“Si la librairie, maillon faible, casse, toute la chaîne du livre déraille” (Gallimard)

Nicolas Gary - 03.05.2020

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Si les ventes de livres numériques n’ont pas franchi des seuils pharaoniques chez Gallimard, le PDG apprécie tout de même les résultats. De 2 % du marché, on passe à 4 % — de même pour les livres audio –, mais cela ne couvre pas les pertes de livres papier. Invité par France Inter, il est revenu sur les efforts fournis par les éditeurs durant cette période, mais également les réflexions à apporter à la profession.

Antoine Gallimard
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Quelques chiffres : quotidiennement, 1,4 million de livres se vendent en France, et 700.000 sont empruntés. En temps normal, souligne le patron de Gallimard, Flammarion, Casterman. Or, cette période de confinement, et celle qui la suivra, n’a pas été propice au commerce du livre, pas plus qu’au prêt. En numérique, certes, mais cela ne fait pas bouillir la marmite. Et les libraires qui ont cherché des solutions de replis n'ont pas généré pour eux-mêmes un chiffre d'affaires classique.

L’enjeu du confinement, indique Antoine Gallimard, aura été de maintenir le lien avec les lecteurs — pour sa maison comme chez les confrères. Et pour ce faire, la seule voie possible fut internet, et la diffusion gratuite, par exemple, de livres. Ceux de la collection Tracts de crise ont ainsi fait l’objet d’un traitement spécial, pour alimenter tant en pensées qu’en lectures (et inversement), les internautes-lecteurs. 
 

Le maillon qui casse...


Pudiquement, le patron de la holding Madrigall ne répond pas directement quand on lui demande si l’industrie connaîtra des vagues de licenciements et de fermeture de librairies. Et si seuls les grands groupes s’en sortiront. « Cela nous préoccupe beaucoup. Dans la chaîne, il y a des maillons faibles : le maillon faible, c’est la librairie. » D’ailleurs, son groupe possède aujourd’hui de neuf établissements et connaît le sujet. « Si ce maillon faible casse, c’est toute la chaîne qui déraille. Et c’est grave. »

Les auteurs apprécieront, alors que les systèmes d'aides gérés par la SGDL, avec l'argent fourni par le Centre national du livre, entre autres, sont des plus opaques. Et ce, malgré une révision récente des critères d'éligibilité.

Pour autant, le risque de concentration, et de perte de la diversité éditoriales existe, reconnaît-il, mais les prêts et subventions sont là pour tenter de panser les plaies, un peu. 

L’édition, qui représente 5 milliards € de chiffre d’affaires, attend du président d'Emmanuel Macron 500 millions € d’aides. Mais également des initiatives comme les chèques-livres pour aider les jeunes à retrouver le chemin de la librairie. Et peut-être réviser les normes de sécurité : on parle actuellement de 10 personnes pour 100 m2, la souplesse pourrait être de mise. 

Mais de toute cette mise au repos forcé, le PDG note surtout que La Poste n’a pas pu aider les libraires. La question de tarifs postaux revient de manière récurrente, libraires et éditeurs soulignant que les frais de port sont particulièrement lourds. Bruno Le Maire avait été sollicité pour une intervention urgente : les points de vente qui ne pouvaient pas assurer de click & collect étaient en effet doublement pénalisés, par l’impossibilité de procéder à une vente à distance. 
 

Savez-vous, monsieur le ministre, que pour envoyer par La Poste un livre de 250 pages (qui pèse environ 300 g), il en coûte 5,83 € en lettre verte, soit plus d’un quart du prix du livre (sauf à le vendre à un tarif indécent) ? Savez-vous que pour envoyer un livre qui dépasse 3 cm d’épaisseur, il faut le faire par Colissimo, au prix de 7,14 € HT ? Et ces tarifs augmentent chaque année, alors que le prix du livre, lui, est fixe. 


« Ce qui est important, c’est que l’on réfléchisse, que le gouvernement réfléchisse aux frais de port, aux frais de Poste pour le livre, comme il y a pour les journaux », insiste Antoine Gallimard. 

Appel à suivre, enfin ?

