"Si le livre était une pomme, les auteurs gagneraient... les pépins"

Nicolas Gary - 27.11.2014

Edition - Economie - charte auteurs - montreuil jeunesse salon - rémunération créateurs


« Si le livre était une pomme, les auteurs gagneraient... les pépins. » Le slogan de La Charte est clair. L'organisation représentative des auteurs (jeunesse, entre autres) en France avait promis de faire du bruit : il fallait les prendre au mot. Lors de l'inauguration du Salon jeunesse de Montreuil, ils étaient une cinquantaine, vêtus d'un tee-shirt au slogan bien connu, Les auteurs, bientôt tous à poil, à traverser le Salon, pour manifester. Bon enfant, mais les revendications restent sérieuses.

 

 

Les auteurs bientôt tous à poil

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Décidés à se faire entendre, et sous le regard de la sécurité du Salon, qui encadrait un peu dépitée et prise de court, cette manifestation, les auteurs réunis distribuaient tracts et marques-pages. Objectif : « Sensibiliser les personnes présentes à la situation des créateurs. Notre profession, toutes les professions d'auteur, de l'illustrateur à l'écrivain, le scénariste, les dessinateurs sont de plus en plus précaires », nous explique l'une d'entre elles, entre deux slogans. 

 

« Les auteurs sont les acteurs incontournables de la chaîne du livre, pourtant, ils en sont aussi le maillon faible. Pour l'amour des livres, nous restons vigilants », peut-on lire au recto du marque-page largement disséminé. Et au dos ? Différents pourcentages de droits perçus, pour un livre jeunesse vendu à 15 €. « C'est une estimation, basée sur les chiffres que nous avons observés sur le marché, mais c'est très proche de la réalité. »

 

La répartition serait la suivante :

  • Libraire : 32 %, soit 4,80 €
  • Diffuseur : 23 %, soit 3,45 €
  • Éditeur, 21 %, soit 3,15 €
  • Imprimeur : 12,5 %, soit 1,87 €
  • Auteur + Illustrateur : 6 %, soit 0,90 €
  • État (perception de la TVA) : 5,5 %, soit 0,83 €

 

Effectivement, imaginer que les créateurs perçoivent à peine plus que ce que l'État ponctionne de taxe sur la valeur ajoutée n'a rien de réjouissant. « Nous organisons une table ronde, au Pôle Théâtre, en B28, entre 12 h et 13 h, le 1er décembre. Il faut venir : auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, nous invitons tous les acteurs de la chaîne du livre », explique une autre. 

 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

À proximité des manifestants, d'autres personnes portent le tee-shirt : « Ils ont raison, il faut attirer l'attention. Je les soutiens, même si je n'appartiens pas à la charte », nous assure une jeune femme. Dans le cortège, on plaisante : « Je propose qu'en signe de protestation, on écrive désormais en dehors des bulles », plaisante un auteur. « Non, tu vas trop loin », répond, hilare, un autre. 

 

Dans les rangs, on retrouvait Marie Sellier, présidente de la Société des Gens de Lettres : « Il faut que les auteurs présents sur le Salon nous rejoignent pour cette table ronde, c'est important. Beaucoup de sujets doivent y être évoqués. » Et le poing dressé, avec un grand sourire, de repartir dans les allées du Salon pour continuer le combat – de sensibilisation, dans un premier temps.

 

L'engagement de la ministre leur sera acquis, sans aucun doute : hier, Fleur Pellerin avait fait une allocution au Salon, saluant les 150 auteurs, illustrateurs et créateurs invités. « Je tenais à m'adresser à eux aujourd'hui : les bons résultats économiques de la filière ne doivent pas faire oublier leurs inquiétudes et j'y suis très sensible », assurait-elle.

 

Tant sur la question de la rémunération, vis-à-vis du livre numérique, ou pour ce qui est du régime de la sécurité sociale, et la cotisation retraite, la ministre a assuré qu'elle s'exprimerait prochainement sur ces questions, et d'insister pour « que les auteurs sachent mon engagement fort à leurs côtés ». Rendez-vous lundi.