Nicolas Sarkozy, la politique culturelle du "karcher"

Nicolas Gary - 13.04.2015

Edition - Société - Nicolas Sarkozy - Arthur Rimbaud - poésie littérature


Quel manque de compassion : alors que Nicolas Sarkozy planche de concert sur les classiques de la poésie française et le nouveau nom de l'UMP, il vient de se prendre une volée de bois vert. La soufflante vient de loin, et elle fait étrangement écho aux propos que la précédente ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, avait jetée au visage de l'ex-président de la République. Et pour reprendre le gant, cette fois, c'est Fleur Pellerin que l'on trouve aux avant-postes. 

 

 

Nicolas Sarkozy arrives at the European Summit in Brussels

Stefan de Vries, CC BY ND 2.0

 

 

L'entretien accordé au JDD fait sourire : Nicolas Sarkozy et la culture... L'homme qui restera à vie cloué au pilori de la Princesse de Clèves, qui était devenu la risée de l'édition (si, si) et parlait sans frémir des Roujon Macquart... Nicolas Sarkozy qui brandit le mot culture avec la ferveur du mot intégration, ou immigration, voilà qui fait rire, maintenant, à gorge déployée.

 

« Je voudrais rappeler cette conviction qui est pour moi inébranlable : la culture sera l'une des réponses à la crise que nous connaissons », assure-t-il chez nos confrères. Et dans un trait d'humour et de culture terrassant, il balaye le mouvement de grève que vit la Maison de la Radio : « Radio France est devenu un bateau ivre. Une ministre totalement dépassée, un président trop peu expérimenté à qui on fait jouer le rôle de bouc émissaire, des syndicats trop puissants enfermés dans un conservatisme archaïque, voilà le résultat de la politique de François Hollande ! »

 

Ah, citer Rimbaud, cela n'était encore jamais arrivé à Nicolas Sarkozy. Mais peut-être le bon mot lui a-t-il été soufflé par Jean-François Copé, lors du remaniement d'avril 2014. Celui qui était alors président de l'UMP expliquait, sans un sourire ni une intonation poétique qu' « [à] un moment où nous aurions besoin pour notre pays d'une équipe gouvernementale solide », la composition du gouvernement lui donnait « l'impression d'un bateau ivre ».

 

Nicolas Sarkozy, l'homme sobre, parlant d'ivresse, cela donnerait presque envie de se replonger dans cette illustre vidéo, du G8, en juin 2007. S'y replonger pour mesurer avec plus de hauteur toute la vertigineuse portée des propos du futur candidat de l'UMP/Les Républicains – nous attendons encore le nom définitif. Une vidéo épique, où la quille du bâto, ivre, certes éclate un peu...

 

 

 

 

Alors voilà : l'attaque de l'ex-président amène des commentaires. Ceux d'Aurélie Filippetti, en juillet 2013, ne manquaient pas de piquant. Elle répondait déjà à Nicolas Sarkozy : « Ce qui s'est passé durant les cinq ans de la présidence Sarkozy, c'est que le ministère de la Culture a été saigné à blanc en terme d'effectifs. » Bon, évidemment, en sous-marin, on voyait bien que les budgets de son ministère fondaient légèrement, et que les actions du cabinet relevaient plutôt de la pirouette que de la réelle mesure d'envergure. On se souviendra comment la loi anti-Amazon avait abouti, devant les chambres parlementaires, à ce que l'on évoque « l'incurie des services de Valois ». Et pour cause.

 

Confondre culture et BTP 

 

Mais à cette époque, déjà, Nicolas Sarkozy se faisait doucement remettre à sa place. Et Frédéric Mitterrand avec lui, l'ancien ministre de la Culture avait lui-même attaqué la politique culturelle de François Hollande. 

 

En ce mois d'avril, Nicolas Sarkozy revenait donc sur le terrain de la Culture, avec ces propos forts : « Dans la patrie de Victor Hugo, de Maupassant, de Balzac, pour ceux qui se voulaient les successeurs de François Mitterrand, quel désastre. » 

 

Fleur Pellerin n'a pas vraiment laissé passé l'occasion : dans un communiqué écrit, la ministre bat froid les déclarations du président qui « incarne une vision dépassée de la politique culturelle. Il confond culture et BTP ». Et d'ajouter que « [s]on mandat s'est soldé par un héritage désastreux, fait de chantiers pharaoniques mal maîtrisés et non financés ».

 

Et en avant le déchaînement, plus ou moins légitime, d'attaques toutefois bien senties : « Nous payons aujourd'hui 10 ans d'incurie et de mépris pour la culture, les artistes, les créateurs. La priorité de ce gouvernement, au contraire, c'est l'accès de tous à la culture, la réforme de nos outils de politique culturelle pour les adapter aux défis d'aujourd'hui. »

 

Et de souligner que son ministère travaille sur la lutte contre le piratage, avec une tout autre perspective que l'Hadopi tant chérie par les gouvernements Fillon 1 et 2, portés par Christine Albanel. Fleur Pellerin porte un projet qui cherche à frapper les sites « plutôt que de s'en prendre uniquement à l'internaute, et [apporte] la définition d'une politique efficace de lutte contre le piratage, saluée par l'ensemble des acteurs du cinéma et de la musique ».

 

Si elle rejoint Nicolas Sarkozy sur le fait que la culture soit un « remède à la période que nous traversons », c'est parce que la société dans laquelle nous évoluons, « Nicolas Sarkozy s'est évertué pendant cinq ans à [la] fracturer ». 

 

Et de conclure : « Ma vision de la politique culturelle est à l'exact opposé du “karcher” de Nicolas Sarkozy. C'est un travail patient de reconstruction du lien social autour d'une culture plus accessible, mieux partagée, toujours exigeante et plus démocratique. »