Si la Catalogne devient indépendante, Planeta part à Séville

Clément Solym - 10.05.2013

Edition - International - Espagne - optimisation fiscale - Groupe planeta


La géopolitique linguistico-financière est au coeur des réflexions du grand patron du groupe Planeta, José Manuel Lara. Dans une déclaration fracassant, suite de celles déjà prononcées, le président assure que si la Catalogne devient indépendante, « je transfère Planeta à Séville ». Une menace qui pourrait être mise à exécution, et s'inscrit dans une logique que le boss a en tête depuis un moment. 

 

 

Seville Town Hall

Hôtel de ville de Séville

Son of Groucho, (CC BY 2.0)

 

 

Dernièrement, José Manuel avait déjà alerté le gouvernement espagnol, sur le problème de la TVA du livre numérique. Si rien n'était fait, expliquait-il aux Premier ministre et ministre des Finances, il était possible que l'ebookstore casadellibro.com voie son siège social déplacé de l'Espagne vers Paris. Et ce, pour profiter d'un taux de TVA réduit - soit 5,5 % sous nos latitudes, contre 21 % chez nos voisins. Faire de la France une terre d'optimisation fiscale, sur la question du livre numérique, ce n'était déjà pas tout à fait banal. 

 

Plus tôt en 2013, Lara avait déjà promis que l'indépendance de la Catalogne lui posait quelques soucis, et qu'il n'hésiterait pas à délocaliser son groupe. Mieux : en octobre 2012, il envisageait plus clairement encore d'aller chercher une optimisation directement au Luxembourg, en déménageant la totalité de son groupe. La possibilité de déplacer le siège de la société n'était pas confirmée, mais « il ne faut pas exclure quoi que ce soit », expliquait-il. (voir notre actualitté)

 

Car, si depuis, le Luxembourg n'a jamais été évoqué, les enjeux politiques et financiers d'une indépendance de la Catalogne reviennent régulièrement sur le tapis. Bien qu'il reste personnellement convaincu que cela n'aura pas lieu ; la viabilité économique de cette indépendance ne le convainc pas, d'autant plus qu'elle menacerait également la stabilité dans l'ensemble de l'Union européenne, en créant un précédent d'indépendance inédit. 

 

Depuis le 25 avril, le vote des Catalans a largement plébiscité les nationalistes, la CiU, représentée par Artur Mas. En l'occurrence, Barcelone souhaite mettre un terme à une injustice fiscale (rebonjour), attendu que la Catalogne verse plus de 70 milliards € d'impôts à l'Espagne, tout en ne percevant que 16 milliards € en retour. 

 

Petite phrase qui amusera : sur la corruption qui régnerait en Espagne, José Manuel Lara répond. « En France, tous les chefs d'État ont été poursuivis », ce qui ne serait pas le cas en Espagne... Un syllogisme en bonne et due forme. 

 

Le Groupo Planeta a été fondé en 1949 à Barcelone, et se pose comme un leader en Espagne et Amérique latine, et le deuxième en France, au travers de sa filiale Editis. (via Larazone)