"Si JK Rowling aime l'écriture, elle devrait arrêter d'écrire"

Nicolas Gary - 26.02.2014

Edition - International - JK Rowling - Harry Potter - asphyxie


Il ne faut pas croire que n'avoir jamais lu aucun tome d'Harry Potter empêchera Lynn Shepherd, romancière, de dégainer une tribune bien sentie contre Rowling. Car elle ne s'en prend pas aux livres de la saga, mais bien à la divinité littéraire qu'est devenue l'auteure écossaise. Simplement, elle déplore, facilement, que des adultes se soient lancés dans la lecture de ces livres - alors qu'il existe, précise-t-elle, des ouvrages « sûrement plus stimulants ». Attaque en règle…

 

 

Harry Potter <3

Anders.Bachmann, CC BY 2.0

 

 

« Ce n'était pas seulement le battage médiatique tristement excessif » que Lynn regrette, mais bien « la façon dont il a éclipsé tout le reste. Ce livre a aspiré l'oxygène de l'édition et toute l'atmosphère de la lecture ». Une analogie intéressante, qu'elle pousse même jusqu'au monopole, parce qu'il est, pour un autre ouvrage, « impossible de survivre, et moins encore, de prospérer. Publier un livre est déjà difficile dans le meilleur des cas, en particulier dans un secteur déjà bien trop obsédé par les Grands Noms et les Succès Assurés, mais que peut faire un auteur ordinaire devant un tel Golgomath ? ».

 

Personne ne ratera l'allusion : Golgomath est un géant de l'univers d'Harry Potter, le chef d'entre eux, d'ailleurs, après avoir décapité le Gurg de la colonie. Pour de plus amples détails, toute ironie mise de côté, on vous renvoie à la lecture des 7 tomes de Potter. 

 

Et comme si ce n'était pas suffisant, après la déferlante Potter, voici que Rowling remet le couvert avec son pseudonyme, Robert Galbraith. Et en dépit des efforts réalisés pour dissimuler son identité, le secret a été rapidement évincé - quelques mois après la parution du livre, evidemment. « Son garçon peut recourir à une cape d'invisibilité, mais dans le monde réel, cela n'existe tout simplement pas. Avec un secret aussi sensationnel que ça, ce n'était qu'une question de temps jusqu'à ce qu'arrive ce qui s'est passé », note Lynn. 

 

Autrement dit, que les ventes, qui étaient dérisoires, ne fassent soudainement un bond stratosphérique. Les médias s'en sont alors emparé, et voilà que les articles se multiplient, comme les petits pains dans les mains du Christ, et avec eux, le retour de la célébrité que Rowling cherchait à fuir. Maintenant que l'on sait qu'une suite aura lieu, c'en est fini pour les autres auteurs.

 

Lynn apostrophe alors la romancière : « Souviens-toi du moment où l'Appel du Coucou s'était vendu à quelques exemplaires, et pense à ceux d'entre nous qui sont coincés dans cette situation, parce que nous ne pouvons pas avoir une baguette magique, et faire de nos ouvrages des best-sellers en une nuit, simplement en prononçant le mot magique. »

 

Elle continuera d'écrire, Lynn, bien entendu, pour les enfants, et elle encourage tout un chacun à continuer, même pour leur plaisir personnel. La fin est pourtant d'une douloureuses amertume : « Profitez bien de votre immense fortune, et du bien que vous faites avec elle. Prélassez-vous dans l'amour de vos légions de fans, et bonne chance à vous, pour vos deux comptes. Mais il est temps de laisser la place à d'autres écrivains, d'autres écritures, une place pour respirer. »

 

Comme dirait Andy Warhol, voici les quinze minutes de célébrité…