Si la haine de Trump fait vendre de bons livres, est-ce que l'on est sauvé ?

Clément Solym - 17.01.2017

Edition - International - Trump agression député - vente livres droits civiques - John Lewis héros


Si la méthode diffère, le résultat semble à peu près semblable : Obama avait l’habitude de faire exploser les ventes d’un livre, dès lors qu’il s’y intéressait, et le faisait savoir publiquement. Manifestement, Donald Trump dispose aussi de ce super-pouvoir : mais lui fait vendre quand il agresse les uns et les autres depuis Twitter...

 

Martin Luther King III at Gandhi-King Memorial

John Lewis - U.S. Embassy New Delhi, CC BY ND 2.0

 

 

Tout a débuté par une salve très classique de remontrances, d’agressivité et de démagogie, ainsi que le futur président américain nous y a habitués. Trois petits messages, destinés au député John Lewis, toujours sur le ton usuel du reproche et du donneur de leçon. Et ce dérapage n’a pas forcément eu les effets escomptés.

 

 

 

Les livres de John Lewis, figure emblématique de la défense des droits de l’Homme, aux États-Unis, et des Afro-américains plus spécifiquement, ont vu leur cote augmenter significativement. De fait, puisqu’Amazon est le premier libraire américain, c’est à lui que l’on s’est référé : les résultats sont sans appel. Les différents ouvrages de Lewis ont gagné non seulement en popularité, mais surtout, la violente sortie de Trump aura eu pour conséquence de galvaniser l’intérêt des lecteurs pour les droits civiques.

 

Rappelons qu’en 2011, ce député avait reçu la médaille présidentielle de la liberté, des mains... d’un certain Barack Obama.

 

Des ouvrages qui ont eu les honneurs du public, devenant en l’espace de quelques heures les meilleures ventes en ligne – avec des répercussions dans les librairies physiques qui se constateront certainement dans les prochains jours, par ailleurs.

 

La tornade orange contre un défenseur des droits civiques

 

Pourquoi cette déflagration trumpienne contre le député Lewis ? Simplement parce qu’il avait contesté la légitimité de Trump dans son rôle de président, et qu’il voyait dans les interférences russes de sérieux problèmes sur la validité de son élection. En clair, l’influence de la Russie dans la présidence de Trump, ça avait quelque chose de désagréable.

 

C’est à l’occasion de la journée Martin Luther King que Lewis s’est ainsi exprimé. Et pour mieux resituer le personnage, il faut certainement rappeler qu’en recevant sa médaille des mains d’Obama, il fut salué comme « un authentique héros américain ». Pourquoi ? Dans les années 60, il fut l’un des premiers étudiants noirs à s’engager dans un sit-in au cœur d’une université, et à être, pour cela, victime de violence.

 

Il fait également partie des derniers orateurs de la Marche de 1963, qui est arrivée à Washington, alors emportée par... un certain Martin Luther King. À l’époque, c’était pour défendre leur idée de la liberté et de l’emploi que des hommes et femmes ont décidé de grossir les rangs d’une foule qui aura compté entre 200 et 300.000 marcheurs.

 

Rapidement arrivé en rupture de stock, le cybermarchand n’en a pas moins trouvé la perle rare avec ces trois titres : Walking with the Wind: A Memoir of the Movement, qui est la première biographie de Lewis. L’autre est le roman graphique March, une trilogie coécrite avec Andrew Aydin et illustrée par Nate Powell.

 

 

 

Au moment où nous écrivons ces lignes, March a pris la première place des meilleures ventes de livres, chez Amazon, tandis que Walking with the Wind a pris la 6e position. Jusqu'à cinq des livres de John Lewis ont figuré dans le top 20 des meilleures ventes, après la tornade orange.

 

Interdit de bibliothèque parce qu'il était noir, l'Amérique salue John Lewis 

 

Est-il nécessaire de préciser que John Lewis compte parmi les 26 députés américains qui ont promis de ne pas se rendre à la cérémonie d’investiture du prochain président ? Ce sera, soulignait-il, la première fois pour lui en 30 années qu'il ne sera pas présent à cet événement.

 

 

54 years ago today, I was beaten along with several Freedom Riders as we attempted to enter the Montgomery bus station.

Une photo publiée par John Lewis (@repjohnlewis) le