Sfar accusé de diffamation : la plainte, seul recours pour la SGDL, “indignée”

Nicolas Gary - 08.06.2020

Edition - Justice - Christophe Hardy président - SGDL Joann Sfar - diffamation plainte SGDL


Quinze jours plus tard, la plainte pour diffamation contre Joann Sfar, après l’accusation de la SGDL, se fait toujours attendre. Mieux : dans une lettre aux membres de l’organisation, le président Christophe Hardy prend la parole. Et les membres du comité avec lui. Des propos pour le moins étonnants. 

Joann Sfar - Le Livre sur la Place
 

« La valeur et la dignité de notre travail », le titre du mail a une certaine emphase. Mais le ton comminatoire a changé : ce n’est plus à la presse que l’on s’adresse, mais aux auteurs. Et le président d’étayer auprès de ses membres les racines de la colère — et de la plainte pour diffamation.
 

Et là, c'est le drame


En pleine crise sanitaire, le Centre national du livre (CNL) mandatait en effet la Société des Gens de Lettres (SGDL), puisque l’association « gère un dispositif d’aide sociale » qu’abonde le Centre, et destinée aux auteurs. Tant par les salariés que par l’expérience, elle semblait alors toute désignée pour ce faire. Et a accepté « sans frais de gestion ni subvention ». 

Elle a également travaillé à l’élargissement de critères d’éligibilité, fixés par le CNL. Et désormais, le fonds dispose de 2 millions €, avec la perspective de le faire évoluer. 

Eh puis, un beau matin, sur France Inter, Joann Sfar invité pousse une gueulante, une belle. 
 

Il y a des organismes comme la Société des gens de lettres, qui sont censés représenter les auteurs et qui, en fait, parlent pour la filière livre dans son ensemble […]. Ils touchent parfois d’énormes sommes d’argent, qui ne vont pas aux auteurs et en fait, on n’est pas représentés. 



La SGDL s’émeut, et déclare qu’elle va porter plainte. Parce qu’à entendre les paroles du dessinateur, « on a de quoi être indigné », précise Christophe Hardy. Question : comment manifester cette indignation ? 
 

Demander un droit de réponse ? Rencontrer l’accusateur pour essayer de lui expliquer qu’il se fourvoie ? La « sortie » de Joann Sfar, que certains mettent au crédit de son « franc-parler » et de sa liberté de parole, s’inscrit en réalité dans une longue série d’attaques, d’insinuations, de mises en cause venant d'auteurs membres de la Ligue des Auteurs Professionnels, dont Joann Sfar est le président d’honneur. Elles sont lancées sans relâche depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux et relayées systématiquement par certains sites. » 



Et, dernière attaque en date, ajoute-t-il, un dessin, qui raille, s’inspirant des propos de Sfar, la situation. Mais voilà : « En passant de l’insinuation à l’affirmation calomnieuse, Joann Sfar a franchi une ligne avec laquelle flirtaient depuis un bon moment les plus actifs défenseurs de l’association dont il est le président d’honneur. »
 

Les fonds publics, le sfartifice


La SGDL avait « choisi de ne pas répondre, d’encaisser les coups », explique Christophe Hardy. Avec à l’esprit une certaine confraternité : « Car nous n’avons pas d’ennemis. Nous avons des interlocuteurs. Nos points de vue parfois convergent, d’autres fois se distinguent ou s’opposent. Mais en tant qu’organisation d’auteurs, nous nous considérons comme tous engagés pour la cause d’un même métier ; nous avons l’ambition – l’espérance ! – de pouvoir travailler et d’avancer pour l’intérêt du collectif. »

En revanche, face à « une stratégie de dénigrement systématique – et l’accusation de détourner des fonds publics, portée par la voix puissante d’un auteur de renom, doit être lue comme un coup particulièrement agressif – il y a, et nous le déplorons pour tous les auteurs, qu’ils soient ou non nos adhérents, une volonté non pas de débattre, mais d’abattre ». 

Sauf que jamais, dans ses propos, Sfar n’a parlé de détournement de fonds publics. Et moins encore du fonds du CNL – or, pour la diffamation, les propos tenus sont fondamentaux. Et comme nous l’avions détaillé, en véhiculant cette idée, la SGDL a créé de toutes pièces le crime et l’accusation.

Et si la voie judiciaire a été choisie, c’est parce qu’elle « trace un cadre formel clair, affranchi des passions partisanes et du jeu stérile des surenchères verbales ». Cette plainte, revendiquée au point qu’un communiqué de presse aux rédactions soit envoyé, voici qu’elle pourrait cependant être oubliée ?

Le président évoque en effet une possibilité de sortie « simple […] sans doute très saine. Une accusation a été portée. Celui qui l’a formulée peut-il fournir des preuves ? La maintient-il ? Acceptera-t-il de revenir sur ses propos et de présenter publiquement des excuses à l’organisation dont il a entaché l'honneur, et à ses salariés qui ont été profondément choqués de voir leur probité mise en cause, et nié leur engagement quotidien à aider ceux qui, aujourd’hui, en ont si grand besoin ? »

Les yeux se tournent vers Joann Sfar, désormais : les gants sont posés sur la table.

