Shakespeare : redoutable businessman, adepte de la fraude fiscale

Julien Helmlinger - 02.04.2013

Edition - International - William Shakespeare - Université d'Aberystwyth - Recherche historique


Selon les chercheurs de l'Université d'Aberystwyth, au Pays de Galles, il serait difficile au commun des mortels de comprendre William Shakespeare, à moins d'avoir étudié son impitoyable sens du business. Car si la figure du poète et dramaturge est devenue emblématique de la culture comme de la langue britanniques, on connaît bien moins ses oeuvres de thésauriseur, de prêteur sur gages, ou encore de fraudeur fiscal.

 

 

Satue à Chicago - Creative Commons (CC by SA 2.0) 

  

 

À l'occasion du festival littéraire gallois de Hay, qui se tiendra au cours du mois de mai prochain, sera publié le bilan de la recherche des chercheurs, dont voici un avant-goût : « Shakespeare le thésauriseur de grains a été expurgé de l'histoire afin que le génie créatif puisse naître. »

 

Selon Jayne Archer, professeur de littérature médiévale et de la Renaissance au sein de l'université galloise, les critiques et autres savants auraient fait l'impasse sur la réalité de l'écrivain, ce par une certaine forme de snobisme voulant que le génie créatif ne soit pas motivé par l'appât du gain, rapporte l'AP.

 

Épaulé par ses collègues Howard Thomas et Richard Marggraf Turley, l'enseignant à passer en revue les archives afin d'éclairer sous une lumière nouvelle la personnalité du dramaturge. Une étude qui a révélé la face cachée de Shakespeare, celle d'un propriétaire et marchand de grains de la ville de Stratford-upon-Avon et dont les pratiques le mettaient parfois en conflit avec la loi de son époque. 

 

Les universitaires relatent : « Sur une période de 15 ans, il a acheté et stocké des céréales, du malt et de l'orge pour la revente à des prix gonflés à destination de commerçants voisins et locaux. [...] Il a poursuivi ceux qui n'ont pas (ou ne voulaient pas) lui payer en entier leur dû et utilisé les profits pour poursuivre ses propres activités de prêt d'argent. »

 

Et le célèbre dramaturge se serait notamment fait poursuivre pour évasion fiscale, quelques siècles avant Amazon, et pour thésaurisation de grain en période de pénurie au cours de l'année 1598. En effet la période allant de la fin du 16e siècle au début du 17e correspond au « petit âge glaciaire », des temps où les mauvaises récoltes étaient causes de carences.

 

Comme l'explique Jayne Archer : « Se souvenir de Shakespeare comme un homme qui avait faim le rend beaucoup plus humain, beaucoup plus compréhensible, beaucoup plus complexe. Il ne se serait pas lui-même pensé avant tout comme un écrivain, ou peut-être comme un acteur. Mais d'abord comme un bon père, un bon mari et un bon citoyen au sein de la population de Stratford. »

 

En aurait d'ailleurs attesté le monument funéraire original élevé en son honneur, courant 1616, dans l'église locale dite de la Sainte Trinité. Celui-ci le représentait tenant un sac de grains, mais avait été remplacé au cours du 18e siècle par la statue montrant Shakespeare sous un jour plus littéraire, bardé d'un coussin à glands et d'une plume d'oie.