Science-fiction : Sainte-Beuve, Netflix et les Ouïghours

Nicolas Gary - 26.09.2020

Edition - International - Liu Cixin Netflix - Ouigours Chine Xinjiang - sénateurs Netflix adaptation


Séparer l’homme de l’œuvre, à quelques dizaines d’années de distance, semble plus commode. Dissocier l’analyse d’un écrivain chinois sur la politique du Parti communiste devient plus complexe, quand les faits sont contemporains. De là à demander la censure d’une adaptation de son œuvre, les sénateurs américains n’ont pas hésité… Du joli, encore une fois.



Liu Cixin, auteur de science-fiction (Le problème à trois corps, trilogie publiée chez Actes Sud, traduite par Nicolas Giovanetti et Gwennaël Gaffric) avait signé pour un voyage de rêve. Les créateurs et coscénaristes de Game of Thrones portent sa série sur petit écran avec Netflix. L’aboutissement dans la carrière d’un écrivain. 
 

Le Xinjiang, les Ouïghours et la Chine 


Problème : à différentes reprises, l’auteur a cru judicieux de donner son opinion sur la situation dans le Xinjiang et la politique chinoise vis-à-vis des Ouïghours. Selon lui, Beijing tente de venir en aide et de sortir la population de la pauvreté. Or, ce peuple turcophone et à majorité musulmane sunnite subit depuis près de trois années l’oppression chinoise. 

Enfermement dans des camps gouvernementaux, surveillance accrue par les autorités… des accusations que la Chine avait démenties. Beijing réfutait en effet toute séquestration — on parle ici d’endoctrinement, voire d’extermination — mais en novembre 2019, des documents attestaient qu’une répression sévère était en cours. Le président chinois Xi Jinping avait désigné cette minorité comme terroriste et séparatiste — une seule solution, éradiquer le mal. 

La Jamestown Fondation pointait également une campagne de stérilisation contre la population. Toutefois, le ministère chinois des Affaires étrangères, niant en bloc, avait reconnu l’existence d’établissements et d’instituts professionnels et éducatifs. 
 

Cinq sénateurs s'indignent


Dans un contexte d’élections présidentielles américaines, doublé par les tensions entre États-Unis et Chine durant tout le mandat de Donald Trump, les déclarations inouïes de Liu Cixin ont fait tache. Les sénateurs américains, pointant des commentaires parus dans le New Yorker en 2019, ont alors pris la mouche. Cinq d’entre eux, républicains, demandent que Netflix reconsidère son choix d’adaptation. Et ce, au prétexte que le romancier défendait le traitement infligé aux Ouïghours par le gouvernement chinois.

Interrogé à l’époque, Liu Cixin rejetait toute forme de répression : « Préféreriez-vous qu’ils puissent commettre des piratages, dans des gares, et perpétuent des attaques terroristes dans les écoles ? Au contraire, le gouvernement aide leur économie et tente de les sortir de la pauvreté. Si l’on devait assouplir un peu les règles dans le pays, les conséquences seraient terrifiantes. » 

On s’en souvient, Walt Disney avait encaissé des critiques similaires des législateurs américains, à l’occasion de la production de Mulan. La version film avait été tournée dans des régions du Winjiang, et en soutien aux Ouïghours, des appels au boycott s’étaient multipliés. « Nous sommes très préoccupés par la décision de Netfix que de traiter avec un individu qui véhicule la dangereuse propagande du Parti communiste chinois », indiquent les sénateurs.

Et d’asséner : « Face à de telles atrocités, il n’existe aucun choix entrepreunarial admissible : uniquement de la complicité. »
 

Business, only business


Deadline a cependant mis la main sur la réponse de Dean Garfield, vice-président en charge des relations externes de Netflix, adressée aux sénateurs. D’abord en soulignant que son service n’opère pas en Chine — démonstration si nécessaire de la défiance à l’égard du régime chinois, évidemment.