On appréciera également les interventions de Pauline Fouillet, gérante de la librairie Livres et vous, qui s’est débattue, durant la crise sanitaire, pour fournir à ses clients des offres spécifiques de lectures et jeux. Emission à réécouter (intervention à 2h20) :
   
 


Commentaires
"Les auteurs apprécieront", et les traducteurs aussi, et les maisons d'éditions indépendantes petites et moyennes, et les sociétés de diffusion-distribution aussi... sauf que Gallimard a raison, et qu'on s'en fout un peu que les auteurs apprécient ou pas : c'est bien la librairie qui court aujourd'hui le plus grand danger, et c'est bien elle qui est la plus fragile.

Puisqu'il semble nécessaire de le rappeler, les auteurs, les traducteurs, les maisons d'édition indépendantes petites ou moyennes, et même les grosses, et les sociétés de diffusion-distribution n'auront plus que leurs yeux pour pleurer si les librairies ferment.

Or les librairies ont une marge nette moyenne de 0,6%. Avec cette marge de 0,6%, les librairies vont devoir encaisser deux mois de chiffre d'affaire à 0, plus l'installation de plexiglas, plus l'achat de gel hydroalcoolique, plus (éventuellement) la mise en place d'un sens de circulation dans les magasins, plus (éventuellement) un temps d'attente parce que le magasin sera déjà au maximum de la capacité sanitairement recommandée... Bref, les librairies vont morfler en grand et avec une marge nette toujours aussi faible.

Donc si les auteurs (je mets de côté les génies incompris qui s'auto-éditent pour le plus grand bonheur de tout le monde, mais alors de vraiment tout le monde), je reprends : donc si les vrais auteurs, les traducteurs, les maisons d'édition de tous calibres et les sociétés de diffusion-distribution veulent passer la période assez pourrie des 2 à 3 ans qui viennent, ils ont réellement intérêt à ce que les librairies tiennent.
Marcel Proust... génie incompris ? Gardons la chambre et restons confinés, en attendant des jours meilleurs.
Ah ben je l'attendais, celle-là... Bon, si je suis franc, je m'attendais plutôt à ce qu'on me cite Seul sur Mars ou une bouse du même genre : au moins vous avez de l'ambition, c'est toujours ça.

Bien, cela posé : je ne commets pas l'erreur de croire que n'importe quel mioche tapant sur un piano est un futur Mozart. Ce qui est problématique avec les exceptions, c'est qu'elles ne sont que... des exceptions.
En tous les cas ce que vous dites aux auteurs autoédités c'est qu'ils n'ont aucun intérêt à soutenir les libraires, plutôt même à les voir couler pour voir couler avec elles la chaîne du livre qui les ignore. Il est vrai que l'autoédition ne s'est jamais aussi bien portée que pendant ce confinement. Faut croire que c'est vrai !
C'est quoi cette opposition entre vrais auteurs et auteurs autoédités. Parce qu'on ne passe pas par des maisons d'édition, on n'est pas des vrais auteurs ?

Ce racisme envers les autoédités commence à être vraiment écœurant.
Troooooooooooooll spotted ! LOL Sortez les filets !
Parce que les auteurs publiés par des maisons d'édition seraient tous des "vrais auteurs" ? La plupart ne sont ni vrais ni auteurs. Raison pour laquelle je n'entre quasiment plus dans les librairies. Pour trouver à lire de la littérature, les bibliothèques et les bibliothèques en ligne d'ebooks sont une bien meilleure source, qui plus est gratuite.
« Si la librairie, maillon faible, casse, toute la chaîne du livre déraille. » (Gallimard)



Peut-être bien, Antoine G., peut-être bien, mais sans ceux qui pédalent par tous les temps (les auteur.es), vous pensez aller où ... faudrait peut-être s'en soucier un peu, non ?
Le maillon faible EST l'auteur... Autant de morgue chez ce personnage montre combien le système est vicié. Je ne nie pas les difficultés des uns et des autres, en particulier des librairies. Mais la plupart des librairies vivent de leur travail : PAS LES ÉCRIVAINS !
A un moment, il va falloir admettre que la chaîne du livre indépendant n'est pas faible de son plus faible maillon, mais faible de la fragilité de chacun de ses maillons...
Formulation plus que maladroite pour les librairies. Le "maillon faible" doit être éliminé du jeu ?

