Sauramps : “Un redressement, ce n’est pas une liquidation judiciaire”

Nicolas Gary - 09.03.2017

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Réunissant les équipes au Triangle, Jean-Marie Sevestre a hier officialisé la mise en redressement judiciaire des librairies Sauramps. Un communiqué, adressé plus tôt aux rédactions, a confirmé une situation inévitable. La fin d’un imbroglio qui avait fini par provoquer la consternation de tous.

 

Librairie Sauramps Montpellier

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La vente de l’entreprise, rendue impossible après que le seul dossier en lice a été définitivement écarté, laissera place à un redressement judiciaire. Le « candidat à la reprise du groupe Sauramps n’a pas pu apporter les éléments nécessaires à la concrétisation de son projet », assurait le PDG de Sauramps. Doux euphémisme, plutôt grinçant, quand on tient compte de ce que le dossier de Matthieu de Montchalin avait contraint les actionnaires à une ultime offre désespérée. Preuve que le projet de reprise manquait probablement de consistance.

 

Au cours de cette réunion, le PDG a pudiquement évoqué « des regrets dans la gestion des événements, et reconnu qu’il n’avait pas fait les bons choix », apprend-on.

 

Cependant, les équipes restent profondément déçues que Jean-Marie Sevestre « n’ait jamais exprimé un seul regret, excuse, remise en question. En fait, il a regretté que les choses ne se soient pas déroulées comme il le souhaitait... Il est quand même le seul et unique responsable de cet immense gâchis, avec Matthieu de Montchalin », nous indique un proche du dossier. Le plus clair de l’exposé a d’ailleurs été mené par un avocat.

 

Peu après notre entretien avec Christian Thorel, patron de la librairie Ombres blanches, plusieurs libraires ont fait part « d’un sentiment d’humiliation : son comportement rejaillit sur l’ensemble de la profession. D’un groupe de librairies qui va mal, on passe à une démoralisation. Cela donne tout de même une image du métier déplorable, qui nous ridiculise, alors qu’on travaille à reconquérir les lecteurs. Comme si une certaine corruption régnait ».

 

« Matthieu de Montchalin a exercé sur tout le monde, et autant que faire se pouvait, une pression, à partir de ses prérogatives de président du Syndicat de la librairie française. Il a multiplié les déclarations dans la presse, concluant hâtivement que la vente était réglée en sa faveur, ayant manifestement omis d’étudier objectivement le dossier. Il s’est servi, et par conséquent, l’a biaisé, de son statut. [...] C’est le signe d’une certaine incompétence, et d’une véritable inconséquence. Si le sort n’était pas perdu, il en a finalement précipité la chute, jusqu’à ce que l’on sait aujourd’hui », estimait en effet Christian Thorel.

 

Sollicité pour apporter des précisions, le Syndicat de la librairie française n’a toujours pas répondu à nos questions sur ce point.

 

Montchalin, président « inconséquent » ? 

 

La suite des événements est assez classique : le dossier pour le redressement judiciaire sera déposé dans les meilleurs délais, permettant un gel des dettes. « Il est tout de même étonnant que personne, du côté des élus de la ville, n’ait eu un mot durant toute cette histoire. On aurait pu attendre de Philippe Saurel, maire de Montpellier et ancien adjoint à la culture, qu’il se préoccupe du devenir des librairies. »

 

De même que certains espéraient une réaction de Régis Penalva – lui-même ancien libraire chez Sauramps – chargé de mission responsable de la Comédie du livre. Mais rien. « Certains attendaient la chute de Sevestre, dont l’engagement politique, et la proximité avec l’ancien maire, Georges Frêche, ont aiguisé les inimitiés. » Se présentant à la mairie, avec le candidat socialiste Jean-Pierre Moure, le PDG de Sauramps ne s’était pas attiré que des amis.

 

Librairies Sauramps, une vente instrumentalisée ? 

 

Une fois le dossier de redressement déposé, les repreneurs ne manqueront pas de se manifester. « On peut espérer que le choix du tribunal se portera sur celui qui permettra de préserver le plus grand nombre d’emplois », insiste un salarié. « Il n’y a plus d’obligation de tout reprendre, il se pourrait bien que les établissements soient répartis selon plusieurs opérateurs. »

 

Et de conclure : « L’important, c’est que les salariés comprennent qu’un redressement, ce n’est pas une liquidation judiciaire. »