Sexisme ordinaire : être une femme, dans l'édition

Nicolas Gary - 16.03.2019

Edition - Société - sexisme égalité femmes - invisibiliser femmes édition - femmes représentation


Une table ronde très attendue à Livre Paris : « Auteur professionnel, un métier, un statut, un avenir incertain », qui réunissait les organisations d’auteurs ainsi que le SNE et le Ministère de la Culture. En introduction, comme un flottement. L’écran projeté annonce une introduction de Samantha Bailly, seule femme dont le nom apparaît au milieu d’une tablée de cinq hommes — mais pas sur scène ! 

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crédit ADAGP
 

« Dès qu’on est sur des questions de postes de pouvoir, commente un auteur présent, c’est triste de faire ce constat… » Et une éditrice : « Pourquoi ça ne m’étonne pas ? Il suffit de regarder la composition du bureau du SNE, on n’est clairement pas à parité ! » 
 

Hommes, Femmes, modes d'emplois


L’amphithéâtre est rempli de professionnels venus écouter cet échange public inédit sur la question de « l’auteur professionnel ». Le modérateur s’exprime en premier, et Samantha Bailly doit la prendre la parole un peu fermement pour dire ce qu’elle a à dire : « Je crois que vous remarquez comme moi que sur cette table ronde, il n’y a pas de femmes, aujourd’hui. Qui ne l'a pas noté ? » Applaudissements. 

Et de poursuivre. « Quand cette table ronde s’est constituée, que les différentes organisations ont envoyé leurs intervenants respectifs, on s’est dit… il n’y a pas de femmes. Denis m’a dit : écoute, vas-y. J’ai dit non, parce que je préfère qu’on en parle plutôt que d’invisibiliser ce phénomène qui nous concerne tous aujourd’hui. » 

Elle a par ailleurs rappelé les résultats 2019 de l’Observatoire de l’égalité, en pointant que cette question concerne aussi les autrices. Hormis par le Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, ou la Commission Egalité et Diversité de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, ce sujet est finalement très peu abordé dans le secteur du livre. 

« Si on se réfère aux études du Ministère de la Culture, le terme “d’auteurs professionnels” est employé pour définir les auteurs qui dépassent le seuil d’affiliation à l’AGESSA, environ 8700 euros. C’est ce taux d’affiliation qui donne accès aux prestations sociales. En 2019, les autrices sont moins nombreuses à être affiliées, 36 % seulement, tout en percevant des revenus moindres (28 % d’écart médian dans les revenus entre les hommes et les femmes.) », poursuit Samantha Bailly. 
 

L'expression de la diversité, enjeu d'avenir


 Elle en révèle un peu plus sur le travail engagé par la Charte : « La commission Egalité et diversité a commencé à récolter des chiffres, et une société de perception de droits d’auteur a communiqué d’ailleurs publiquement ses résultats à Montreuil. Sur la totalité des droits versés annuellement aux auteurs et autrices jeunesse, et on sait que c’est un secteur très féminisé, les femmes reçoivent 33 % et les hommes 67 %. » 

L’autrice achève : « La question de pouvoir vivre ou non de sa création, de pouvoir avoir le temps, de pouvoir construire son œuvre et sa carrière, c’est la question de porter une voix. Et si on veut avoir une diversité et une égalité au sein d’une profession qui est celle des auteurs et autrices du livre, il faut peut-être se poser cette question. ». Applaudissements nourris cette fois.
 


Pourtant, il y a peu de temps, Aurélie Valognes affirmait : « Il n’y a pas de plafond de verre dans la littérature. » Si on regarde le top actuel des ventes de ventes de livre, on constate que parmi les nombreuses femmes présentes, beaucoup d’entre elles viennent… de l’auto-édition, comme Aurélie Valognes !

Assez surprenant, car on ne peut pas dire la même chose côté hommes. Coïncidence ? Réel constat ? Est-ce que le milieu permet à davantage aux femmes de faire leur place quand elles commencent dans un rapport psychologique au monde du livre… indépendant ? Le sujet n’a jamais été vraiment creusé.

Quoi qu’il en soit, avec ces premiers chiffres posés et cette intervention remarquée, cela pose la question de l’égalité hommes/femmes en dehors du cercle de la Bande Dessinée, précurseur sur la question.


Commentaires
Je ne suis pas du tout étonnée ! C’est une table ronde politique et c’est là qu’on voit clairement qui décide de quoi !! Ca fait 4 ans que je suis Samantha Bailly sur son site et sur sa chaîne et elle a une expertise phénoménale. C’est à travers les infos qu’elle donne depuis des années que j’ai découvert la situation des auteurs que je ne connaissais pas du tout. Quand on voit la thématique, on se dit qu’elle aurait très bien pu animer la table ronde par exemple. Mais c’est toujours pareil : on va demander aux femmes non pas de parler de leur cœur d’expertise, mais de « trucs de femmes »…. Au moins cette intervention aura eu le mérite d’exprimer les choses clairement.
Plusieurs mois ont passé et on en revient à la polémique de la sorcière... https://www.actualitte.com/article/tribunes/samantha-bailly-sorciere/91390

On en avait déjà eu un aperçu à cette période et là on n'imagine toujours pas ce que ça doit être d'avoir une fonction "de pouvoir" en tant que femme sur ces questions.



Voyons le positif : qu'une femme jeune et moderne s’impose pour faire passer des messages, on en a franchement besoin dans se secteur ! L'avenir des autrices dépend des prises de position d'aujourd'hui.
Tellement vrai. Il y a des structures paritaires dans l'édition mais ce sont des petites maisons, souvent dirigées par une femme, comme les éditions du 38 par exemple. Team paritaire, équilibre entre auteurs et autrices. Quand la direction est féminine, le regard sur les choses, les textes, les styles change et permet la cooptation d'autres femmes.
Les pourcentages cités recouvrent quoi ? Pour autant que je sache, les droits d'auteur sont en rapport avec le nombre de titres et les exemplaires vendus, rien à voir avec le fait d'être un homme ou pas. Samantha Bailly doit percevoir beaucoup plus que pas mal d'hommes. Si j'ai mal compris, qu'on m'explique.
je ne pense pas que vous ayez mal compris, je pense plutôt que vous n'avez pas voulu comprendre
Les contrats d'édition sont individuels et les conditions financières sont négociées au cas par cas, notamment le pourcentage des droits d'auteur.
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