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Sauramps : les salariés menacent d'une grève pour obtenir les offres de rachat

Clément Solym - 19.01.2017

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« C’est un scénario catastrophique », commente un libraire : le cas des librairies Sauramps, à Montpellier, est entré dans une nouvelle ère. Deux repreneurs se sont officiellement déclarés et les salariés réclament à la direction les dossiers portés pour la reprise des établissements. On leur a promis... mais ils attendent toujours.

 

Librairie Sauramps de Montpellier

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Sauramps : trois librairies basées à Montpellier et Alès (Gard), qui représentaient en 2015 près de 26,3 millions € de chiffre d’affaires, pour - 77.000 € de résultat net. Pas forcément catastrophique, si les établissements n’accusaient pas le coup de 7 années de déficit. Et alors que les librairies sont mises en vente depuis deux ans, officiellement – les salariés avaient reçu information légale – deux repreneurs surgissent.

 

D’un côté, le président du Syndicat de la librairie française, Matthieu de Montchalin, propriétaire de L’Armitière à Rouen ; de l’autre, précédent président du SLF, Benoît Bougerol, propriétaire de la Maison du Livre à Rodez. Deux offres qui restent en travers de la gorge des salariés.

 

Selon nos informations, celle de Benoît Bougerol, présenté début décembre, attendait de connaître l’avis des actionnaires, avant de se changer en dossier complet. Et durant un certain temps, les employés ont cru qu’il s’agissait de l’unique offre de reprise. Mais celle de Matthieu de Montchalin a fini par arriver, presque plus attendue. Jean-Marie Sevestre, actuel propriétaire des librairies, aurait alors « trahi la confiance des salariés », nous explique-t-on.

 

Ces derniers ont en effet réclamé la communication des deux dossiers, considérant « qu’il n’est plus possible de savoir ce que Jean-Marie Sevestre cache ou dit ». L’obligation légale de l’employeur repose sur la communication du dossier du repreneur avant que la signature définitive de l’acte de vente ne s’opère. Mais la situation est inversée : « Le comité d’entreprise a menacé d’un préavis de grève, pour obtenir la communication des deux dossiers. »

 

Le gérant a fini par répondre favorablement à la demande le 13 janvier, un document affiché dans l’entreprise en atteste. Mais depuis, la chose traîne en longueur. Le CE attend la fin de la semaine : « Si nous n’avons rien, la grève sera déclenchée la semaine prochaine, comme prévu. Il faut que ça avance : on nous répète que l’échéance du mois de février est critique, et rien n’a encore évolué. »

 

"Encore une fois, nous n’avons plus confiance"

 

Le problème, pour les salariés, est que le choix du repreneur ne coïnciderait pas nécessairement avec la qualité du dossier. « Les actionnaires ont affirmé avoir reçu les deux offres, mais nous voulons savoir ce qu’il en est dans les faits. » Alors qui ? Manifestement, le choix se porterait sur l’offre formulée par Matthieu de Montchalin. « Sans savoir ce que les deux contiennent, nous ne pouvons être assurés que la meilleure option est envisagée pour les employés et les librairies. Encore une fois, nous n’avons plus confiance. »

 

En outre, il faut faire vite. Les résultats financiers de la période de Noël, cruciale pour les librairies, restent « assez négatifs, mais la tendance est moins violente que le reste de l’exercice 2016 », poursuit-on. « Ce qui est plus difficile, ce sont les raccourcis dans l’information : certains clients nous demandent si nous allons fermer à cause de la vente. C’est fatigant. »

 

Pourquoi gagner du temps ? C’est la question qui se pose. « Les deux libraires repreneurs sont vraisemblablement en train de réécrire les dossiers », analyse un libraire qui suit le dossier. « Le fait est que, si aucune solution n’est trouvée, et que l’on aboutit à un dépôt de bilan, il se trouvera plusieurs candidats pour prendre contact avec l’administrateur judiciaire, et reprendre l’entreprise pour rien. »

 

Pas véritablement la meilleure des solutions pour les salariés, bien évidemment.