Shakespeare collaborateur officiel de Thomas Kyd pour 325 lignes

Clément Solym - 13.08.2013

Edition - International - William Shakespeare - paternité - Thomas Kyd


Shakespeare est-il le véritable auteur de 325 lignes de la pièce attribuée à Thomas Kyd, que l'on retrouve dans une édition In-quarto de 1602. La tragédie espagnole, l'une des oeuvres qui lui seraient attribuées, aurait-elle profité d'une seconde paire de mains pour son écriture - en l'état, celle de Shakespeare ? 

 

 

Christopher Marlowe, dramatist, poet

Thomas Kyd

lisby1, CC BY 2.0

 

 

Les chercheurs cherchent, les caravanes passent, et Shakespeare reste... un mystère. Plusieurs nouveaux indices avaient amené le chercheur Brian Vickers à conclure que oui, l'an passé. Et cette année, Douglas Bruster de l'université du Texas abonde de nouveau dans ce sens... Ce dernier vient de présenter une série d'irrégularités dans le manuscrit de 1602, que ce soit dans l'orthographe de termes ou d'autres spécificités démontrant que les 325 lignes incriminées seraient de la main de William. 

 

Ces fameuses lignes, appelées Passages Additionnels auraient comme une forte odeur de Shakespeare, assure le professeur Eric Ramussen, éditeur de la Royal Shakespeare Company. Et dans la revue Notes and Queries seront publiées les quatre pages d'analyse de l'enseignant qui considère : « Ce que nous avons ici n'est pas mal écrit, mais c'est une mauvaise écriture ». De là à l'attribuer à Shakespeare, il n'y aura bientôt qu'un pas. 

 

En se référant à différents extraits des oeuvres du dramaturge détenues par la British Library, l'universitaire considère avoir mis à jour des irrégularités. Et les éditeurs proposant des éditions scientifiques avec annotations considèrent, malgré une réserve nécessaire, que cette fois, on tient vraiment une nouvelle piste crédible. Laquelle, ajoutée aux autres, apporte une nouvelle pierre à l'édifice. A ce titre, une nouvelle édition de Thomas Kyd devrait sortir en 2016 pour en faire état.

 

Des moeurs dramatiques connnues

 

Mais le théâtre élisabéthain s'accommodera toujours très bien de ces petites choses qui obsèdent tant les chercheurs. D'abord parce que les dramaturges de l'époque écrivaient dans une atmosphère presque collaborative, où l'on reprenait aisément des scénarios utilisés chez le confrère, quand ce n'étaient pas des morceaux de texte. 

 

En outre, la tragédie espagnole de Thomas Kyd semble avoir été mise à jour à différentes reprises, la première fois plus d'une dizaine d'années après l'édition de 1602. Et encore, dans le milieu des années 90, une dernière version a été mise à jour. 

 

Loin de la problématique Homère, à qui les Grecs attribuaient la paternité de l'Iliade et l'Odyssée, alors même que le bonhomme n'a probablement jamais existé, celle des textes dramatiques continue de faire ruminer les universitaires.  

 

Trouver quelques lignes de Shakespeare dans la tragédie d'un autre ne peut que faire frémir le chercheur en manque de sensations fortes. Et les conclusions de Bruster montreraient d'ailleurs que le dramaturge aurait pu non seulement collaborer avec Thomas Kyd, mais éventuellement avec d'autres auteurs de son époque.

 

« Shakespeare n'était pas un génie solitaire, planant au dessus de tous les autres. C'était un homme travaillant sur le théâtre. Si sa troupe avait besoin d'une nouvelle pièce, il trouvait quelqu'un avec qui la faire et c'était bon », explique Brian Vickers au New York Times.

 

Reste maintenant à définir si Shakespeare a réellement existé...