiliser, civiliser, civiliser... répète...

De là venait de naître l’idée d’un internet civilisé, permis, entre autres, par la loi Hadopi, comme il l’avait rappelé lors de ses voeux pour 2011. Cette même expression de ‘civilisé’, qui n’avait pas manqué de rappeler les propos d’un certain Jules Ferry, tenus en juillet... 1885 : « Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... » (notre actualitté)

Mais quelques mois auparavant, c’était cette même idée, qu’Antoine Gallimard avait tenue dans nos colonnes, considérant qu’en son principe, elle assurait « un compromis équilibré entre le droit des créateurs de vivre de leur travail et la liberté d'action des internautes. Mais liberté n'est pas licence. Et la liberté de chacun s'arrête là où commence celle d'autrui. En cela la loi Hadopi est un acte de civilisation de l'Internet ». (notre interview)

Voir aussi l’article sur Bug Brother.