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Sauramps : “Y'a-t-il eu une offre ferme, ou s’agit-il d’une simple lettre d’intention ?”

Nicolas Gary - 15.02.2017

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Librairies Sauramps, acte IV : ce 6 février, le tribunal de commerce de Montpellier écoutait l’offre de reprise de Matthieu de Montchalin, pour l’ensemble des établissements Sauramps. Mais le nouveau président n’a manifestement pas été emballé par le projet qu’on lui a présenté. Et l’incertitude se prolonge désormais.

 

Librairie Sauramps de Montpellier

ActuaLitté, CC BY SA 20

 

 

« L’occasion est belle, il la faut embrasser », disait Hippolyte. Mais pour l’instant l’offre présentée par le repreneur n’a pas réussi à convaincre. Selon nos informations, le tribunal de commerce de Montpellier a donné à Matthieu de Montchalin un délai pour présenter une offre plus construite. En effet, le patron de l’Armitière à Rouen a jusqu’au 3 mars pour formuler son offre de rachat avec des éléments solides. Passé cette date...

 

« Ce qui peut sauver les librairies du redressement judiciaire, c’est l’offre de rachat, parce qu’elle représente un sauvetage autre que la procédure. Mais manifestement, le projet semble aussi léger pour le tribunal qu’il l’est pour nous », assure-t-on chez les salariés. D’ailleurs, depuis près d’une quinzaine de jours, on attend toujours les éléments chiffrés du repreneur. 

 

Librairies Sauramps, une vente instrumentalisée ? 

 

Est-ce que le vendeur et le repreneur auraient mis la charrue avant les bœufs ? « Le fait d’avoir remis à tribunal des documents pareils, c’est anticiper un peu trop, et en soi, pourrait représenter un délit d’entrave. » 

 

En reprenant le calendrier, on constate en effet que, le 27 janvier, les représentants du personnel avaient été invités à remettre leur avis. Certes, consultatif, mais au terme d’un mois de délai, l’avis passait comme favorable. Et ce, sans avoir besoin de passer devant le tribunal de commerce, donc.

 

Une période de consultation prolongée

 

« Mais on ne peut pas considérer que c’est une offre qui a été formulée, plutôt une intention. À ce titre, nous estimons que demander l’avis consultatif était une démarche anticipée. Et nous souhaitons que le délai de réponse soit prorogé », poursuit-on. Car le 27 janvier, les représentants du personnel préféraient réserver leur décision.

 

Heureusement, les salariés ont appris qu'une suspension du délais était entrée en vigueur – prolongeant d'une dizaine de jours la date butoir, portée désormais au 14 mars. 

 

Le recours à un expert aurait de toute manière permis de prolonger d’un mois – et les salariés n'hésiteraient pas à entreprendre les démarches nécessaires pour ce faire. « Ce que l’on constate, que l’on se rapproche trop, avec l’offre de reprise, de ce que l’on a pu connaître en terme de gestion et qui a porté préjudice à l’entreprise. »

 

Et de citer l’absence de travaux prévus pour le site d’Alès – « un choix qui menace directement les employés : une Fnac doit ouvrir l’an prochain. Or, il serait facile de négocier le crédit de ces travaux, parce que l’établissement d’Ales a des comptes positifs ». 

 

Le rachat des librairies Sauramps : entre 2,5 et 4 millions € 

 

Certains ont d’ailleurs « l’impression désagréable d’avoir été baladés : voilà neuf mois que les salariés vivent avec la peur d’une fermeture. Mais manifestement, les démarches nécessaires pour la reprise – crédit bancaire, soutiens et aides – n’ont pas été démontrées dans l’offre. Si la sécurité du personnel n’est pas assurée, comment peut-on accepter de replonger ? »

 

D’autres, plus graves, estiment d’ailleurs que « l’unique différence, entre l’offre de reprise et le redressement, ce sera la part qui revient aux actionnaires actuels ». On veut garder espoir, malgré tout : « Si le repreneur fait le nécessaire, il sera bien le sauveur annoncé. Personne ne peut espérer qu’une société entre en redressement judiciaire. Si ce n’est pas le cas, alors ce sera un scandaleux gâchis, humain, social et pour la marque Sauramps. »

 

Voici les différentes questions posées par les représentants du personnel au repreneur Matthieu de Montchalin – et qui, à cette heure, restent encore sans réponse. On saisira, en filigrane, les enjeux du projet proposé, et à travers les interrogations posées, les différentes tensions que suscite le projet de reprise : 

 

Concernant la cession :

 

1. Y'a-t-il eu une offre ferme, ou s’agit-il d’une simple lettre d’intention ?

 

2. Qui est l’acheteur ? S’agit-il de Matthieu de Monchalin en personne ou d’une société ? Si c’est une société, quelle est cette société, et quelle est sa situation économique actuelle ?

 

3. À quel prix le groupe Sauramps est-il acheté ?

 

4. Qui sont les deux actionnaires qui vendent, et pourquoi le troisième actionnaire refuse-t-il de vendre ses parts ? Quelles sont ses motivations ? Peut-on le rencontrer pour entendre ses raisons ? Quelles sont les conséquences possibles d’une cohabitation forcée ?

 

5. Y a-t-il eu un audit de l’entreprise ? Si oui, peut-on y avoir accès ?

 

Concernant le projet de Matthieu de Monchalin :

 

1. Il n’est nulle part fait mention de la librairie au Musée ni des collectivités. Pourquoi, et qu’est-il prévu pour ces activités ?

 

2. Concernant les emplois, qu’est-il prévu précisément pour Alès, Odyssée et le service Internet ? Quelles sont les conséquences détaillées sur l’emploi pour l’ensemble des sites ? (Il est évoqué dans le projet le non-remplacement des congés, mais c’est ce qui est déjà pratiqué aujourd’hui : ça ne peut pas être une nouvelle source d’économie).

 

3. Quels sont les financements prévus pour les déménagements et/ou investissements nécessaires sur chacun des sites ?

 

4. Quelles sont les réelles échéances de restructurations pour chacun des sites ? Le projet évoque des travaux avant l’été au Triangle, mais en réunion il est dit qu’ils sont repoussés à 2018. Avec quelles conséquences ?

 

5. Pouvez-vous nous fournir un prévisionnel de trésorerie et un business plan sur 3 ans ? Quel est le plan d’amortissement prévu ?

 

6. Pouvez-vous nous fournir le rapport CAIRN d’octobre 2016, sur lequel s’appuie le projet de monsieur de Monchalin ?

 

7. Pouvez-vous nous fournir un plan d’économies détaillé, en particulier en ce qui concerne la masse salariale ?

 

8. Pouvez-vous nous fournir des écrits confirmant que les partenaires du repreneur (ADELC, banques, CNL, etc.) sont informés des changements de stratégie annoncés en réunion (conservation d’Alès, maintien d’Odyssée dans le périmètre du groupe, report des travaux du Triangle, conservation de l’ensemble des 140 salariés) ? Pouvez-vous nous préciser sur quelles bases ils se sont engagés, et peut-on voir leur accord de financement ?