« Liu Cixin est l’auteur des livres, pas le créateur de la série. Ses commentaires ne reflètent pas les opinions de Netflix ni des créateurs de cette émission, et ne font pas partie de l’intrigue ni de ses thèmes », indique-t-il. Et d’ajouter, après pas mal de langue de bois : « Nous ne sommes pas d’accord avec [les] commentaires [de Liu Cixin], qui n’ont aucun lien avec son livre ni l’adaptation par Netflix. »

Qu’un auteur soutienne — ou semble avoir soutenu, après tout, depuis 2019, Liu Cixin n’a pas repris la parole sur le sujet —, à titre personnel, la politique chinoise implique-t-il que son œuvre glorifie les traitements qualifiés d’inhumains à l’égard de la population ouïghoure ? Le Prix Hugo 2015 traite dans sa trilogie d’une rencontre entre l’humanité et une civilisation extraterrestre : est-ce une parabole à peine déguisée ?  

La plateforme de streaming insiste d’ailleurs sur sa capacité à juger les projets individuels en fonction de leur mérite et non en regard des déclarations dans la presse. Peut-être ajoutera-t-on que le montant du chèque fait par Netflix pour cette adaptation se monte à 300 millions $, et qu’à ce titre, l’entreprise n’a pas vraiment à cœur de casser un accord signé. 

Problème : un institut de recherche australien vient de mettre au jour 380 centres de détention présumés — contenant plus d’un million de personnes. La Chine riposte et insiste : ce ne sont que des espaces de formation professionnelle, pour éloigner de l’extrémisme religieux et aider à trouver un emploi…


illustration : KELLEPICS CC 0 


Commentaires
La trilogie de Cixin a été conçue en 2006 et publiée entre 2008 et 2010. Se voulant savante et inspirée, votre pseudo analyse sur la parabole est donc complètement anachronique, traduisant un manque de rigueur intellectuelle de votre papier. Sauf si pour vous, une œuvre n'existe que lorsqu'elle est traduite en occident, et qu'elle n'a de valeur que le jour où vous la découvrez alors. Quelle tribune navrante et pédante..
Je veux bien que Liu Cixin soit un génie de l'Anticipation, mais la politique de répression des Ouïghours a commencé en 2016 avec l’arrivée de Chen Quanguo au poste de secrétaire du PC au Xinjiang, le roman "Le Problème à 3 Corps" est sorti en Chine en 2006, Liu Cixin l'a sans doute conçu bien avant. Donc plus de 10 ans avant il est supposé avoir écrit une parabole de ce problème ? La vraie question est comment peut-on écrire un article avec une aussi grande dose d'inculture et de mauvaise foi ?
Liu Cixin est un cadre du Parti Communiste chinois. Il est même haut placé dans l'organigramme du district de Chengdu.
Source ?

Liu Cixin est membre de l'Association des écrivains de la province du Shanxi, ce qui, techniquement, lui fait en effet toucher de l'argent par un organisme subventionné par l'Etat, c'est vrai (mais comme l'immense majorité des écrivains et artistes chinois).



Peut-être un homonyme pour Chengdu ?
Oui bah, on est pas non plus obligé de supporter la propagande US. Quant aux Ouighours, les affirmations US depuis 3 ans sont un mélange de vérités, de demi-vérités et de fabrication de mensonges dans leur guerre commercial avec la Chine.
Je partage l'avis général de l'auteur de ce billet, mais il y a tout de même un certain nombre d'erreurs et d'omissions.

1) Liu Cixin n'a pas "cru judicieux de donner son opinion sur la situation dans le Xinjiang et la politique chinoise vis-à-vis des Ouïghours", il a répondu à une question.

2) "à différentes reprises" : non, à l'occasion d'1 entretien.

3) ces déclarations ne sont pas "inouïes" : elles sont simplement un copier/coller de la propagande chinoise sur le sujet. Nier l'oppression à l'égard des Ouighours est grave, mais, et on le regrette, c'est ce que font les médias et l'opinion chinois mainstream quotidiennement.

4) il faudrait essayer de recontextualiser cette accusation des sénateurs américains dans leur contexte : qui sont-ils et pourquoi ils s'opposent maintenant à cette adaptation.

5) "Le Prix Hugo 2015 traite dans sa trilogie d’une rencontre entre l’humanité et une civilisation extraterrestre : est-ce une parabole à peine déguisée ?" Toute interprétation d'une oeuvre est personnelle, mais on aimerait savoir comment de quelle "parabole" il s'agit, pour un roman écrit en 2006...
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