Seamus Heaney "n'a jamais eu d'amertume ni en lui, ni sur le papier"

Nicolas Gary - 31.08.2013

Edition - International - Seamus Heaney - Irlande - décès


Le décès du prix Nobel de littérature irlandais, Seamus Heaney, marquera la rentrée : le poète qui vivait dans un entre-deux, était un lien entre les mondes. Nord et Sud, catholiques et protestants, Irlande et Angleterre/Amérique, versification traditionnelle et vers libres, réalisme et allégorie. Seamus Heaney était véritablement l'homme qui liait les univers.  

 

Seamus Heaney and Family, 1979 (Burns Library)

Seamus Heaney, en 1974 et en famille

 ChrisL_AK, CC BY 2.0

 

 

Carol Ann Duffy, la poétesse officielle de Grande-Bretagne, lui rend cet hommage : Seamus, « le poète auquel nous nous sommes tous mesurés ». Premier Irlandais à avoir remporté le prix Nobel depuis depuis Yeats, sa disparition plonge tout le pays dans un deuil à la fois national et personnel. 

 

Franck McGuinness, dramaturge irlandais, se remémore les temps anciens : « Durant les jours les plus sombres du conflit en Irlande du Nord, il était notre conscience : une conscience qui était aiguisée et précise quant aux articulations des événements. »

 

Fervent partisan de la paix, il émanait de l'homme une véritable et authentique chaleur humaine.  Tom Stoppard, également dramaturge en parle sans peine : « Seamus n'a jamais eu d'amertume ni en lui, ni sur le papier. On ne pouvait plus que l'aimer dès lors que l'on avait lu la première de ses lignes. »

 

Né dans la province d'Ulster en 1939, l'année de la mort de son pair William Butler Yeats, Seamus Heaney a publié son premier recueil poétique, Mort d'un naturaliste, en 1966, avant celui considéré comme son oeuvre phare de 1975, compilant des impressions d'Irlande du Nord, et intitulé North. Selon l'académie suédoise, ce sont la beauté lyrique ainsi que la profondeur éthique de son oeuvre qui lui auraient valu son Prix Nobel. 

 

Le combat irlandais et les effets néfastes du tribalisme sur les générations futures sont au coeur de ses textes. La violence qu'engendre le sentiment tribal, autant que l'hypocrisie de l'ensemble des modèles judiciaires se retrouvent notamment dans les deux dernières strophes du poème Punishment

 

I who have stood dumb

when your betraying sisters,

cauled in tar,

wept by the railings,

 

who would connive

in civilized outrage

yet understand the exact

and tribal, intimate revenge.

 

 

Ses textes, traduits par Patrick Hersant, sont publiés aux éditions Gallimard. Il se retrouve également sur internet plusieurs enregistrements : 

 


 

 

Ici, c'est une lecture de The Underground, réalisée en juin 2009, invité par son éditeur Faber & Faber, à l'occasion de son 70e anniversaire. 

 

 

 

Mais l'on retrouvera peut-être avec plus d'émotion son discours du 7 décembre 1995, lors de la remise de son prix Nobel, dont le texte intégral est également disponible à cette adresse.