Shakespeare, Brecht, Dario Fo : la Turquie censure les auteurs de théâtre occidentaux

Cécile Mazin - 05.09.2016

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Le gouvernement turc avait déjà fait fermer 29 maisons d’édition, et, dans la foulée, le ministère de l’Éducation interdisait la commercialisation de leurs ouvrages. Dans la continuité de la purge politique à laquelle se livre le président Erdogan, de nouvelles sanctions sont tombées. Ce 28 août, plusieurs compagnies de théâtre nationales ont vu leurs représentations interdites. En cause : les auteurs mêmes des œuvres jouées...

 

seattle art museum

Bertolt Brecht (Pedro Layant, CC BY SA 2.0)

 

 

Il y eut le coup d’État, dans la nuit du 15 au 16 juillet, et ses conséquences qui n’en finissent pas. La fermeture de 29 maisons d’édition n’était qu’une première étape, faisant suite aux arrestations de masse. La plus médiatisée ces derniers jours fut l’incarcération de l’auteure Asli Erdogan – sans lien de parenté avec le président Recep Tayyip Erdoğan. 

 

« Nous lisons les signes que les mesures prises pour l’État d’urgence se transforment en une chasse aux sorcières contre les gens exprimant des opinions politiques pourtant sans rapport avec celles des organisateurs du coup d’État manqué – et contre tous les citoyens ayant un point de vue critique », expliquait l’association des éditeurs de Turquie, dans un communiqué. 

 

Désormais, on sait que la police, l’armée, les journalistes, les juges ou encore les enseignants du pays ont subi cette répression. L’édition était amplement frappée, mais c’est désormais au théâtre que les forces gouvernementales s’en prennent. En effet les compagnies de théâtre du pays ont reçu l’interdiction formelle de mettre en scène des œuvres rédigées par des écrivains occidentaux. 

 

Devlet Tiyatroları, responsable des compagnies nationales officielles de théâtre en Turquie, a fait disparaître toutes les dates de représentations prévues, dès lors que les pièces ne découlaient pas d’auteurs turcs. Ainsi, Dario Fo, Shakespeare ou encore Bertold Brecht et Anton Tchekhov sont littéralement frappés de censure. 

 

C’est le fils du prix Nobel italien Dario Fo, Jacopo, qui a informé Il fatto quotidiano de cet état de fait. Officiellement, le gouvernement turc explique que son projet est de préserver et promouvoir la littérature et le théâtre turc. « Comme toutes les personnes qui aiment leur pays, nous allons ouvrir nos salles uniquement aux œuvres nationales, afin de conserver à renforcer l’intégrité et l’unité du pays, ainsi que le sentiment national », assure dans un communiqué, le vice-président des théâtres du pays, Nejat Birecik.

 

La laïcité perdue...

 

Le directeur du Picoolo Teatro de Milan, Sergio Escobar, a signé ce 3 septembre, une tribune dénonçant cette nouvelle politique. « La finalité de cette action ne vise pas le théâtre, mais d’empêcher la création d’une identité culturelle européenne partagée, et vaste. Ce qui confirme que la culture, dans cette élaboration commune, est un moteur puissant. »

 

Et de poursuivre en affirmant sa solidarité contre les campagnes de censure qui frappent les troupes de théâtre. « L’engagement du Piccolo Teatro ira dans cette direction : s’ouvrir gratuitement aux compagnies de théâtre de Turquie, qui disposeront d’un espace de mise en scène, sans restriction. »

 

Une situation d’autant plus critique que le directeur de l’établissement se souvient encore d’une époque où la coopération avec la Turquie se faisait en respect de la laïcité et de la circulation des idées.

 

Il en appelle à l’Union des théâtres d’Europe, qui doit elle aussi prendre fermement position pour la défense de la liberté d’expression. L’UTE n’a pas encore réagi. 

 

 

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