Science ouverte : le plan français pour partager la science, ce “bien commun”

Antoine Oury - 05.07.2018

Edition - Les maisons - Science ouverte plan France - édition open access - édition académique


À l'occasion du congrès annuel de la LIgue des Bibliothèques Européennes de Recherche (LIBER), organisé à Lille du 4 au 6 juillet, la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation Frédérique Vidal a prononcé un discours très offensif sur la nécessité de développer l'accès ouvert aux publications scientifiques. Et, ce, au détriment d'un « système éditorial historique [...] de plus devenu obsolète à l’heure du web et de l’ubiquité numérique ».


Photo du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
 
 

Le discours de la ministre Frédérique Vidal était particulièrement attendu par les professionnels des bibliothèques de recherche : depuis des années, le système historique de publication des résultats de la recherche est âprement critiqué par des institutions dont les budgets sont en baisse alors que les recherches, elles, se multiplient. Conséquence prévisible, les bibliothèques de recherche peinent de plus en plus à proposer des ressources pertinentes à leurs étudiants.

 

À l'origine de ces difficultés, selon les professionnels, des tarifs d'accès devenus prohibitifs du côté des grands éditeurs d'articles scientifiques, qui gèrent des revues historiques dans différents secteurs. Et un système éditorial qui paraît bancal pour un certain nombre – y compris au sein de la communauté des chercheurs. En effet, les éditeurs de ces revues comptent sur les chercheurs pour en assurer les corrections, le plus souvent avec une rémunération moindre, voire inexistante.

 

Enfin, notamment dans le domaine de la recherche publique, il apparaît contre-productif, pour certains chercheurs, de publier les résultats d'une recherche financée par l'argent public dans une revue privée qui en fera payer l'accès. Parmi ces éditeurs historiques, comme Elsevier, Springer ou encore Macmillan, la plupart ont mis en place des formules d'accès ouvert, que beaucoup jugent trop chères ou trop contraignantes. De leur côté, ces éditeurs mettent en avant la valeur ajoutée de leurs revues, ainsi que la crédibilité apportée aux résultats publiés dans leurs pages.

 

La science, un bien commun à partager

 

En ouverture de la conférence annuelle des Bibliothèques européennes de Recherche, Frédérique Vidal a balayé les arguments : « Ce système éditorial historique est de plus devenu obsolète à l’heure du web et de l’ubiquité numérique. Il a, à l’origine, été construit pour diffuser la connaissance, à un moment où la publication papier était l’outil de la diffusion et de la démocratisation du savoir. Il semble désormais fonctionner à front renversé, renforcer l’ignorance et construire des inégalités criantes d’accès », a souligné la ministre dans son discours.

 

D'après elle, seules les universités les plus riches du monde et les groupes industriels profitent de l'état actuel des choses, et de l'inflation démesurée des prix des revues scientifiques. « Alors que les fausses nouvelles sont très facilement accessibles, les publications scientifiques sont protégées derrière des péages qui sont autant de barrières à l’accès au savoir. Il faut dix minutes pour inventer et diffuser une fausse nouvelle, croustillante, étonnante et facile à comprendre. Mais il faut dix ans pour produire une démonstration scientifique apportant une information scientifique de qualité », a ajouté Frédérique Vidal, saluant au passage l'encyclopédie libre et ouverte Wikipédia.

 

“Google et consorts peuvent payer le
data mining” (Michiel Kolman, Elsevier)

 

« [L]a science est un bien commun, que nous devons partager le plus largement possible », a encore affirmé la ministre, évoquant aussi la conservation des données de la recherche. « Nous avons aussi de facto abandonné la propriété intellectuelle de nos travaux et de nos publications à des éditeurs qui se sont ainsi trouvés en position d’imposer des conditions financières parfois inacceptables », a attaqué la ministre, qui assure connaitre « le rôle des éditeurs scientifiques ». 

 

« Je souhaite donc que les négociations avec les grands éditeurs se finalisent à un niveau sensiblement réduit par rapport aux pratiques actuelles et qui soit en rapport avec la contribution réelle apportée par la communauté de recherche », martelait Frédérique Vidal, alors que de nombreux cas de négociations difficiles ont été révélés ces derniers mois.

 

Un plan pour la science ouverte

 

Frédérique Vidal a indiqué un objectif visant les 100 % de publications scientifiques françaises en accès ouvert, et dévoilé un plan en 3 étapes pour l'atteindre. « J’ai décidé que nous mettrons en place une obligation de diffusion en accès ouvert des articles et ouvrages issus des recherches financées par appel à projets sur fonds publics », a déclaré la ministre. 

 

Un fond pour la science ouverte sera mis en place pour garantir la diversité éditoriale et, sans doute, apporter un soutien aux initiatives allant dans le sens d'un « réinvestissement du contrôle du système éditorial par la communauté scientifique ». Les archives ouvertes HAL seront à nouveau soutenues, pour faciliter leur usage tant pour la publication que pour la consultation.

 

Un poste d’administrateur des données (Chief data officer) au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation sera créé, avec pour mission de coordonner l’action publique en matière de données scientifiques, « afin d’optimiser leur structuration, leur conservation et leur circulation ».

 

Des universités anglaises et irlandaises s'opposent
à l'éditeur Taylor & Francis

 

Enfin, une formation spécifique à la science ouverte sera en partie financée par le ministère de l'Enseignement supérieur, qui encourage également les institutions de recherche à se doter d'une politique d'ouverture des résultats de la recherche.

 

Le plan Science ouverte du ministère de l'Enseignement supérieur est doté, pour sa première année, de 5,4 millions €, puis de 3,4 millions € les années suivantes. Avec celui-ci, la France ambitionne de se placer en tête de l'innovation pour la science ouverte au niveau européen, aux côtés de l'Allemagne et des Pays-Bas, et ainsi inciter les autres pays à faire de même.




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