Sarkozy s'en va-t-en guerre des Gaules contre Cicéron

Clément Solym - 02.08.2010

Edition - Société - capes - lettres - classiques


La disparition de l'enseignement - et par extension, ou corollaire, de la formation des professeurs - de latin et de grec, serait au sens premier, une perte d'humanités.

Dans une tribune publiée sur Marianne, Philippe Baumel, membre du Conseil national du PS, saute à la gorge de réformes qui viseraient à faire sauter le CAPES de lettres classiques.

Cicéron contre César

« Si La Princesse de Clèves ne semble guère utile aux yeux de notre président de la République, le latin et le grec, Cicéron, la Guerre des Gaules, Pline, Virgile et Sénèque seront, semble-t-il, bientôt voués à la critique rongeuse des souris sinon à un exemplaire autodafé sous la haute autorité de Monsieur Luc Châtel, ministre du Marketing éducatif. »

L'élément déclencheur ? Une rafale de démissions envoyées au ministre, que des jurés du Capes concernés ont décochée. Marre de voir l'enseignement de matière non lucrative toujours taclé par les instances dirigeantes. Et si la gauche ne s'est pas prononcée de manière « univoque » sur le sujet, la situation n'en demeure pas moins gravissime.

« Prisonnière d’une vision utilitariste de l’École, plus que jamais désireuse de casser l’École publique au profit du privé, alliée de circonstance des derniers des “pédagogistes” hostiles à ce reliquat d’élitisme que sont le latin et le grec, la droite vient de porter l’estocade au Capes de Lettres Classiques, en le vidant de sa substance. Insigne astuce des tenants de l’abaissement intellectuel de notre École ! »

Nicolas a-t-il la Gaule (qui se lève tôt) ?

Dont acte. Après tout, le président est un ancien avocat, mais il ne partage pourtant pas l'amour du latin que sa connivence d'avec Cicéron aurait pu lui conférer. D'ailleurs, estime Philippe Baumel, dans « ce gouvernement d’avocats d’affaires, dédiés à l’argent et au marché, la culture est un ennemi ».

En 2009/2010, on comptait 500.000 élèves qui apprenaient latin ou grec, chose véritablement idiote pour comprendre les fluctuations boursières. Peut-on encore évoquer ces matières comme des « instruments de l’égalité de chances, vecteurs de réussite scolaire pour les plus démunis » ? Non point. Et foin de revolver, poursuit-il, Nicolas Sarkozy, à l'évocation du mot Culture, tire sa zapette et passe sur les clips anciens de son épouse...

« Le combat mené n’est pas seulement franco-français. Là où le marché passe, la culture trépasse, c’est une expérience vécue chez nos voisins européens et que le gouvernement voudrait nous faire connaître. Soyons réalistes, exigeons la culture ! »

On n'aurait pu conclure plus justement : quousque tandem abutere, Nicolas, patientia nostra ? sinon peut-être, en évoquant O termpora, o mores...