Il est surtout oublié dans le partage de la valeur. Les grands diffuseurs-distributeurs ont une rentabilité de 13%, les librairies inférieure à 1%. Il faut des remises supérieures !
Le propos d'Antoine Gallimard est cynique.



Il lui a fallu une épidémie, prés de 25.000 morts, deux mois de confinement, pour constater que le réseau des librairies est le maillon faible de la chaîne du livre.



Soyons sérieux. Cela il le sait. Il est un des acteurs majeurs de cette faiblesse. Editeur est noble, vendeur de livre, pouah ... Telle est sa pensée. Dans tout secteur économique, le réseau de distribution est choyé, valorisé. Dans celui du livre, il est quantité négligeable. Doit on comparer le salaire moyen d'un libraire et celui d'un responsable de collection chez un éditeur ? Il faut être juste, il n'est pas le seul à agir ainsi. La très grande majorité des éditeurs, petit ou grand, agit de la même sorte, accordant la marge minimum aux libraires pour que ceux-ci puissent survivre.



Pourquoi ce cri du cœur d'Antoine Gallimard ? Serait-il devenu l'abbé Pierre des libraires ? Loin de là. Détrompez-vous ! La raison de cet appel, la place future des acteurs de la vente de livres en ligne. Amazon, Fnac & consorts vont avoir un poids tel qu'ils vont pouvoir dicter leurs lois aux éditeurs. Aujourd'hui, ils le font en partie. Mais les Editeurs compensent les généreuses remises exigées par ces e-acteurs du livres, en accordant de faibles remises aux libraires. Demain, si le nombre de libraires diminue, cette compensation n'existera plus. La marge des éditeurs sera directement impactée. Voilà la seule et vraie raison de ce soudain ralliement d'Antoine Gallimard à la cause des librairies.



Il reste un point sur lequel il a raison, le risque qui pèse sur le réseau de librairies est tel, qu'il est systémique pour la chaîne du livre. Une solution existe : que les acteurs de cette chaîne du livre mettent en place une répartition plus équitable de sa valeur ajoutée. Et cela sans oublier les auteurs.
Jean d'Ormesson affirmait:"Écrire c'est inventer avec des souvenirs." Les éditeurs se souviennent de la rentabilité de leur business. L'auteur rémunéré 0,80 centimes par livre vendu tient la main du paysan stupéfait de découvrir le prix de vente de ses tomates en grande surface. Les petites mains de l'édition sont les sœurs jumelles de celles qui luttent contre le covid-19. Il faudrait s'en souvenir.
J ai écris un livre dont j ai payé l édition, il s est pas trop mal vendu, maïs je n ai encore rien touché sur les ventes et je vais devoir attaquer :votre comparaison avec un agriculteur est parfaite, c est ça, mon livre est vendu 13€,jusqu en 2013 sous contrat j aurais du encaisser 20
Excellente analyse de Marc George, et bien d'accord avec BenV.

Le prix postal est effarant. Par ailleurs personne n'oblige un éditeur à travailler avec Amazon. Je suis un petit éditeur qui travaille avec les réseaux de librairies en ligne comme Décitre mais je me refuse à signer quoique ce soit avec Amazon. Là où ils sont très malins, ils piquent les photos et les textes de présentation et écrivent que l'ouvrage n'est pas disponible.Je me demande d'ailleurs s'ils ont le droit d'agir ainsi.

Tous les auteurs sont spoliés. En musique c'est pareil, exceptés les connus.
Le President de Madrigall (Antoine Gallimard)

est,a ma connaissance ,le seul editeur qui soit "monté au creneau avec lucidité.Sans libraires,c'est toute la chaine du livre qui est impactée.Et au premier chef,à la source de la creation de pensee :les auteurs.

Jacques-Marie Laffont
Cher Antoine, la marque dont vous êtes le nom bénéficie d'un encore très beau crédit dans l'inconscient collectif, mais à chaque fois que vous l'ouvrez c'est une catastrophe, elle prend des coups de canif, vous l'entamez au coeur. De grâce, au nom de ses auteurs, mettez-là en veilleuse...
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