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Section de Recherche : Maxime Chattam passe aux aveux

Béatrice Courau - 10.11.2017

Edition - Les maisons - maxime chattam roman - horreur âme humaine - enquête section recherche


Moment surprenant : ce sont les locaux de la Section de Recherche de la Gendarmerie Nationale qui accueillaient la conférence de presse du lancement du nouveau titre de Maxime Chattam, L’appel du Néant, en librairie depuis mercredi.


 



Les infos avaient fuité, les indices concordaient, mais rien jusqu’à la dernière minute ne laissait présager du coup de filet final : les éditions Albin Michel avait lancé un concours sur les réseaux la semaine dernière avec à la clé un moment privilégié pour 10 lecteurs avec l’un de leurs auteurs favoris.

 

Le rendez-vous a donc été donné dans les locaux de la Section de Recherches de la Gendarmerie Nationale, où accueillis par quelques gradés et les équipes de la SR, Maxime Chattam venait présenter son dernier opus : L’appel du néant.

 

L'enjeu du partage d'expérience
 

Il était donc accompagné de l’adjudant Olivier Bogué, du Colonel Gaspari, commandant de la SR de Paris, et du Général Daoust, commandant du Pôle Judiciaire de la Gendarmerie Nationale. Si l’image peut paraître saugrenue, detrompez-vous. L’on a appris cet après-midi là combien échanges et collaboration sont nécessaires à Maxime Chattam dans son travail d’écriture.
 

 

D’emblée les choses sont posées : aux yeux du Colonel Gaspari, Ludivine Vancker (c’est désormais la troisième fois qu’elle apparaît, après La conjuration primitive et La patience du diable), jeune officier de la Section de Recherche, reflète parfaitement à la fois la passion et l‘investissement total, ainsi que le travail acharné, des membres réels de la section.

 

Unité de police judiciaire de haut niveau, c’était une unité militaire dont les affectations sont multiples : grande délinquance, crime organisé, trafics en tous genres, des drogues et armes à celui d’êtres humains, corruption, traffic d’influences…

 

L’adjudant Olivier Bogué a ainsi été mobilisé par l’écrivain : enquêteur plus particulièrement dévolu au crime organisé, ses conseils sont sollicités, en particulier sur les ressorts narratifs. Certes la temporalité du roman n’est pas celle de la réalité, l’écrivain est tenu de condenser le temps, mais l’enquêteur donne ses éclairages sur les ressorts d’une enquête policière, pour un récit le plus exact et précis possible, tant dans les pratiques que la vérité criminalistique. « Maxime Chattam a écrit un récit qui colle fidèlement au mode d’action utilisé à la Section de Recherches de Paris. »

 

C’est lui qui reprend l’écrivain par un « on ne ferait pas comme ça » sans appel; selon les cas, l’écrivain en tient compte. Ou pas. Soumettre les noeuds et l’arc narratifs aux professionnels permet ainsi de confronter les hypothèses de travail à la réalité.

 

Le Général Daoust souligne quant à lui combien les questions de l’écrivain sont « pertinentes et fines [...] Au cours de l’écriture, je passe des coups de fil à la SR pour leur demander si tel ou tel élément est plausible. » confie ainsi l’écrivain.
 

Sonder le pire de l'âme humaine... pour se rassurer
 

Quelle fut la question la plus étrange de Maxime Chattam? Certainement celle sur le « nettoyage » d’un corps après un crime pour le maquiller et effacer toute trace permettant de remonter à son auteur. (L’auteure du billet vous épargne le détail de la question, vous ne savez pas pourquoi, mais dites moi merci.) Certaines questions posées par l’écrivain sont à ce point à propos qu’elles ont abouti par exemple au changement d’un protocole de constatation, « pour être surs qu’aucun pervers du genre de ses romans nous prenne en défaut ». Quant la fiction littéraire modifie la réalité d’une manière peu orthodoxe…

 

 

Après avoir longtemps situé ses romans aux États-Unis, en travaillant sur des bases documentaires très accessibles, il est apparu que pour l’auteur, la SR, le lieu, sa fonction était un formidable terrain d’exploration tant les domaines traités sont variés, et que ces militaires en civil étaient le terreau de personnages et de pratiques, aux possibilités quasi sans fin.

 

Le défi est plus pour l’auteur de s’interroger sur les manières de surprendre le lecteur. Il avoue aussi : « Si j’écris des livres noirs, c’est parce que j’ai besoin de me rassurer. Pour cela, j’ai besoin de comprendre ce qu’il y a de pire dans l’âme humaine, la fiction sert à remplir les blancs entre les hypothèses. »

 

Le terrorisme, sujet abordé dans L’appel du néant, naît pour l’auteur du hiatus existant « entre ce que l’homme croit qu’il doit être, et ce que l’homme est biologiquement et animalement parlant ». Ses premières recherches sur le sujet datent de 2011, au Liban. Depuis, le manuscrit a été remanié, abandonné aux moments des attentats parisiens, « parce que ce que j’avais écrit collait trop à la réalité des événements », puis repris à nouveau.

 

Sa volonté était d’être plausible et réaliste, en se servant de la réalité, et lui faisant en dire quelque chose de fondamental sur l’humain. Qu’est-ce qu’un bon roman ? Pour Maxime Chattam la recette est simple : il faut une bonne idée, et être juste dans ce qu’elle illustre de la réalité du monde.

 

Et Chattam de conclure : « Il y a deux personnes seulement qui lisent mon manuscrit avant que je ne le donne à mon éditrice : ma femme Faustine et Olivier. » Bel hommage de l’homme de l’art à l’homme de terrain.


 

Maxime Chattam - L’appel du néant - Albin Michel - 9782226319470 - 22,90€ / num : 9782226426567 - 15,99€