Si Sherlock Holmes ou Hamlet parlent dans votre tête, il faut se calmer sur la lecture

Clément Solym - 15.02.2017

Edition - Société - lecture voix personages - entendre des voix tête - personnages parler lecteurs


Une enquête menée auprès de 1500 lecteurs par l’université de Durham atteste une fois de plus que la lecture est une activité dangereuse. En effet, 19 % des sondés assurent qu’ils entendent, dans leur tête, la voix de personnage de livres lus. Mais même après avoir arrêté de lire !

 

Empty Headed Thinker

b k, CC BY SA 2.0

 

 

Entendre des voix n’est plus le privilège de Bernadette Soubirou. Ou alors, la Sainte était peut-être une grande lectrice. L’étude menée dans le cadre de l’Edinburgh Festival 2014 est limpide : sur 1500 lecteurs interrogés, près d’un sur cinq entend la voix des personnages même quand ils ne lisent plus. Certains d’entre eux affirment que cela peut influencer leurs pensées – et parfois même que les personnages leur parlent directement.

 

48 % des répondants font également état d’expériences sensorielles ou visuelles durant la lecture. 82 % des répondants éprouvent un engagement particulier, quand ils lisent de la fiction.

 

L’écrivain et psychologue Charles Fernyhough, un des auteurs de l’étude, la lecture d’œuvres de fiction dépasse donc le simple traitement des mots. Cela recrée dans l’esprit les mondes ainsi que les personnages.

 

Des héros qui accompagnent la vie quotidienne

 

« Pour beaucoup de personnes, cela peut impliquer que l’on fasse la rencontre de personnages, issus d’un roman, de la même manière que l’on pourrait interagir avec de vraies personnes », explique-t-il. « Par exemple, une personne sur sept dit avoir clairement entendu les voix de personnages fictifs, comme s’il y avait quelqu’un avec eux dans leur chambre. »

 

La fiction stimule l’intelligence sociale, ou les livres attirent les gens fûtés ? 

 

Mais les chercheurs n’étaient pas au bout de leurs découvertes : l’écrivain parle d’« experimential crossing » pour désigner cette influence qu’exercent alors les protagonistes sur la vie des lecteurs. Les héros semblent avoir une persistance dans l’esprit des lecteurs, qui se retrouverait même dans les tâches quotidiennes.

 

L’un des répondants expliquait ainsi que Clarissa Dalloway, tirée du roman de Viriginia Woolf paru en 1925, l’accompagnait régulièrement – que ce soit dans un Starbucks ou pour apporter des réponses à des réflexions... Cette expérience se déclenche d’ailleurs lorsqu’une vision réelle fait écho à un passage du roman.

 

Bien entendu, pour que ce genre de choses arrive, souligne Fernyhough, il faut que les protagonistes aient une forte personnalité – bien que les effets varient sans aucun doute d’un lecteur à l’autre.

 

La littérature, vecteur d’empathie depuis 5000 ans, change le monde 

 

Il reconnaît lui-même avoir éprouvé cette sensation, à la lecture d’auteurs contemporains, comme Richard Powers ou Ali Smith. « Certaines de mes plus puissantes expériences de lecteurs viennent de la sensation que l’auteur a bricolé un logiciel dans mon cerveau. Je sais que je suis en présence d’un grand auteur si elle ou lui, me fait remarquer des choses que je n’aurais autrement pas saisies. Parce que la voix et la sensibilité, dans la page, aiguillonnent mon attention et éclairent des détails – et que je commence alors à penser comme eux. »

 

Une multitude de recherches autour de la lecture a pu démontrer combien les histoires avaient la capacité de transférer l’expérience des protagonistes. Le lecteur vit une forme de translation, par laquelle il s’approprie les faits, gestes et émotions des différents personnages. Et en tire lui-même une forme d’expérience propre. Harry Potter, pour ne citer que, lui, serait ainsi en mesure de rendre les gens plus tolérants – de par les situations où intervient le jeune sorcier.

 

 

via Guardian