Sauramps “renforcée pour les années à venir”, face aux salariés mobilisés

Nicolas Gary - 01.07.2017

Edition - Librairies - Sauramps librairies Montpellier - Furet Nord Sauramps - salariés licenciements Sauramps


Une manifestation se prépare à 15 h ce 1er juillet, au départ de la librairie Triangle, réunissant les salariés de Sauramps de la ville de Montpellier. Le Furet du Nord est désormais propriétaire des deux établissements – Triangle et Alès (Sauramps Cevennes) – la troisième librairie, Odyssée, n’ayant pas été couverte dans l’offre de reprise. 

 

Grève à Sauramps Odyssée
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Le syndicat des distributeurs de loisirs culturels vient pour sa part d’adresser un message de félicitations, se réjouissant de ce que le tribunal de commerce ait opté pour l’offre de reprise du Furet. Depuis 2009, le Furet du Nord compte parmi les membres du SDLC, entré la même année que Decitre. 

 

L’enseigne se voit donc « confier le futur de la librairie Sauramps », une excellente nouvelle pour le SDLC. Et de poursuivre : 

 

Dans un contexte économique difficile pour la librairie, Le Furet a prouvé sa capacité à faire vivre de belles librairies, tant par la qualité de leur offre que celle des rencontres organisées, mais aussi à répondre efficacement aux enjeux de la digitalisation et des marchés du numérique.

Le Furet du Nord est assurément l’entreprise la mieux placée pour investir les montants indispensables pour donner à Sauramps et à ses libraires les moyens de relancer leur activité de manière pérenne, avec des perspectives évidentes de réussite, d’expansion et de recrutements à venir. L’enseigne Sauramps en sera très certainement non seulement préservée, mais aussi renforcée pour les années à venir.

 

Pierre Coursières, actuel PDG du Furet assure par ailleurs que « dès que les investissements importants que nous mettons dans les magasins auront porté leurs fruits, nous pourrons recréer des emplois en ayant, en priorité, le soin de reprendre les anciens salariés ». 
 

Tout Sauramps entre en grève
 

L’offre du Furet a provoqué une réaction sociale immédiate, avec un premier mouvement de grève le 29 juin. Les salariés en grève, réunis par solidarité devant la librairie Odyssée, espéraient encore qu’il puisse être possible de préserver quelque chose. Face à son offre, le groupe Amétis se proposait en effet de reprendre l’ensemble des sites et 94 des 119 employés. Ils conservaient près de 80 % des emplois. Le furet du Nord ne conserve que deux sites (Alès et le Triangle) et seulement 57 employés. C’est 62 postes qui sont supprimés, soit 52 % des effectifs licenciés.

 

Or, le tribunal a préféré se fier à l’expérience du groupe de librairies, plutôt que de confier le devenir de Sauramps, à un repreneur inexpérimenté. Le verdict du tribunal a ainsi provoqué non seulement la colère, mais surtout la déception des équipes. Une pétition a été mise en ligne « pour faire infléchir la décision du tribunal ». Et pour l’heure, la grève déclarée est illimitée. 

 

Les possibilités de candidatures suggérées par Furet ne seront probablement pas suffisantes pour apaiser les esprits, d’autant plus qu’il s’agit de postuler pour une vingtaine de postes dans le Nord et en région parisienne. Ces propositions sont destinées au personnel qui ne sera pas repris — et dans le même temps, des reclassements au sein de Furet pour les services supports sont déployés. 

Des salariés qui ont par ailleurs été reçus eux-mêmes par le procureur — avant que le PDG Jean-Marie Sevestre ne le rencontre également, ce lundi 3 juillet.

« J’espère que les individus vont accepter que Sauramps puisse avoir un avenir sans eux aussi difficile que ça puisse être. Le problème c’n’est pas le repreneur Furet c’est l’état de l’entreprise qui n’a pas permis de faire mieux », nous assure une personne proche du dossier. « Évidemment, Sevestre va tenter de récupérer à son compte et pour celui du repreneur qu’il soutient, François Fontès, la manifestation. En l’état, les salariés sont manipulés. »

 

Librairies Sauramps : faire appel, “un comportement de kamikaze” du PDG


Le SDLC, pour sa part, conclut : « Le marché du livre est difficile, et les chiffres du premier semestre sont là pour en témoigner. Chaque librairie fermée est une perte pour la communauté, et un drame pour chaque salarié. Néanmoins, il nous semble important de saluer l’effort — et l’investissement — fait pour sauver Sauramps durablement et garantir un accès durable au livre et à la culture, garant de la diversité éditoriale et de l’animation culturelle sur la ville de Montpellier. » Le SDLC représente, de par ses adhérents, près de 30 % des ventes de livres en France. 

 

La mairie prend position, les soutiens s'ajoutent


Dans le même temps, le PDG de Furet, Pierre Coursières, a réagi aux propos du maire, Philippe Saurel, qui dans un communiqué semblait apporter son plein soutien aux salariés. « Il est important de maintenir l’emploi ainsi qu’une grande librairie en ville. Chaque fois qu’une librairie ferme, c’est avec elle un lieu de culture qui disparaît », assurait Philippe Saurel. Et d’ajouter que face aux conséquences de cette décision de reprise, le maire de la Ville de Montpellier, Président de Montpellier Méditerranée Métropole « réaffirme son soutien aux salariés de Sauramps ».
 

Le syndicat Sud ne disait d'ailleurs pas autre chose : « Il veut également changer radicalement l’esprit de cette institution montpelliéraine du livre pour en faire une grande surface à prétexte culturel. Nous ne pouvons laisser faire sans rien dire, sans nous mobiliser. »

 

Et de poursuivre : « Malgré ses difficultés, Sauramps reste dans les dix principales librairies indépendantes de France. Sur notre territoire, c’est l’une des rares qui propose une large de gamme de livres, d’essais, de documents. »


Si le PDG du Furet assure comprendre la position du maire, il lui demande également à être reçu, pour présenter son projet, et peut-être tenter de convaincre de la légitimité de l’offre, autant que de son potentiel.