Scarlett Johansson en livreuse d'Amazon ? 'Je m'en moque' (Lee Child)

Nicolas Gary - 14.08.2014

Edition - Economie - Lee Child - livres numériques - Amazon Hachette Book Group


Dans les mains d'Amazon, les auteurs ne sont finalement que des pions, assure Lee Child. L'écrivain britannique, signataire de la pétition menée par des romanciers américains, pour exhorter à la firme à cesser ses pressions contre Hachette Book Group, est formel : « J'adore Amazon. J'ai beaucoup de bons amis qui y travaillent. Mais ce n'est pas le sujet. » Parce qu'un ami qui déconne, on le remet sur le droit chemin.

 

 Lee Child interview #02

Lee Child, par Fenris Oswin, CC BY NC ND 2.0

 

 

« C'est exactement ce que les auteurs font. Ce dont nous discutons. » Et d'accuser Amazon de se montrer malhonnête, dans la lettre expédiée aux lecteurs, pour leur demander de joindre le P.D.G. de HBG, et le prendre directement à parti. De même, l'idée de vendre à 9,99 $ plutôt qu'à 14,99 $, et de soutenir cette idée par des calculs hypothétiques, n'a rien de très réglementaire. 

 

« Les livres ne peuvent pas être moins chers qu'ils ne le sont actuellement — ce n'est pas non plus possible de les réaliser pour moins cher », assure-t-il. Et d'une certaine manière, il a raison : toute la structure éditoriale derrière un auteur, quand on parle de groupes comme Hachette, nécessite bien que les ebooks soient vendus à un prix permettant d'anticiper le jour où le numérique sera la seule source de revenus. 

 

Cela dit, Child n'est pas dupe : faire miroiter que des livres à bas prix se vendent plus, c‘est « très hypocrite ».

 

Que le Kindle soit parvenu à conquérir les lecteurs, c'est une chose, mais en l'état, ils souhaitent avant tout que la société assure son service de vente à distance. Et certainement pas être pris en otage, en ne pouvant pas effectuer les achats qu'ils souhaitent. En admettant « qu'ils ont pris des mesures pour réduire l'offre de livres... c'est très étrange pour une société centrée sur le client », estime Child.

 

Probablement parce que le client n'est pas une fin en soi, et qu'à l'instar des géants du net, Amazon souhaite avant tout le profit. « Amazon est incroyablement ambitieux. Ils veulent changer le monde et le dominer, et le Kindle n'a pas fonctionné aussi bien qu'Amazon le désirait », analyse-t-il. Le marché est là, l'appareil est correct, mais la conquête du monde semble prendre plus de temps que prévu. 

 

L'auteur de la populaire série des aventures de Jack Reacher ne s'oppose d'ailleurs en rien à cette perspective. « Je me moque de la manière dont s'effectuent les livraisons. Ils peuvent embaucher Scarlett Johansson pour faire du porte-à-porte. Ça me convient parfaitement... tant que l'on peut lire mes histoires. » Cynisme ? Ou réalisme, peut-être.  

 

Pas même : une boutade, pour détendre l'atmosphère et rappeler à chacune des parties en présence que les auteurs veulent être lus, avant toute chose. Et vivre de leurs textes, si cela est possible. (via Telegraph)