Service public de Giordano : la naïveté devant la promo du livre

Clément Solym - 16.10.2009

Edition - Société - service - public - Giordano


De toutes les émissions de France Inter, celle d'Isabelle Giordano est immanquablement celle qui me hérisse le poil en permanence. Pourquoi un tel masochisme alors que de s'imposer ce calvaire ? Eh bien... d'abord, parce qu'à 11 h, je me régale avec Daniel Morin.

Ensuite, parce que j'attendais, tapi dans l'ombre le jour où serait lancé un reportage sur le livre. Car du haut de son micro, Service public, c'est une sorte de manuel pour donneur de leçons en permanence. Voilà, c'est dit.


Bref, le livre. Et sa promotion.

Virgin Megastore avait lancé mi-août, une opération Satisfait ou remboursé, sur le livre de Samuel Benchetrit, Le Coeur en dehors. Si le livre ne vous a pas plu, vous vous le faisiez rembourser contre quelques lignes expliquant votre mécontentement. Ce que l'on oublie consciencieusement de dire dans Service public. Mais soit.

Mais c'est pas possible !

Bref, re. Comme il est de coutume, on s'indigne, on s'agace, on interroge avec ardeur : est-il possible de vendre un livre comme une boîte de petit pois ? Chose que nous déplorions aussi, alors que nous ignorions que le lecteur désabusé devait justifier sa mauvaise lecture. Ça ne change pas de beaucoup, mais au moins, ce n'est pas un simple code barre à renvoyer pour obtenir son remboursement...

Moralité, Virgin a enregistré 5000 ventes et 30 retours, explique Guy Messina, de la direction. Il s'explique avec une petite langue de bois, sur cette opération marketing, annonçant que l'on se trouve « sur un segment commercial qu'il faut booster ». Et d'ailleurs, l'auteur a trouvé « l'idée flatteuse », en apprenant que les libraires de Virgin avaient choisi son livre.

L'opération, finalement, a bien fonctionné pour Virigin et Guy annonce qu'il va continuer et la poursuivre. Regrets de Thomas Chauvineau, qui réalise ce reportage, et semble tomber des nues : comment est-il possible qu'un livre puisse marcher en dehors de ses qualités propres ? Qu'il soit soumis à une commercialisation, des plans de com', bref, qu'on pratique le marketing sur un produit culturel. Indignation à bon compte, et plus facile que servant réellement le public. En fait, juste bonne à conforter les auditeurs dans une attitude bien-pensante stérile - oui, je sais, là, c'est violent.

En quête : à vot' bon coeur...

Et Thomas de rencontrer le directeur marketing de Grasset, l'éditeur, faisant valoir que « Remboursez », au théâtre, signifiait simplement que le spectacle avait été mauvais et que, avec un rapprochement et un amalgame fumeux, on en arrive à dire que le remboursé de Virgin stipule clairement que le livre est potentiellement mauvais. Bravo, bel exercice de journalisme. Ce qu'Antoine Boussin, le directeur commercial répondra ne mérite cependant pas que l'on s'y attarde.

Reste alors l'intervention de Pascal Fioretto, interrogé pour donner son avis sur la question. Évoquant le « plus produit », comme on dit dans une opération de communication, Pascal précisera que pour un livre dont « la carrière n'est pas garantie », ce genre d'opération permet de faire parler de l'ouvrage. Une promotion qui n'est d'ailleurs pas incompatible avec la « posture du poète maudit », qui livre son oeuvre au public et avoue avoir tout donné. Prenez ou jetez, je m'en moque... S'ajoute probablement la seule réflexion censée de ce reportage : « vous êtes un grand naïf », lance en riant Pascal à Thomas, qui ne comprend pas qu'un produit culturel puisse être ainsi promu. Ça ne devrait pas se faire, entend-on...

Bas les masques et autres apostrophes

Au moins Grasset et Virgin font-ils tomber le masque (lequel ?), ajoute Pascal, qui lui, pousse le vice. Pourquoi ne pas envisager le livre jetable, pour aller avec le remboursable ? Voire la couverture à gratter avec une gagnante toutes les 10 qui permettrait de gagner un Goncourt. Réaction censée d'une auditrice : « C'est n'importe quoi, depuis x temps, les éditions mettent des bandeaux rouges pour mettre en avant leur dernier roman, le Goncourt ou quoi que ce soit. Le livre n'est pas exempt de marketing: rentrée littéraire, le best-seller de l'année, les livres de l'été... »

Pour endurer l'émission, dont la vigilance fait peur, rappelons que l'idée date de quelque temps et que dernièrement 10/18 l'avait également mise en place dans les librairies - au grand étonnement d'Isabelle Giordano, qui le découvre dans un mail d'auditeur (preuve qu'elle ne lit pas assez ActuaLitté) - on se rendra à cette adresse.


Osons présenter cet article de BoDoï, sur le marketing de Kinder - ce qui permettra de rebondir sur le chocolat et les dérives de la promotion pour la bouffe auprès des enfants... Le grand Satan n'est pas loin : l'occasion d'une prochaine émission ?




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