Shakespeare n'était pas seul : Christopher Marlowe coauteur d'Henry VI

Antoine Oury - 25.10.2016

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L'identité réelle de Shakespeare, voire son existence, a toujours fait l'objet d'hypothèses et de théories plus ou moins farfelues. Mais l'une des certitudes des spécialistes de son œuvre, c'est que le Barde n'a pas travaillé seul : les presses universitaires d'Oxford (Oxford University Press, OUP) prennent position, et ont choisi de créditer Christopher Marlowe comme coauteur d'Henry VI.

 

Shakesperience - London Book Fair 2016

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

23 universitaires sont formels : après analyse, il leur semble évident que les trois parties de la pièce Henry VI, écrites entre 1588 et 1592 et vraisemblablement jouées pour la première fois à Londres en 1592, ne sont pas du seul fait de William Shakespeare. À l'occasion de la publication de l'anthologie New Oxford Shakespeare, qui rassemble toutes les œuvres du dramaturge, l'OUP inscrira le nom de Christopher Marlowe à côté de celui de Shakespeare.

 

D'après les universitaires, la présence d'un coauteur ne se limite pas à la seule pièce Henry VI, puisque leurs analyses, menées à la fois à l'ancienne et avec l'aide des technologies d'analyse informatique de textes, révèlent qu'au moins 17 pièces de Shakespeare ont impliqué d'autres auteurs. Ces soupçons ne datent pas d'hier, puisque la précédente édition de l'Oxford Shakespeare assurait déjà qu'une dizaine de pièces avaient été signées par plusieurs auteurs.

 

« Le dogme voulait que Shakespeare n'ait jamais eu de collaborateur », souligne un des universitaires impliqués, Gary Taylor, de l'université de Floride, auprès du Guardian. « Quand l'édition de 1986 de l'Oxford Shakespeare a suggéré que 8 pièces avaient été écrites avec d'autres, certaines personnes furent choquées. » À l'époque, on considérait que 20 %, à peine, de l'œuvre de Shakespeare découlait de collaboration, tandis que le pourcentage grimpe à 17 pièces sur 44, soit 38 % de l'œuvre du Barde.

 

Travailler main dans la main

 

Le sel de l'histoire, pour la pièce Henry VI, c'est que Shakespeare et Marlowe sont connus pour avoir été rivaux. Un peu comme certains rappeurs, ils auraient mis leurs différends de côté pour travailler ensemble à un “featuring” : « Parfois, les rivaux travaillent ensemble », souligne simplement Gary Taylor.

 

Parmi les méthodes utilisées pour identifier les auteurs, les universitaires se sont basés sur la récurrence des mots et des expressions : certains termes ont été identifiés comme « Shakespeare + » et « Shakespeare - », selon leurs usages à l'époque et leur présence dans les pièces attribuées au Barde. L'étude des propres pièces de Christopher Marlowe, comme Tamerlan le Grand et La Tragique Histoire du docteur Faust, a permis de définir quels passages s'approchaient un peu trop du style de Marlowe.

 

Marlowe n'aurait pas été le seul auteur à donner un coup de main à Shakespeare : d'autres dramaturges auraient un peu adapté les pièces de Shakespeare avant leur publication, comme Thomas Middleton, désormais crédité pour Tout est bien qui finit bien aux côtés de William Shakespeare.

 

Ainsi, la pièce, que l'on considérait écrite entre 1601 et 1608, serait en réalité le produit de deux phases d'écriture : « Nous sommes la première édition à avoir fourni des preuves formelles de cette écriture en deux temps... La première version est entièrement signée par Shakespeare, sûrement autour de 1605, et la seconde par Middleton autour des années 1620 », explique Gary Taylor.

 

Cette anthologie des œuvres de Shakespeare — et d'autres, donc — a été supervisée par John Jowett (Shakespeare Institute, University of Birmingham), Terri Bourus (Indiana University, Indianapolis, US) and Gabriel Egan (De Montfort University, Leicester) et Gary Taylor.