Serge Brussolo : "J'ai décidé de devenir mon propre éditeur"

Nicolas Gary - 20.05.2014

Edition - Société - Serge Brussolo - édition numérique - autopublication


Serge Brussolo a surpris le Landerneau de l'édition, avec son annonce : « J'ai décidé de devenir mon propre éditeur. » Un message étonnant, mais qui à la réflexion, est bien dans l'air du temps. Son prochain livre, Le Manoir des sortilèges, est bien sorti, le 7 mai, aux éditions du Masque (JC Lattès), mais la suite des événements, ce sera donc l'indépendance.

 

 

 

 

« Des changements importants se profilent à l'horizon 2015 », assure le romancier. « En effet, lassé du formatage et des caprices de l'édition commerciale, j'ai décidé de devenir mon propre éditeur, ce qui me permettra enfin d'écrire ce qui me fait envie sans avoir à subir la tyrannie des études de marché et le rouleau compresseur des modes éphémères. »

 

La raison est donnée : une édition trop commerciale qui fait peser sur les épaules des auteurs de lourdes contraintes. En conséquence, c'est une liberté d'écriture nouvelle qui se profile, assure Serge Brussolo : l'indépendance permettra « de terminer des séries inachevées ou de renouer avec la science-fiction, genre qui fait grimacer les éditeurs, car il ne touche, en France, qu'un public réduit... et donc ne rapporte pas grand-chose ».

 

Et pour le coup, ce sera l'occasion de satisfaire des lecteurs qui lui réclament, justement, des oeuvres de science-fiction, et pourront se réjouir de cette nouvelle. Le tout dans une démarche manifestement volontaire de diffusion libre, puisque des textes inédits seront proposés en ligne, aux formats numériques traditionnels, EPUB, MOBI et PDF. 

 

Économiquement, la question est assez vite balayée : ces titres seront offerts, dans un premier temps, pour un téléchargement gratuit « Il se peut, par la suite, que j'envisage de les mettre en ligne sur la plate-forme Amazon, mais, si cela se fait, ce sera de toute manière à un prix très accessible, pour ne pas dire symbolique ».

 

Pour assurer des revenus, des romans plus orientés vers le « grand public » continueront de paraître - thrillers et oeuvres historiques. En juin, une réédition du Manoir des sortilèges et en octobre, des thrillers en format demi-poche, chez Lattès. Il s'agit là de répondre à des impératifs de publications, que les éditeurs ont déjà inscrites dans leurs programmes. « Toutefois, ces parutions finiront par s'espacer pour cesser tout à fait, et viendra le moment où l'on ne pourra me lire que sur ce site, je tenais à prévenir les fans »

 

La rédaction n'est pour le moment pas parvenue à contacter l'auteur, qui conclut sa lettre ainsi : « Ma démarche surprendra certains, mais je ne fais en cela que rejoindre d'autres auteurs professionnels qui, comme moi, ne supportent plus les contraintes du marché de l'édition. » Les nouvelles aventures sont maintenant au bout de la page.

 

L'écrivain a déjà entamé la publication numérique, Avec D.E.ST.R.O.Y, une série en deux tomes, proposé en autopublication, pour 4,49 € chacun. 

 

Alors, on va ReLIRE Serge ?

 

ActuaLitté est également heureux d'annoncer à Serge Brussolo, qu'il dispose de 29 titres présents dans la liste 2013 des oeuvres empêtrées dans le registre ReLIRE, destiné à la numérisation des oeuvres indisponibles sous droit, du XXe siècle. Et certains de ses livres sont disponibles en deux éditions - soit autant de numérisations à venir. 

 

 

Il ne reste donc plus qu'à prier ?

 

 

Pour mémoire, ReLIRE est une usine à gaz, reconnue comme telle par le SNE, qui a pour vocation d'introduire un système de gestion collective. Celui-ci permet de contourner la nécessité d'obtenir l'accord de l'auteur, pour l'exploitation des oeuvres - un système qui va selon certains contre la logique traditionnelle du monopole d'exploitation.  En effet, l'article L.111-1 du Code de la propriété intellectuelle prévoit que « l'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous ». 

 

En l'état, le projet ReLIRE, dont la constitutionnalité n'est plus contestable, représente pour le moins une modernisation évidente du droit d'auteur. Constatant le défaut d'exploitation, et la présence et l'indisponibilité des oeuvres, il prévoit leur numérisation, dans une logique d'opt-out. De fait, l'auteur doit manifester son opposition pour sortir du dispositif. Une approche éminemment contemporaine : c'est à Google Books qu'on la doit. Sauf que Google Books, c'est le méchant...