Scandale universitaire : Elsevier s'abreuve d'argent public

Antoine Oury - 13.11.2014

Edition - Les maisons - ministère de la Recherche - Elsevier édition scientifique - open access contrat


Le dernier contrat signé entre le gouvernement français et le groupe d'édition Elsevier risque d'agiter le monde universitaire, particulièrement après les budgets rabotés du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Ce dernier a conclu un contrat sur 5 ans pour des publications scientifiques, à hauteur de 172 millions €, alors que le modèle des publications académiques est vivement critiqué.

 


17 septembre 2014 - Inauguration de l'exposition

Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, à la Cité des Sciences et de l'Industrie, en septembre 2014

(Enseignement supérieur et Recherche, CC BY-SA 2.0)

 

 

Le procédé est connu, mais vivement contesté depuis plusieurs années, et pour cause : les chercheurs et autres scientifiques, y compris lorsque leurs études sont financées par de l'argent public, consacrent une partie de leur budget au paiement d'un éditeur, afin de faire publier leur recherche dans une revue, si possible de renommée mondiale.

 

Une fois l'étude publiée dans un journal scientifique ou académique, reste encore à payer l'accès à ces revues, afin de rendre disponibles les résultats à d'autres chercheurs. Autrement dit, comme titre Rue89 qui révèle le contrat et son montant, La France préfère payer (deux fois) pour les articles de ses chercheurs.

 

À chaque nouvelle négociation de contrat, les conditions sont discutées par les consortiums, comme Couperin qui négocie « l'achat de ressources documentaires numériques au bénéfice de ses membres, des établissements d'enseignement supérieur et de recherche » : fin 2013, le consortium avait rencontré des difficultés pour boucler un accord avec Elsevier.

 

Face aux récriminations des chercheurs, qui souhaiteraient voir leurs publications plus largement diffusées, notamment selon un modèle d'open access, les éditeurs répliquent souvent que leurs propres modèles reposent sur l'achat d'accès, et qu'ouvrir les vannes menacerait la pérennité de leurs activités. Pourtant, les finances d'Elsevier se portent bien : le groupe Reed Elsevier faisait récemment état d'une hausse de 4 % de son chiffre d'affaires, pour les 9 premiers mois de l'année 2014.

 

L'accord entre le ministère et Elsevier « s'élève à 171.697.159,27 € pour un périmètre de 476 universités et établissements hospitaliers », précise Rue89. Le ministère a pris en charge la mise en place d'une licence nationale, qui permet aux négociations de couvrir l'ensemble des établissements français. Toutefois, le journal s'étonne de « l'absence totale de transparence quant au choix du fournisseur (pourquoi Elsevier en particulier ?) et la non-mise en concurrence du marché entre plusieurs acteurs (pour un tel montant, une ouverture de marché public est obligatoire) ».

 

Une situation monopolistique, qui s'étend visiblement avec les années et les acquisitions : Reed Elsevier annonce ainsi l'achat de Health Market Science (HMS), fournisseur de données pour les professionnels de la médecine. 

 

Par ailleurs, l'article, signé par Pierre-Carl Langlais, wikipédien, et Rayna Stamboliyska, chercheuse indépendante et experte en open data, termine sur l'accès ouvert aux publications scientifiques, qui sembleraient logique dans le cas des études payées par des fonds publics. Le contrat signé avec Elsevier reporte à cinq ans toute ouverture dans ce domaine.