Sauvons les livres : une véritable urgence au Québec

Nicolas Gary - 01.11.2013

Edition - International - réglementation - prix du livre - Québec


Réglementer le prix de vente des livres au Québec, « ça urge », assure une campagne lancée ce jour au travers d'une soixantaine de librairies indépendantes de la Province. Si le ministre de la Culture, Maka Kotto, avait assuré que la réglementation ne prendrait pas cinq années pour arriver, les professionnels s'impatientent tout de même. 

 

 


 

 

Danny Laferrière, l'avait assuré en septembre dernier : « Si une librairie ferme, c'est le cœur d'une ville qui s'arrête. » Et c'est avec ce cri de guerre que libraires, auteurs et éditeurs s'unissent, au Québec pour lancer le mouvement, Sauvons les livres !, gratifié d'une page Facebook qui recense différentes photos prises dans des librairies.

 

Un suaire la veille de la fête des morts...

 

La symbolique est forte : les tables des établissements sont recouvertes d'une sorte de suaire, ce qui, la veille de la journée des morts, ne manque pas de force. Seuls quelques livres sont encore visibles sur les draps blancs, montrant qu'il ne restera bientôt plus rien de la diversité éditoriale au Québec. 

 

Katherine Fafard, directrice générale de l'ALQ, Association des librairies du Québec, jointe par téléphone, nous explique le désarroi des professionnels. « La commission parlementaire s'est achevée le 19 septembre, et depuis, un petit rapport d'observation a été diffusé. Et c'est tout. Le ministre nous avait promis une action cet automne, et, alors que nous constatons une accélération inquiétante des fermetures de librairies, nous n'avons toujours rien entendu de M. Kotto. »

 

Dans le communiqué qui accompagne l'opération, Mme Jeanne Lemire, directrice de la librairie Paulines à Montréal, insiste. C'est dans son établissement que la campagne a été lancée, à l'initiative d'auteurs, d'éditeurs et de libraires : « Le gouvernement doit réglementer le prix des livres pour éviter un appauvrissement rapide de la littérature. Il nous a entendus pendant la commission parlementaire qui est terminée depuis plus d'un mois. Il doit maintenant déposer son projet de loi. » 

 

Appel au ministre : l'urgence d'une législation

 

De son côté, Francis Farley-Chevrier directeur de l'Union nationale des écrivaines et écrivains québecois UNEQ), fait valoir le même constat. « Les acteurs du livre souhaiteraient que le ministre agisse rapidement, maintenant. Au travers de cette opération, l'UNEQ apporte son plein et entier soutien aux librairies, et veut faire valoir l'importance d'une réglementation pour la survie des établissements, et de la richesse des livres proposés. La fermeture d'une librairie, c'est la perte de cette essence. »

 

S'il est tout aussi important pour les écrivains de trouver une place dans les librairies, madame Fafard souligne que les menaces contre les librairies ne proviennent plus simplement « des grandes surfaces qui pratiquent des rabais sauvages. La chaîne de pharmacies Jean Coutu, dont on retrouve les magasins à chaque coin de rue, s'est également lancée dans les remises de 15, 20 ou 25 % sur les livres. Leur rayon, généralement situé à l'entrée des boutiques, sert de produit d'appel, et leur très grande présence sur le territoire est d'autant plus dangereuse pour les librairies ». Dans la seule ville de Montréal, on dénombre près d'une centaine de pharmacies...

 

La directrice de l'ALQ en profite pour adresser un message directement au cabinet du ministre : « Le Salon du livre de Montréal débutera le 20 novembre. Nous savons qu'un conseil des ministres doit avoir lieu prochainement. Nous invitons M. le ministre à prendre une tribune durant le Salon, pour nous annoncer de bonnes nouvelles ! »

 

Les titres 'difficiles' directement impactés par les fermetures

 

Louis-Frédéric Gaudet, de la maison Lux Editeur, spécialisé dans les ouvrages de politique sociale et de philosophie, maison comptant sept salariés, tire lui aussi la sonnette d'alarme. « La tendance aujourd'hui, pour les ouvrages de fonds, est une mise en place plus basse, et des réassorts prudents, le tout accompagné de retours significatifs. S'il est important de légiférer maintenant, c'est que la tendance risque de se poursuivre, et que les titres plus difficiles que les best-sellers finiront par ne plus trouver du tout leur place. »

 

 

 

 

Pour l'éditeur, ce mouvement citoyen veut faire pression sur le gouvernement, en lui rappelant sa tradition de défense de l'identité québécoise. « C'est certain, défendre la littérature québécoise ne fait ni perdre, ni gagner une élection. Mais à tout du moins, nous espérons que le parti québécois sera fidèle à cette tradition de défense de l'identité, en agissant rapidement sur cette question. » 

 

"Dossier prioritaire du gouvernement"

 

Le cabinet du ministre a précisé à ActuaLitté que « Maka Kotto ne fera pas d'autres déclarations sur ce dossier prioritaire du gouvernement - qui chemine de façon normale vers la prise de décision au conseil des ministres. Chose certaine, le gouvernement du parti québécois a eu le courage d'agir sans attendre sur ce dossier important et présentera des solutions à court et moyen termes. C'était d'ailleurs un de nos engagements électoraux de tenir une commission parlementaire sur la pertinence d'une loi sur le prix unique du livre et de ses impacts. 

 

Sous forme de consultations particulières auprès de représentants du milieu du livre, d'associations de consommateurs, de détaillants et de certains intervenants des milieux économique, juridique et des affaires, la commission a permis de mesurer les impacts d'une telle réglementation. Notez que tous les groupes ont été entendus en commission et que le ministre tiendra compte de la multiplicité des points de vues avant de rendre sa décision, incessamment sous peu. »

 

Au terme des consultations particulières et des auditions publiques sur la réglementation du prix de vente au public des livres imprimés et numériques, qui ont été tenues en août et septembre 2013, la Commission de la Culture et de l'Éducation a formulé les observations suivantes : 

  • 1. des librairies indépendantes au Québec vivent une situation difficile et précaire;
  • 2. il est impératif de tenter de préserver les librairies indépendantes de nos villes, villages et quartiers afin d'empêcher leur hécatombe.

Et de conclure : « Le Ministre s'est engagé à apporter rapidement des solutions concrètes et viables afin de maintenir un réseau de librairies indépendantes sur tout le territoire du Québec. L'équipe ministérielle y travaille actuellement activement.

 

Le maintien de librairies sur l'ensemble du territoire québécois est un objectif de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre. Le gouvernement entend poursuivre son appui aux librairies agréées, de même qu'à l'ensemble des acteurs de l'industrie québécoise du livre. »

 

Nous ne sommes pas parvenus à joindre le président de l'Association nationale des éditeurs de livres, M. Richard Prieur, mais nul doute que l'ANEL est pleinement solidaire de l'opération.