En attendant, on peut toujours relire le communiqué que la Ligue avait diffusé : « Les propos supposés litigieux sont reproduits de façon tronquée, avec une suite de césures visibles qui surprennent, car elles imposent au lecteur un rafistolage réalisé à l’aide de passages de l’interview. Or selon la SGDL, ce raccommodement serait constitutif d’une atteinte à l’honneur et à la considération susceptible de caractériser une diffamation. À la lumière des experts juridiques consultés, il apparaît donc qu’une telle affirmation doit d’emblée être remise en cause, car la loi prévoit une définition beaucoup plus exigeante de l’infraction et des éléments constitutifs qui ne sont pas réunis dans cette interview.

Si les propos de Joann Sfar ne constituent pas l’infraction de diffamation, la Ligue des auteurs professionnels note en revanche, au sein du communiqué de la Société des gens de Lettres, la présence d’allégations ou d’imputations susceptibles de porter atteinte à son honneur et à sa considération, ou à celle d’individus.


S’il y avait là matière à ce que notre organisation professionnelle attaque en retour, la Ligue n’en fera rien. Les auteurs et les autrices traversent une crise sans précédent et méritent la plus grande attention et le plus grand soutien. De fait, les dispositifs mis en place pour eux durant cette période n’ont pas été à la hauteur de la crise, et ne le sont toujours pas, en raison de choix politiques ou de dysfonctionnements inhérents à notre régime. »

photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
Mesdames et messssssieurs, le combat des coqs commence dans cinq minutes, prenez vos places, il n'y en aura pas pour tout le monde. Aujourd'hui dans l'Arène, un jeune coq autrefois prometteur qui a développé le goût du sang et des coups bas, contre un vieux coq orgueilleux attaché à son pouvoir historique et drapé dans sa superbe! Du beau grabuge en perspective, et -20% sur le billet si vous êtes auteur. Combat garanti 100% sans gagnant!
"...et -20% sur le billet si vous êtes auteur...."



Je ne sais pas si j'y ai droit, si je suis encore auteur, car ma demande d’aide d'urgence au Fonds de soutien CNL-SGDL a été recalée, pourtant j'ai plus de 2 livres à mon actif et toujours en vente et je ne gagne plus une thune depuis le début de ce délire collectif
La SGDL n'a rien d'autre à faire que ces communiqués......? S'occuper de ReLire peut-être ?
Parce que vous croyez qu'elle ne fait que des communiqués ? Je vous pense mal renseigné.

Quant à ReLIRE, je ne suis pas sûr qu'elle s'en soit jmais vraiment occupé, à part pour l'approuver, hélas.
La SGDL flippe. Elle a de l'instinct et du flair. Elle sent bien que le vent tourne, que si elle attaque Joann Sfar en justice, c'est l'hémorragie dans ses rang, une saignée qui la laissera à terre pour le compte, exsangue. Il n'y aura pas de procès car la force a changé de camp. Un petit peu comme pour les dictateurs ou les rois, ils sentent juste avant la fin que c'est la fin, alors ils fuient avec leur trésor dans leur, coffre, mais les révolutionnaires, ivres de vengeance accumulée par tant d'années de mépris, vont leur faire payer cash sur le bord de la route.
C’est le moment de courir relire les deux articles de Pierre Jourde dans le NouvelObs pour avoir une information exigeante et honnête sur cette triste affaire.
Honnête ? Quand on lit leur communiqué il n'y a rien d'honnête c'est même carrément dégradant pour des auteurs investis dans la cause ! Je me remets pas de l'attaque sur la présidente d'asso enceinte de 8 mois désignée comme refusant du boulot gratos pour traiter des dossiers! D'un côté on a une institution qui fait l'objet de critique et cette institution dans son hôtel particulier attaque des PERSONNES!



Pierre Jourde dit qu'il est accusé de piquer dans la caisse ! Qui a dit ça ? Que Pierre Jourde piquait dans la caisse ?? On dirait un délire collectif des membres de la SGDL qui soudain comprennent qu'ils sont déconnectés des auteurs! Confusion totale des individus et des institutions.... cette institution se substitue à l'État en gestion de crise avec des critères hors sol avec des auteurs furax de la non application du rapport racine (qu'ils n'ont pas du tout soutenu!! ils l'ont enfoncé dans la presse!) et s'étonne ensuite d'être critiquée??



Et pour ReLire je découvre que la SOFIA a été créée par la SGDL et que c'est même la seule asso d'auteur qui a un siège!

http://www.la-sofia.org/la-sofia/gouvernance-les-instances/
Si on ajoute les deux anciens présidents, Absire et Sellier, on peut même dire que la SGDL a trois sièges !
Et nous, pauvres lecteurs dans tout ça ?! Nous constatons que la littérature est elle aussi une industrie source de profits pour certains. Et que les auteurs et ceux qui les représentent ou sont censés le faire, je n'y comprends pas grand chose, s'empoignent verbalement pour des questions d'argent... pas de littérature. Alors que l'après-crise sanitaire ne fait que commencer ! à part ça, j'aime beaucoup de que dessine et écrit Joann Sfar.
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