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Sauramps : “L'ombre de Jean-Marie Sevestre a plombé le dossier”

Nicolas Gary - 03.07.2017

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Les salariés de Sauramps avaient rendez-vous ce 3 juillet avec le directeur de cabinet du préfet, ainsi qu’avec le procureur du Tribunal de commerce. L’enjeu est simple : définir dans quelles conditions il serait possible d’interjeter appel. « On ne peut pas ne rien faire pour les 62 salariés qui seront licenciés », expliquent-ils.


Librairie Sauramps de Montpellier
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

La situation est simple : d’un côté, le Furet du Nord qui a été choisi par le tribunal comme repreneur, considéré comme plus compétent professionnellement. De l’autre, la société Amétis qui faisait une offre mieux-disante socialement. Entre les deux, 37 salariés de différence, et le désarroi de ceux qui partent – autant que ceux qui restent.

 

Dans les attendus, le tribunal pointait en effet que le Furet avait « présenté de manière détaillée et professionnelle le repositionnement du magasin du Triangle pour assurer sa pérennité ». De même, il avait su convaincre de ce que le groupe mènerait à bien son projet « en mutualisant les services centraux, en fédérant les grandes librairies de province, tout en respectant les spécificités des enseignes locales ».

 

Enfin, il avait « précisé les ratios de gestion indispensables à atteindre pour retrouver la profitabilité sur le long terme ». Et de conclure : « La perte dans l’immédiat, de 37 emplois par rapport à l’offre d’Ametis nous apparaît compensée d’une part par la pérennisation des emplois repris, et d’autre part par la perspective de recrutements à venir. » Ces trois éléments restent définitivement en travers de la gorge des salariés.
 

« Après tout, que François Fontès décide de travailler à perte, en faisant de Sauramps sa danseuse, cela ne nous concerne pas. Attendu qu’il offre une chance de plus de conserver des salariés, nous demandons au tribunal d’examiner plus précisément son offre », poursuivent-ils. Même Françoise Nyssen, ministre de la Culture, le pointait sans avoir l'air d'y toucher : « Les emplois, c’est aussi fondamental, surtout qu’il s’agit de gens qui ont à cœur cette mission presque publique de défendre la culture, de défendre le livre. Il faut prendre cela en compte et voir comment cela sera traité. »

 

Bien entendu, personne n’est vraiment enthousiaste à l’idée que certains de l’équipe dirigeante reviennent. « Sauf que, juridiquement, le dossier d’Amétis était mieux-disant : en faisant appel, on demande à ce que les dossiers des repreneurs soient jugés sur le respect du droit, et sans aucune subjectivité. »

 

Et pour cause : c’est l’ombre de Jean-Marie Sevestre, ancien PDG de Sauramps, qui plane au-dessus de l’offre présentée par Amétis. « Les critères retenus par le tribunal affichent un parti pris : on le comprend, personne ne souhaiterait renouer avec la gestion Sevestre. Mais si Amétis apporte une meilleure proposition, elle doit être considérée avec plus d’égards. »

 

Opter pour une meilleure option, socialement
 

L’épineux cas de la librairie Odyssée, située dans le centre commercial Odysseum, est au cœur du problème. Écartée dans le projet du Furet, elle était reprise par Amétis. « En reprenant Mosaïque, il était évident que le seul intérêt était de fermer Odyssée sans plan social pour l’ensemble du groupe. Mais il est aussi évident que la librairie n’aurait pas perduré après la fin du bail en mai 2019 », indique un proche du dossier.

 

Qu’importe, balayent les salariés : il était possible de transférer Odyssée vers d’autres locaux commerciaux, et surtout dans des zones plus attractives, et sans concurrence. « Et surtout, sans un bail aussi mortifère. Le pari pouvait être tenté, par l’un ou l’autre des repreneurs, d’ailleurs. Mais ce qui a définitivement plombé le dossier auprès du tribunal, c’est l’ombre de Jean-Marie Sevestre. »

 

Le problème est que la trésorerie actuelle de l’entreprise pourrait prendre à la gorge tout le monde, dans l’hypothèse où l’appel prolonge la situation. « Nous pouvons à ce jour couvrir les affaires courantes, mais nous avons impérativement besoin d’obtenir des garanties sur la rapidité du jugement en appel. »

 

En effet, les établissements enregistrent aujourd’hui près d’un million d’euros de réserve de propriété. « Dans ce cas, si un groupe ou un éditeur décide de réclamer les livres qu’on lui doit, et que l’appel s’éternise, c’est la fin de toutes les librairies. » Et bien entendu, personne ne souhaite faire courir le moindre risque « aux employés d’Alès et de Triangle », qui sont repris d’ores et déjà par le Furet du Nord.

 

« D’autant plus que si le jugement est rendu dans un mois, non seulement économiquement, mais surtout socialement, ce sera insupportable. » Les salariés d’Odyssée seraient en effet contraints de revenir travailler, pour la période nécessaire. « Personne n’a envie d’avoir à supporter cela. »

Selon les informations communiquées à ActuaLitté, le magasin Odyssée sera prochainement remplacé par une boutique Zara. En l'état actuel, le seul appel de Jean-Marie Sevestre ne suffit pas à suspendre la décision du tribunal. Le procureur, pour sa part, décidera mercredi ou jeudi de faire appel. 

mise à jour 19h45 : 
 

Après leur rencontre avec le procureur, les salariés gardent le sentiment que ce dernier ne souhaite pas suspendre la procédure. Toutefois, l’hypothèse du référé est possible – plus d’informations viendront ce mercredi. « Le point noir du dossier, c’était la proximité entre l’ancienne direction et le possible repreneur : ils viennent aujourd’hui de défendre ensemble leur dossier. » 
 

Plus aucun doute n’est donc permis concernant les liens entre l’ancien PDG et la société qui se portait repreneur. Les personnes concernées ayant affirmé qu’elles ne se connaissaient pas – ce qui semble moins vrai qu’elles ne l’assuraient – que penser ?  
 

Mercredi 5 juillet, l’ensemble des salariés saura ce qu’il en est, mais un second jugement interviendra dans tous les cas.