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Sciences sans conscience (refrain connu)

- 20.03.2011

Edition - Société - ethique - science - ecologie


Hervé Le Treut était ce matin au Salon du livre pour revenir sur son ouvrage « Nouveau Climat sur Terre, Comprendre, Prédir et Réagir », paru chez Flammarion. À l’heure où la planète connaît un de ses plus impactant cataclysme, où la question du nucléaire revient au cœur des interrogations actuelles, cette table ronde a permis de recentrer le débat, en (re)plaçant le débat scientifique comme épicentre.

Comprendre, insiste Hervé Le Treut, demeure le premier élément de réponse essentiel face à la complexité des enjeux. Aujourd’hui, nous savons que le monde n’est pas « établi », nous pouvons agir. Nous savons que l’effet de serre et la forte variabilité du climat sont les premiers facteurs du dérèglement de la planète.

Dotés d’une double conscience, nous devons alors aller à l’encontre de l’adage, de plus en plus partagé : « Je crois ce que je vois ». Si parfois la manifestation du danger n’est pas visible dans l’immédiat, l’urgence consiste à anticiper, les conséquences arriveront dans un futur proche. « L’urgence climatique se traduit dans l’anticipation, la projection du futur » insiste-t-il.


« La science, c’est une interrogation. Nous avons des éléments de réponse, mais nous ne les avons pas tous. Le débat scientifique a ses règles, son fonctionnement, le mot incertitude est partout. Mais il ne faut pas faire la confusion, l’incertitude n’est pas l’ignorance » explique l’auteur. La première incertitude, c’est l’amplitude globale du réchauffement climatique d’ici la fin de siècle. Le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) arrive à la conclusion qu’il y a une fourchette de 2°C sur ses projections pour 2100.

Lorsqu’une personne dans le public évoque Claude Allègre (et nous nous souvenons tous de son « imposture climatique »), Hervé Le Treut rappelle que le vrai débat ne se situe pas là. Il est décevant de revenir sur des points de science déjà vérifiés, comme a pu le faire l’ancien ministre.

Aujourd’hui, d’autres questions se posent. Puisque le rôle du CO2 dans le changement climatique est avéré, à quel rythme faut-il réduire les émissions de gaz à effet de serre ? Les scientifiques savent qu’il faudrait les diviser par deux, mais les solutions sont plus complexes. On l’a bien vu par exemple avec les agrocarburants qui sont apparus dans un premier temps comme une solution alternative au pétrole, mais posent beaucoup d’autres questions, notamment sur l’affectation des sols ou des terres agricoles. Le débat scientifique est parfois contradictoire avec le débat citoyen, qui s’appuie davantage sur des critères éthiques, de justice.

« Aujourd’hui, nous avons mélangé le débat politique, citoyen et celui de la science. Il faut pourtant bien les séparer. Nous devons rétablir la confiance entre la communauté scientifique et le public. Le scientifique doit être un partenaire, elle doit prescrire le politique ».

Il nous reste alors à prendre conscience, et considérer la science comme une culture, une interrogation du réel.