Serge Klarsfeld : “Les textes de Céline sont meurtriers”

Laure Besnier - 11.01.2018

Edition - Société - Polémique Céline - Serge Klarsfeld - Céline débat


La réédition des pamphlets de Louis-Ferdinand Céline continue de faire polémique, et de partager les avis. En question : les effets potentiels des textes en ce qui concerne l'antisémitisme en France. Si pour certains, la publication des pamphlets, accompagnée d'un appareil critique développé est avisée, pour d'autres, comme Serge Klarsfeld, l'entreprise est dangereuse, incitant à la « haine raciale », risquant d'influencer « un large secteur de l'opinion publique ». 

 

Serge Klarsfeld  – Claude Truong-Ngoc, CC BY SA 3.0

 


L'avocat de Lucette Destouches, veuve de l'écrivain mort en 1961, avait déjà justifié dans une interview à Midi Libre l'autorisation de publication des pamphlets Bagatelles pour un massacreL'École des cadavres ainsi que Les Beaux draps.

Il continue de relativiser cette décision en indiquant que ces derniers sont déjà parus au Canada – en 2012, chez Éditions 8, avec un appareil critique de Régis Tettamanzi, professeur de littérature moderne et auteur de plusieurs livres sur Céline. Il ajoute qu'ils ne parlent pas que d'antisémitisme, ou encore que la publication n'est pas programmée pour tout de suite, comptant sur le temps d'écriture de l'appareil critique et de la préface de Pierre Assouline. 

 

L'avocat avance cependant un nouvel argument, au micro d'Europe 1 : « Petit à petit, les temps ont évolué, l’esprit du public a changé, nous avons pensé que les Français seraient maintenant plus aptes à comprendre, à lire les pamphlets. » L'argument résume le coeur de la polémique : faut-il ou non dissimuler les pamphlets au public ? Ou les publier accompagnés d'un appareil critique détaillé ? Leurs effets seront-ils forcément néfastes ? 

 

Pamphlets antisémites de Céline :

le gouvernement écrit à Gallimard

 

Pour Serge Klarsfeld, président de l'association Fils et filles de déportés juifs de France, cette explication n'est pas recevable : « Les temps ont évolué, mais très défavorablement. » Il ajoute que ces textes sont fondateurs de l'antisémitisme durant l'occupation : « C’est une agression contre nous, contre les juifs de France, ces pamphlets ont aidé et ont contribué à former tous ces antisémites qui pendant la guerre ont aidé à déporter les juifs vers les chambres d’Auswitch. »


Pour le célèbre chasseur de nazi, la dangerosité des textes n'est pas en question : « ces pamphlets sont très talentueux » et « aucun appareil critique ne tient le coup devant le torrent célinien ». Ainsi, « tous les antisémites citeront ces textes ». 

Par conséquent, selon lui, « les textes de Céline sont meurtriers. » Or, « l’antisémitisme n’est pas une opinion c’est un délit » et ces textes tombent donc « sous le coup de la loi ». Serge Klarsfeld prévoit donc de s'y opposer, dès la publication, par voie judiciaire : « Comment voulez-vous qu’on attaque ensuite des gens comme Soral ou comme Dieudonné quand ils diront Céline est en vente libre et il a cent fois plus de talent et de force de conviction que nos écrits à nous. »

Pour d'autres, les effets des pamphlets peuvent être relativisés, notamment grâce à un appareil critique, d'autant plus que les textes sont accessibles sur internet en toute liberté, sans aucun appareil critique.  
 

Le gouvernement ne sera pas “censeur”
des pamphlets antisémites de Céline


Le philosophe Raphaël Enthoven questionne : « Faut-il attendre que la société cesse d’être antisémite pour autoriser la publication de ces textes. Si on s’en tient à l’argument du moment, ce ne sera jamais le moment. » De surcroît, il rappelle que « ces textes sont fous, délirants, outranciers ». Un appareil critique de bonne qualité est donc essentiel. 

Quand bien même l'appareil critique serait bon - Pour l'heure, Pierre-André Taguieff, spécialiste de Céline et coauteur de Céline, la race, le Juif. Légende littéraire et vérité historique (Fayard) critique les erreurs ou approximations de l'appareil critique de Régis Tettamanzi -, Serge Klarsfeld s'insurge : « La majorité des gens ne s’intéresseront pas à l’appareil critique, les gens ne liront pas les notes ». 

En somme : faut-il laisser en l'état la situation, avec les pamphlets édités en 1937, 1938 et 1941 chez Denoël (propriété de Gallimard depuis 1946), en libre circulation et sans aucune explication, ou les rééditer mais avec un appareil critique, pourtant contestable pour certains ? 

La question cornélienne ne cesse de partager : le Premier ministre n'ayant "pas peur" de cette réédition, à l'inverse d'Arno Klarsfeld ou encore Joël Mergui, président du Consistoire


Mise à jour 11/01/2018 à 14h06 : 

Les éditions Gallimard annoncent que le projet de réédition des pamphlets de Céline est finalement suspendu. « Au nom de ma liberté d'éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l'envisager sereinement » explique Antoine Gallimard à l'AFP.

Via Europe 1


Commentaires

néphaste, le 18/01/2018 à 02:24:33

Absolument tout de ce qui concerne le dit "antisémitisme" est révélateur de "deux poids deux mesures" et d'inversion de sens. #pilpoul #sophisme

L'amalgame entre la religion juive et la "race juive" est entretenue en premier lieu par le sionisme (au minimum), notamment avec Israel et sa fameuse "nationalité", et le traitement des 'non citoyens' "non juifs". #Palestine
Ils sont racialistes, les premiers à se considérer en tant que "peuple juif".
Israel est raciste et le prouve par le traitement des 'pourtant-juifs-mais-noirs'.

Le prétendu "devoir de mémoire" n'est brandi et entretenu que pour faire taire et pour soutenir à bout de bras une politique de reproduction psychopathique de ce même traumatisme. #pointGodwin #tulasenslanalysefreudienne

De plus on constate avec les différentes affaires successives, qu'il suffit d'évoquer un simple fait (par exemple relayer un propos de Jacques Attali) pour être taxer d"antisémitisme", par une mécanique bien huilée et donc vis à vis de la justice française, le débat est forcément à sens unique. #crif #lica
Ce sont donc en majorité bien les faits qui sont antisémites et non les personnes.

Comme dit l'autre: "l'antisémite ce n'est plus celui qui n'aime pas le juif, mais celui que le juif n'aime pas".

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