Scandale porno : l'éditeur épiscopal choisit ses boycotts érotiques

- 20.06.2013

Edition - International - pornographie - religion - scandale


La polémique fait particulièrement mauvais genre en raison de la taille de l'éditeur. Weltbild se pose en deuxième distributeur germanophone et diffuserait l'équivalent de 20 % de la production littéraire sur le sol allemand. Il y a peu, l'éditeur canadien Icon Empire Press s'est étonné de différences de traitements dans la distribution de son anthologie The Gay Icon Classics of the World. La maison de Vancouver a remarqué que les traductions en anglais, français et espagnol étaient bien disponibles à la vente. Or, la version allemande n'apparaissait pas dans le catalogue.

 

L'anthologie refusée en langue allemande

 

 

Dans le même temps, l'acteur allemand a demandé l'expédition de copies pour apporter des corrections à la version allemande au motif que l'objectif de l'éditeur était la promotion des « valeurs traditionnelles ». La demande en elle-même n'est pas étonnante quand on sait que Weltbild est détenue par la conférence des épiscopats allemands.

 

Le groupe porteur d'une forte identité catholique a finalement décidé de ne plus publier de titres de l'éditeur canadien spécialisé dans la littérature homosexuelle.  Dans une déclaration sur son site, l'éditeur-distributeur germanique explique que : « La société  fait face de manière convaincante aux challenges quotidiens pour harmoniser son point de vue chrétien du monde avec la nécessité du marché. Elle se concentre fortement sur ses valeurs ».

 

Hypocrisie et contrôle à deux vitesse

 

Pourtant, entre les déclarations pieuses et la réalité du catalogue de la plateforme, l'hiatus est profond. Une harmonie bien aléatoire puisqu'un rapide tour sur le catalogue du site montre que l'éditeur allemand distribue 50 nuances de Grey, qu'on peut difficilement accuser de promouvoir la chasteté. Concédons que, si les recherches à partir d' « erotismus » ou « erotisch » ne retournent aucun résultat, le mot gay opère comme un drôle de sésame. On n'aboutira pas sur un large catalogue de contenus érotiques gays ou lesbiens.

 

Mais bien quelques titres de Sissi Kaiserlos (Gayles St.Georges) dont les illustrations d'hommes torses nus et l'estampille « pur gay » ne laissent planer aucun doute. Or sur Amazon, on découvre que ses livres sont la propriété de DBH Deutsche Buch Handels GmbH & Co. KG. Derrière ce nom se cache une holding détenue pour moitié par Weltbild, justement. À peine moins contradictoire, le catalogue de la plateforme permet d'acheter la série Skins, qu'on ne soupçonnerait pas capable de recevoir la bénédiction des évêques d'outre-Rhin, entre sexe, drogue et binge drinking.

 

 

Titre "pur gay" disponible sur le site

 

 

Cette hypocrisie rappelle le scandale rencontré par l'éditeur en 2011 lorsqu'avait été découvert que le groupe éditait la somme de 2500 contenus pornographiques en plus des titres distribués de la holding. Pire, la société aux « valeurs chrétiennes » avait jusque-là été épargnée par l'organe fédéral de censure régulant les médias dangereux pour le jeune public.

 

Une situation aux antipodes de ses déclarations sur l'anthologie de littérature érotique d' Icon Press. Les revenus de Weltbild sont estimés à plus d' 1,6 milliard €. Le boycott canadien laisse croire à une politique d'amélioration de son image médiatique après l'absence de réaction officielle au scandale de 2011, et surtout 10 ans de mise en garde des fidèles catholiques allemands.