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Shakespeare en mandarin, pour des échanges économiques avec la Chine

Clément Solym - 18.09.2014

Edition - International - Chine mandarin - Shakespeare traduire - donation travail


Pas d'anniversaire sans cadeau, et pour la Royal Shakespeare Company, celui-ci vaut 1,5 million £. Le gouvernement britannique a fait un don significatif pour aider la société à traduire les œuvres du dramaturge en mandarin. Sajud Javid, secrétait d'État à la Culture britannique explique que cette démarche vise à établir « des liens plus étroits avec la Chine ».

 

 Shakespeare Statue

Scott Retterg, CC BY SA 2.0

 

 

Mort depuis près de 400 ans, Shakespeare reste le représentant d'une langue anglaise, autant que le magicien articulant des univers de tragédies et de poésie. Quoi de mieux que d'exporter un savoir-faire littéraire plusieurs fois centenaire, adapté au théâtre, en films, et on en passe, et on en oublie, pour mieux se faire connaître ?

 

La RSC profitera également de la manne gouvernementale pour partir en vadrouille à la rencontre des Chinois, en 2016, en plus de la traduction des 14 plus importantes pièces de théâtre. Un échange culturel réciproque entre les États, sachant que la première approche de Shakespeare remonte à 1922, et que le traducteur de l'époque, Tian Han, travaillait à partir d'une version déjà traduite, en japonais.

 

Les œuvres complètes furent traduites en mandarin en 1967, dans le cadre d'un projet emporté par Liang Shiqiu, ancien étudiant de Harvard et Columbia. Pour les Britanniques, cette démarche est essentielle. Gregory Doran, directeur artistique de la RSC, la traduction favorisera « une meilleure compréhension entre les cultures, par le partage, et en se racontant des histoires ».

 

Pour les besoins du voyage, 300.000 £ ont été débloquées par le gouvernement anglais, et s'inscrivent dans une grande vague de coopération qui servira les intérêts de chacun. La Culture serait donc le meilleur moyen de favoriser des relations étroites entre le Royaume-Uni et la Chine, certifient les autorités. 

 

Cette subvention, généreusement accordée dans une période où les bibliothèques britanniques souffrent cruellement de coupes budgétaires, représente un investissement certain. Le financement tant de la traduction, que du voyage, tentera d'exporter une certaine vision du Royaume-Uni, alors même que l'Écosse s'apprêter à voter pour décider d'une possible indépendance ?

 

Bien entendu, passer par la culture pour entretenir des liens économiques autant que financier est une démarche pleinement assumée, et la RSC ne l'ignore pas le moins du monde. Dans le cadre d'un dialogue sur les échanges marchands possibles entre les deux pays, le Royaume-Uni souhaite « stimuler les entreprises à travers la culture ». Et il ne faut malgré tout pas perdre de vue la performance à venir du traducteur.

 

Cette tournée de la RSC coïncidera par ailleurs avec le 400e anniversaire de la mort du Barde. Et pour mémoire, au cours de ces siècles, Shakespeare a été traduit en plus de 80 langues.