Seth Godin : Publier, éditer, ça n'a rien à voir avec imprimer

Clément Solym - 20.06.2011

Edition - Société - editer - prendre - risque


En choisissant d'ouvrir une maison d'édition directement sur Amazon.com, le génie du marketing Seth Godin a immanquablement fait du bruit. D'autant que cette initiative découlait de multiples déclarations sur le livre papier et ses lacunes. Avec Domino Project, il frappe cependant très fort.

Dans un entretien accordé à Publishing Perspectives, le « gourou du marketing » revient sur l'écriture de son premier ouvrage pour cette maison, Poke the Box. En quittant l'édition traditionnelle, dans laquelle il était resté 25 ans, Seth rappelle qu'il « adore les livres. Aussi, je ne suis pas en train de m'éloigner de l'un ni de l'autre. Ce que je vois se passer, c'est que les éditeurs ont peur. Et comme beaucoup de gens qui ont peur, ils se concentrent sur la création de la rareté. Ils cherchent à rendre les choses plus complexes ».

Alors qu'avec Poke the Box, c'est un livre de l'immédiat et de l'instantané que l'auteur propose.

L'ère d'internet, c'est avant tout celle de l'abondance, où tout est plus facile à trouver, partager. « Mais les livres sont si vieux et disposent de moins de place qu'ils n'en avaient. Ils coûtent plus cher et sont plus difficiles à partager. Et je pense que c'est un échec de la part de l'industrie du livre ».

En outre, le passage au numérique lui semble complètement spontané : publier n'a rien à voir avec imprimer. « L'édition, c'est la prise de risques financiers et intellectuels, pour apporter des idées au public », explique-t-il. Alors évidemment, le numérique procure un certain confort, en faisant abstraction des coûts liés à tout ce qui est imprimé. Pour autant, il ne coupe pas court au papier : tous les livres seront disponibles dans les libraires qui souhaitent les commercialiser, mais c'est avant tout sur l'ebook que l'on planche.

La grande différence, c'est qu'en travaillant en coédition, il n'y aura pas d'à-valoir versé. « Nous sommes tous deux [NdR : avec l'auteur] responsables, et cela signifie que nous pouvons éliminer beaucoup de choses dans la relation qui rend les auteurs fous. »

D'un autre côté, il n'y a pas de partenariat avec Amazon : c'est simplement une convergence entre le contenu qu'il a su apporter et la disponibilité de la technologie pour assurer l'essor de cette aventure. Et comme le marchand dispose d'une grande capacité de diffusion des ouvrages, ainsi que d'outils marketing puissants, pour déterminer le public qui serait le plus intéressé par les livres, l'accord entre les deux allait de soi. Il fallait simplement attendre...

Et avec le développement du Kindle depuis quatre ans maintenant, évidemment, le succès est prévisible. Plateforme dominante dans le domaine de l'ebook, tant par le catalogue disponible, que par le parc d'appareils qui peuvent profiter dudit catalogue, le Kindle s'impose évidemment outre-Atlantique, pour un projet de ce type.

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