Sarkozy ou l'imbécile première nécessité d'une culture

Clément Solym - 08.12.2011

Edition - Société - Nicolas Sarkozy - culture - biens


On ne le comprend pas toujours, notre Nicolas Sarkozy. Ou plutôt, on le comprendrait trop bien. C'est vrai que la campagne présidentielle est en marche, et qu'il a tendance à se prendre pour Victor Hugo. Mais son histoire de culture et de « première nécessité », cela fait un peu trop.

Déjà à Avignon, le président avait servi la même soupe devant les représentants des professionnels de la Culture : défendant son Hadopi 3 à venir, destinée à lutter contre le streaming, il avait déjà assimilé la culture à « un bien de première nécessité ». Mais la députée PS, Aurélie Filippetti l'avait épinglé avec justesse, déplorant qu'il « ose comparer la culture à un bien de première nécessité alors qu'il vient d'augmenter la TVA sur le livre et les autres produits culturels qui bénéficiaient de la TVA réduite, et que précisément les produits de première nécessité sont exclus, eux, de cette hausse ». (voir notre actualitté)

 

Première nécessité : tourner sa langue dans sa bouche

Et voici que durant l'inauguration du Googleplex, ce mardi 6 décembre au matin, il remet le couvert. Dans un Tweet envoyé depuis le compte de l'Élysée, Sarkozy enfonce le clou : « Je considère que dans les produits de première nécessité, il y a l'eau, la nourriture, mais aussi la culture. » La phrase a dû lui plaire, comme lui serait resté en tête un vers, justement, de Victor Hugo, mais il n'a toujours pas fait le rapprochement entre le plan de rigueur Fillon II et les divers avertissements envoyés par les professionnels du livre.

 



Le message n'était pourtant pas bien compliqué à décrypter : si la TVA sur le livre papier passe de 5,5 % à 7 %, c'est l'ensemble de la chaîne qui va être chamboulé, depuis l'éditeur, en passant par le libraire, voire même l'auteur, pour qui ce sera double peine, pointait la Société des Gens de Lettres. « Les auteurs sont doublement concernés par ce relèvement du taux réduit de TVA qui s'appliquera, en effet, à la fois sur l'assiette de rémunération des auteurs (le prix de vente du livre) et sur le montant de cette rémunération (assujettie depuis 1991 à la TVA), sans compter qu'en tant que citoyens et consommateurs, ils participeront, comme tous les Français, à l'effort collectif demandé. »

Mais voilà, la culture comme « bien de première nécessité », ça doit vous avoir des relents de patriotisme intellectuel de très bon aloi, en cette période préélectorale.

 

Le livre et Sarko, le désamour

Or, avec le plan Fillon II, les livres n'appartiennent donc plus à la culture, puisqu'ils sont taxés à 7 % contre 5,5 % maintenus pour le sucre, les céréales, les biscottes, la « poudre petit déjeuner », le café, ou encore le thé, le lait de conserve et en poudre, les confitures, le miel, les biscuits sucrés, les aliments au soja, les fruits au sirop... (voir toute la liste chez Challenges)

Oh, on sait bien que le président, en dépit de ses efforts renouvelés et démultipliés, et même de toute l'attention dont Carla Bruni peut faire preuve, paraît-il, n'est pas un amateur de bouquins. Durant la Foire du livre de Brives, qui fêtait ses 30 ans en même temps que le centenaire de la maison Gallimard, Antoine Gallimard lui-même, qui cumule le titre de président du Syndicat national de l'édition et de grand patron des éditions éponymes déplorait que Nicolas Sarkozy n'ait « jamais eu le temps de venir au Salon du livre de Paris ».

 



Devine, à quel point il les aime, les livres, le père Nicolas. Aussi, quand le Syndicat de la Librairie Française décoche un communiqué pour rebondir sur les propos présidentiels, on sent que le monde du livre fulmine.


Cette déclaration revêt une importance toute particulière dans le cadre du débat actuel au Parlement sur la hausse du taux réduit de TVA qu'il est prévu, à l'heure actuelle, d'appliquer au livre, mais pas aux produits de première nécessité.

Les libraires, comme tous ceux qui sont attachés aux valeurs du livre, défendent l'idée qu'il relève bien, dans notre société, d'une nécessité de premier ordre pour aider chacun à donner du sens à son destin individuel comme à sa place au sein de la collectivité.

Dès l'annonce de la hausse de la TVA sur le livre, le SLF a dénoncé une remise en cause de ce statut particulier du livre. Il a par ailleurs souligné que, dans un marché tendu, cette hausse ne pouvait avoir que des conséquences néfastes à la fois sur la lecture et sur la situation économique des librairies.

Le Syndicat de la librairie française invite les parlementaires à s'unir autour de cette cause qui, jusqu'à présent, a toujours été défendue tous bords politiques confondus, en renonçant à l'augmentation de la TVA sur le livre.


Évidemment, quand Google achète pour plus de 100 millions € un hôtel particulier dans le coeur de Paris, c'est l'économie de la capitale qui sent sur ses joues transies, comme un vent frais et apaisant. Ce même vent que le président a confondu avec le chant des Muses, avant de ressortir sa phrase d'Avignon, « la culture est un bien de première nécessité ».

 

Parce que ce n'est pas considérer la culture comme l'un de ces biens que d'accorder une TVA harmonisée sur le livre papier, au livre numérique, qui basculerait de 19,6 % à 7 %, donc. Non, ça, c'est une évidence.

La députée Filippetti ne s'y était pas trop trompée en assurant que « tout le bilan de Nicolas Sarkozy en la matière aura été de vouloir creuser un fossé entre les artistes et la jeunesse de ce pays, entre les créateurs et leur public et de criminaliser la jeunesse quand elle a soif de culture, sans améliorer d'un iota la rémunération des créateurs ni l'éducation artistique ».

Mais ce qui est fameux, c'est que dans ces biens de première nécessité, on retrouve la confiture, qui est, comme chacun le sait, un produit à étaler. Comme la culture. Le président doit être en train de constituer des stocks gigantesques...