Ses insomnies aidaient-elles Kafka à écrire ?

Bouder Robin - 21.07.2017

Edition - Société - franz kafka insomnie - franz kafka la métamorphose - troubles du sommeil écriture


S'il est un écrivain à la vie pleine de tourments, c'est bien Franz Kafka. Il faut dire que sa célébrité n'est venue qu'après sa mort, en 1924, ainsi que la publication des ouvrages qui le placeront parmi les auteurs les plus influents du XXe siècle. Les détails quant à sa vie tumultueuse et meurtrie n'ont fait surface qu'avec la parution publique de son journal en 1937, ou de ses Lettres à Milena en 1953. Et les chercheurs se penchent à présent sur son quotidien.

 

Kafka1906 cropped.jpg

Franz Kafka - Sigismund Jacobi (1860–1935) (Public Domain)

 

 

Une étude réalisée par les chercheurs italiens Antonio Perciaccante et Alessia Coralli s'intéresse notamment aux troubles du sommeil de l'auteur de La Métamorphose. Kafka était de notoriété publique frappé de folie et de problèmes de santé importants ; le repos était également une notion qu'il ne connaissait que très peu... « Le sommeil est la plus innocente des créatures et l'homme insomniaque la plus coupable », disait-il dans son journal. Le sommeil et l'insomnie sont d'ailleurs des thèmes très présents dans son œuvre, comme le fait remarquer Perciaccante dans une interview réalisée par ResearchGate.

 

Avant même que soient menées toutes les batteries d'études sur le sommeil et le cerveau qui inondent internet aujourd'hui, Kafka avait déjà sa propre conception du sommeil : il voyait l'insomnie à la fois comme un problème pour sa santé et un moyen d'alimenter son imagination. Les recherches menées par Perciaccante et Coralli montrent que, selon le journal et les lettres de l'auteur allemand, ce sont ses problèmes mentaux, plus que la tuberculose dont il souffrait également, qui ont façonné sa manière de voir les choses et son travail.

 

Ils décrivent Franz Kafka comme possédant « une personnalité anxieuse, frêle et dépressive, une image de lui-même biaisée et instable, nourrissant des relations mornes avec sa famille, ses amis et les femmes qu'il a aimées; un homme qui s'isolait du monde extérieur, avec des tendances autodestructrices ». On a connu plus réjouissant...

 

Le jeu vidéo Franz Kafka : des puzzles à rendre l'administration folle


Quant à cette fameuse insomnie, Kafka disait dans ses lettres qu'elle dissimulait en réalité une peur de la mort : « Peut-être ai-je peur que mon âme, après m'avoir quitté pendant mon sommeil, ne revienne jamais. » Aussi profitait-il de ses nuits agitées pour mettre son talent à profit. « Il est vrai qu'il écrivait de nuit parce qu'il travaillait la journée, mais Kafka a aussi affirmé qu'il s'agissait là d'un choix délibéré, son esprit privé de sommeil ayant ainsi accès à des pensées autrement inaccessibles », écrit Perciaccante.

 

Les deux chercheurs pensent avoir trouvé une explication à ces insomnies constantes. Alors que de tels troubles ont généralement tendance à se manifester à cause de facteurs de stress extérieurs, Kafka pourrait bien avoir été victime d'insomnies psychophysiologiques, qui font suite à un conditionnement de la part du sujet qui a peur de se coucher.

 

Mais comment le manque de sommeil pourrait-il booster la créativité ou le génie de quelqu'un ? Pour la chercheuse anglaise Sue Llewlyn, l'imagination et la maladie mentale sont deux produits de ce qu'elle nomme la « conscience dédifférenciée ». Il s'agirait de tomber dans une sorte de demi-sommeil, entre l'éveil et le rêve... Llewlyn explique dans ses recherches qu'il est ainsi possible de faire des rêves lucides et d'avoir des éclairs de génie. Mais il faut bien un revers de la médaille : si Kafka avait la possibilité d'accéder à un autre niveau de créativité, ses insomnies épuisaient aussi ses fonctions émotionnelles et cognitives.

 

Retrouvez un extrait de La Métamorphose de Franz Kafka


Un siècle après sa mort, voilà que nous découvrons à présent toute l'importance des troubles du sommeil de Kafka dans la création de son œuvre... Il faut savoir que Kafka n'était pas le seul dans ce cas : Marcel Proust ou Emily Brontë étaient également sujets à des insomnies qui les ont inspirés dans leurs travaux. Alors, l'insomnie serait-elle une technique comme une autre pour exprimer son talent artistique ? L'étude est en tout cas disponible à l'achat, si vous voulez continuer de percer les mystères de l'origine du talent de l'écrivain.

Via ResearchGate et Van Winkle's